Analogues du GLP-1 : la Cochrane pointe du doigt le manque d’études indépendantes sur le long terme dans l’obésité

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Publié le 03/11/2025

À la demande de l’Organisation mondiale de la santé, l’organisation Cochrane a réalisé trois revues de la littérature sur les principaux analogues du GLP-1 (liraglutide, sémaglutide, tirzépatide) utilisés dans la perte de poids.

Crédit photo : Richard B. Levine/Newscom/SIPA

« Les médicaments analogues du GLP-1 (aGLP-1) sont efficaces pour la perte de poids, mais des études indépendantes supplémentaires sont nécessaires », conclut la Cochrane d’après trois revues réalisées à la demande de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les revues ont mis en évidence que le liraglutide, le sémaglutide et le tirzépatide entraînent bien une perte de poids cliniquement significative par rapport au placebo, mais que les données sont « limitées ou incertaines » concernant la sécurité à long terme et les conflits d’intérêts potentiels.

Les aGLP-1 dans le diabète de type 2 bénéficient déjà de données à long terme montrant que ces médicaments améliorent le contrôle de la glycémie, réduisent le risque de complications cardiaques et rénales, favorisent la perte de poids et diminuent le risque de décès prématuré. Dans l’obésité en revanche, des données solides sur les moyen et long termes sont encore en cours d’acquisition. C’est pourquoi l’OMS souhaite « éclairer les prochaines lignes directrices sur l’utilisation de ces médicaments dans le traitement de l’obésité », à la suite d’une consultation publique ayant eu lieu en septembre. Récemment, l’organisation a ajouté les aGLP-1 à sa liste des médicaments considérés comme indispensables.

Des zones d’ombre sur les bénéfices à très long terme

Les revues réalisées confirment que le liraglutide (quotidien), le sémaglutide (hebdomadaire) et le tirzépatide (hebdomadaire) entraînent par rapport au placebo, en un à deux ans, une perte de poids significative susceptible de se maintenir au cours du traitement. Les auteurs retrouvent une réduction de poids moyenne, respectivement, de 4 à 5 % (24 à 68 semaines, 9 937 participants), d’environ 11 % (24 à 208 semaines, 27 949 participants) et d’environ 16 % (24 à 168 semaines, 6 361 participants). La perte de poids était globalement plus marquée dans la première année et se poursuivait jusqu’à 3,5 ans dans les essais sur le tirzépatide. Les taux d’effets secondaires gastro-intestinaux légers à modérés sont retrouvés pour les trois aGLP-1, mais particulièrement pour le sémaglutide.

« Dans l'ensemble des revues, il n'y avait que peu ou pas de différence entre ces médicaments et le placebo en ce qui concerne les événements cardiovasculaires majeurs, la qualité de vie ou la mortalité », commente la Cochrane. « Nous avons besoin de plus de données sur les effets à long terme et les autres critères de jugement liés à la santé cardiovasculaire, en particulier chez les personnes à faible risque », a déclaré Eva Madrid, co-chercheuse principale de l'Université de Valparaíso (Chili) et co-autrice des trois revues.

De plus, les études incluses étaient caractérisées par une représentation « limitée ou inexistante » de régions telles que l'Afrique, l'Amérique centrale et l'Asie du Sud-Est.

Des prix élevés qui creusent les inégalités

Parmi les essais inclus, les auteurs notent que la plupart « ont été financés par les fabricants de médicaments, qui ont été considérablement impliqués dans la planification, la conduite, l'analyse et la communication des résultats (22 études sur 24 pour le liraglutide, 17 études sur 18 pour le sémaglutide, 9 études sur 9 pour le tirzépatide) ». Ils soulèvent des « inquiétudes quant aux conflits d'intérêts potentiels » et soulignent ainsi le besoin d’études indépendantes à long terme.

Enfin, les auteurs pointent du doigt les prix élevés du sémaglutide et du tirzépatide, dont les brevets ne sont pas encore arrivés à expiration (2026 pour le sémaglutide, 2036 pour le tirzépatide), ce qui « limite leur accès ». Les auteurs recommandent ainsi que l’utilisation plus large des aGLP-1 devrait « tenir compte des déterminants sociaux et commerciaux de la santé, afin d'éviter d'aggraver les inégalités existantes en matière de santé parmi les personnes souffrant d'obésité ».


Source : lequotidiendumedecin.fr