L’embellie a été de courte durée. Après une diminution en 2023, la consommation d’antibiotiques est repartie à la hausse en 2024 en ville, classant la France au deuxième rang des pays européens les plus consommateurs derrière la Grèce, alerte Santé publique France (SPF) ce 18 novembre 2025, à l’occasion de la semaine mondiale de sensibilisation à l’antibiorésistance. « Avec plus de 860 prescriptions d’antibiotiques pour 1 000 habitants par an, nous sommes encore loin de l’objectif cible de 650 prescriptions pour 1 000 d’ici à 2027, fixé par la stratégie nationale de prévention des infections et de l’antibiorésistance », déplore la Dr Caroline Semaille, directrice générale de SPF.
La tendance est en hausse de 4,8 % par rapport à 2023. Exprimée en nombre de doses définies journalières (DDJ) pour 1 000 habitants par jour, la consommation s’établit en 2024 à 22,1 DDJ, soit une augmentation « significative » de 5,4 % par rapport à 2023, et un retour à des niveaux comparables à ceux d’avant la pandémie de Covid-19, constate SPF. La surveillance de l’agence s’appuie sur le système national des données de santé (SNDS), qui retrace les indicateurs des antibiotiques délivrés dans les officines – la ville représentant près de 93 % de la consommation totale d’antibiotiques.
Après une tendance à la baisse depuis 2014, avec une chute liée au début de la crise Covid, 2021 et 2022 avaient été marquées par une reprise de l'usage des antibiotiques, avec le retour des infections hivernales courantes et des consultations. L’année 2023 était apparue comme un rétablissement de la normale et un effet de la pédagogie collective.
Pourquoi une telle reprise en 2024 ? « L'une des hypothèses est liée aux épidémies saisonnières hivernales (grippe, bronchiolite), d'activité assez soutenue, majoritairement virales (...) mais pouvant entraîner des prescriptions d'antibiotiques », pourtant inutiles, a déclaré à l'AFP le Dr Rémi Lefrançois, responsable de l'unité Infections associées aux soins et résistance aux antibiotiques de SPF.
Une consommation plus élevée chez les femmes
En 2024, 40 % de la population totale, soit 27,2 millions de patients ont eu au moins une prescription d’antibiotiques. Les femmes ont la consommation la plus importante, en totalisant près de 55 % des DDJ et 57,5 % des prescriptions, alors qu’elles représentent 51,6 % de la population.
La consommation d’antibiotiques a diminué chez les enfants de moins de 15 ans entre 2024 et 2023, mais elle a augmenté dans toutes les autres classes d’âge, notamment chez les plus de 80 ans – où les hommes supplantent alors les femmes. « Cela peut s’expliquer par des durées de prescription plus longues, notamment pour les infections urinaires masculines comme les prostatites », lit-on.
Chez les enfants de 0-4 ans, les prescriptions d'antibiotiques se sont globalement stabilisées en 2024 – à 1 360 prescriptions/1 000 habitants/an, un niveau légèrement inférieur à celui de 2019 -, mais ont particulièrement augmenté au troisième trimestre sur fond d'épidémies (et contrairement aux bonnes pratiques, les épidémies virales ne justifiant pas d’antibiotiques). Les prescriptions ont continué d’augmenter dans toutes les autres classes d’âge, en particulier les plus de 65 ans (avec plus de 1 000 prescriptions/ 1 000 habitants/ an, voire 1 200 pour les plus de 80 ans), par crainte des surinfections et complications, avance SPF.
Les variations sont aussi géographiques, la Corse et la Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec une population âgée et une offre sanitaire dense, enregistrant les niveaux de prescription et de consommation les plus hauts, contrairement à la Bretagne, l’Auvergne-Rhône-Alpes, et les Pays de la Loire.
Augmentation de 6 % des prescriptions chez les généralistes
Alors que les généralistes sont à l’origine des trois quarts des ordonnances d’antibiotiques, leurs prescriptions ont augmenté en 2024 (+ 6,2 %), ainsi que celles des spécialistes (+ 1,5 %). Statu quo chez les chirurgiens-dentistes (-0,2 %), en revanche. Au total, sur l’ensemble de la décennie depuis 2014, les prescriptions des généralistes ont diminué de 1,5 % par an en moyenne et de 1 % pour l’ensemble des prescripteurs.
Toujours depuis 2014, la baisse de prescription et de consommation est particulièrement forte pour les quinolones (respectivement – 59 % et -48 %), en accord avec les recommandations nationales, salue SPF. Les antibiotiques les plus prescrits sont les pénicillines (+ 10 % de consommation en plus par rapport à 2014), en raison notamment de la progression de celles à large spectre comme l’amoxicilline. SPF note aussi une augmentation accélérée des macrolides, notamment l’azithromycine, depuis 2020. Cela peut s’expliquer par un report des prescriptions après les tensions en amoxicilline, mais aussi l’émergence fin 2023 des pneumopathies liées à Mycoplasma pneumoniae et la résurgence de la coqueluche.
En conclusion, SPF insiste sur l’importance de sensibiliser et d’outiller les prescripteurs (avec des tests de diagnostics rapides par, exemple, pour angine ou cystite) pour atteindre les objectifs de la stratégie nationale. Sans oublier la communication grand public, pour rappeler que les antibiotiques ne sont pas automatiques.
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