Selon des chercheurs de l’Institut des sciences de Tokyo, la poursuite du traitement par inhibiteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine (IEC) ou antagonistes des récepteurs de l'angiotensine 2 (ARA2) avant une chirurgie non cardiaque est associée à une réduction du risque de mortalité et de déclin fonctionnel postopératoires. À partir des données de près de 2,6 millions de patients de plus de 50 ans, les auteurs ont défini que certaines classes d’antihypertenseurs ont des avantages potentiels en fonction du type de chirurgie.
« Certains médecins estiment que la poursuite des IEC ou des ARA2 peut entraîner une chute dangereuse de la pression artérielle pendant l'opération. D'autres affirment qu'arrêter de les prendre peut au contraire déclencher une dangereuse montée de la pression artérielle, susceptible d'endommager plusieurs organes. Cette absence de consensus crée un dilemme clinique pour les médecins et met les patients en danger », ont contextualisé les auteurs.
Publiés dans la revue European Heart Journal, ces résultats « ouvriront ainsi, espérons-le, la voie à l'élaboration de recommandations à l'intention des médecins traitant des patients hypertendus, ce qui les aidera à améliorer les résultats chirurgicaux dans le monde entier ».
Un antihypertenseur vaut mieux que plusieurs
Les chercheurs ont analysé les données de 2 598 874 individus âgés de 50 ans ou plus issues d’un registre national des demandes de remboursement au Japon. Ils se sont intéressés aux liens entre six classes de médicaments antihypertenseurs (thiazidiques, inhibiteurs calciques, IEC ou ARA2, antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes, alpha-bloquants et bêta-bloquants) et les résultats postopératoires de cinq types de chirurgie (thoracique, orthopédique, hépato-pancréato-biliaire, gastro-intestinale et urologique).
L’équipe s’est tout d’abord penchée sur les patients qui avaient poursuivi le traitement antihypertenseur en périopératoire (utilisateurs) et sur ceux ne l’ayant pas fait (non-utilisateurs), avant d’examiner le critère principal de mortalité toutes causes et déclin fonctionnel en fonction des antihypertenseurs (en monothérapie ou en association) et de la chirurgie.
Les scientifiques retrouvent un taux de mortalité toutes causes de 1 % dans le groupe utilisateurs contre 0,8 % dans le groupe non-utilisateurs, et un taux de déclin cognitif de 3 et 5 % respectivement. Plus les patients prenaient d’antihypertenseurs différents, plus le risque de mortalité et de déclin fonctionnel augmentait (OR = 1,27 à 1,44 selon le nombre).
Mais, dans le détail, parmi les patients ne prenant qu’un seul antihypertenseur, ceux prenant des IEC ou des ARA2 avaient un risque de mortalité ou de déclin cognitif inférieur aux autres classes (en comparaison aux thiazidiques, OR = 0,74). Ceux prenant des alpha-bloquants étaient les plus exposés au risque de mortalité ou de déclin fonctionnel. Parmi les patients prenant plusieurs antihypertenseurs, les inhibiteurs calciques pris avec un IEC ou un ARA2 étaient associés au risque le plus faible de mortalité ou de déclin.
Le bénéfice des IEC ou ARA 2 était particulièrement évident chez les patients ayant subi une chirurgie orthopédique ou gastro-intestinale (OR = 0,84 et 0,79), mais était moins marqué pour les chirurgies thoraciques. Pour ces dernières, les inhibiteurs calciques étaient préférables (OR = 0,76).
Effets anti-inflammatoires, antifibrotiques et vasodilatateurs des IEC et ARA 2
Les scientifiques estiment que la supériorité des IEC ou ARA2 repose sur leurs effets anti-inflammatoires, antifibrotiques et vasodilatateurs. À noter : il semble qu’en cas de traitement concomitant par statines, le bénéfice des IEC ou des ARA2 s’atténue. Enfin, les auteurs ajoutent que les diurétiques de l’anse, quel que soit l’antihypertenseur, semblent constituer un facteur indépendant de surrisque de mortalité ou de déclin fonctionnel postopératoires.
« En démontrant les avantages des IEC et des ARA2 dans un domaine où il est difficile de mener des essais contrôlés randomisés, cette étude suggère qu'il est possible de prévenir les complications postopératoires et de maintenir la qualité de vie chez les personnes âgées », soulignent les auteurs. Selon ces résultats, la poursuite du traitement avec ces classes de molécules, qu’ils soient en association ou non, semble corrélée à de meilleurs résultats postopératoires que l’interruption.
AVC de l’œil : la ténectéplase pas plus efficace que l’aspirine mais plus risquée
Cancer du sein post-partum : la sénescence favorise la dissémination des cellules
L’efficacité des stéthoscopes IA grevée en vie réelle par un faible usage
Autisme : les recos de la HAS mettent l’accent sur la précocité de la prise en charge