Face à la pollution aux PFAS, l’Anses liste ses pistes pour améliorer la surveillance

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Publié le 22/10/2025

Dans deux rapports publiés le 22 octobre 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail détaille ses recommandations pour mieux surveiller les « polluants éternels ».

Crédit photo : FRED SCHEIBER/SIPA

Présents dans l’air, les sols, l’eau ou encore les aliments, les PFAS (composés per- et polyfluoroalkylées), une famille qui regroupe plusieurs milliers de substances souvent désignées comme « polluants éternels », sont encore peu recherchées et leurs effets peu documentés.

Dans un avis et deux rapports publiés ce 22 octobre 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) dresse un état des lieux de la pollution par ces substances et propose des stratégies de surveillance plus adaptées.

Un travail de deux ans a été nécessaire pour compiler les « près de deux millions de données » disponibles sur ces substances, a indiqué Céline Druet, directrice adjointe de l’évaluation des risques de l’Anses, lors d’une présentation à la presse. L’objectif est d’« orienter la surveillance pour appuyer la gestion des risques associés à ces substances », a ajouté Matthieu Schuler, directeur délégué du pôle Sciences pour l’expertise.

Des données encore parcellaires

Au total, 142 PFAS ont été recherchés dans différents milieux (eau souterraine, eau des rivières, mer, sols, alimentation, air intérieur et extérieur, poussières) et chez les humains. Mais les données manquent pour plusieurs milieux, notamment l’air, les sols et les poussières, ainsi que pour les expositions professionnelles, relève Céline Druet.

Ces rapports « confirment une large contamination des aliments », souligne Générations futures, dans un communiqué. « Les quatre PFAS actuellement réglementées (PFOS, PFOA, PFNA et PFHxS) sont retrouvées de manière significative notamment dans les poissons et les œufs », poursuit l’ONG. La contamination de l’eau est aussi attestée : « Huit PFAS sont quantifiées dans plus de 20 % des analyses d’eau distribuée », note Générations futures. Par ailleurs, « le PFOA, cancérogène avéré, est quantifié dans 57 % des analyses de textile et dans presque 60 % des analyses de cosmétiques », ajoute l’association.

Quant aux données de biosurveillance, elles font apparaître des niveaux moyens de PFAS mesurés dans le sang de la population française « inférieurs aux rares seuils existants (PFOS, PFOA) et sont comparables aux niveaux mesurés en Europe », indique l’Anses.

À partir de cet état des lieux, l’Anses propose de faire évoluer la stratégie de surveillance des PFAS. Dans son viseur, 247 de ces substances identifiées comme « les plus préoccupantes » à partir d’un score croisant les données d’occurrence (présence) et de toxicité. Cette catégorisation doit permettre d’orienter la surveillance et in fine prévenir les risques sanitaires et environnementaux. L’enjeu est de combler les « trous assez conséquents » dans les connaissances, précise Matthieu Schuler.

Élargir la surveillance y compris dans les sérums humains

Parmi les recommandations, l’Anses plaide pour une surveillance plus large de l’eau distribuée. À partir du 1er janvier 2026, une directive européenne impose un suivi de 20 PFAS. L’Agence propose d’y ajouter cinq autres substances, et notamment l'acide trifluoroacétique ou TFA, dont la toxicité est en cours d’évaluation au niveau européen. « Le TFA a été intégré parce qu'il répond à des enjeux de santé publique. Il a une forte occurrence essentiellement dans l'eau et en plus certaines études ont révélé qu'il se retrouvait également dans le sang humain », explique Nawel Bemrah, coordinatrice du groupe de travail sur les PFAS.

Concernant l’alimentation, quatre PFAS (PFOS, PFOA, PFHxS, PFNA) sont réglementées à l'échelle européenne pour certains produits (poissons, crustacés, œufs, viande). L'Agence souhaite en surveiller plus d'une vingtaine et ajouter d'autres types d'aliments comme les céréales, les fruits et légumes, le miel, le sucre et les aliments pour enfants. Les préconisations portent sur une surveillance des sérums humains. Dans ce cadre, une liste de 31 PFAS à rechercher est établie.

D’autres sources de contamination, comme les matériaux au contact des denrées alimentaires ou de l'eau ainsi que les matériaux de construction, devraient aussi être surveillées, estime l’Anses. Concernant les expositions professionnelles, l’Agence compte s’appuyer sur l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), qui doit rendre, d’ici à la fin de l’année, une grande enquête sur le sujet.

E.B. avec AFP

Source : lequotidiendumedecin.fr