Dans ses toutes premières recommandations publiées ce 1er décembre 2025 sur l’utilisation et les indications des analogues du GLP-1 (aGLP-1) pour le traitement de l’obésité chez l’adulte, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise un traitement au long cours par aGLP-1 associé à une thérapie comportementale intensive.
L’OMS fonde ses présentes directives sur des données « probantes » de la littérature (liraglutide, sémaglutide et tirzépatide) et « le concept de bénéfice pour tous » concernant l'utilisation des traitements par aGLP-1 dans l'obésité chez les adultes. Dans ses recommandations, elle établit également une base stratégique pour aider les pays à « accélérer leur réponse à la crise de l'obésité chez les adultes (hors femmes enceintes), détailler le processus de développement et résumer les implications pour élargir l'accès équitable à ces médicaments tout en façonnant un écosystème plus complet pour la prise en charge de l'obésité ». L’organisation onusienne déplore en effet, en l’absence d’action, un coût de l’obésité de 3 000 milliards de dollars américains par an d’ici à 2030, ce qui correspondrait par exemple à 18 % du budget national dédié à la santé pour un pays ayant une prévalence de l’obésité de 30 %.
« L'obésité est un défi sanitaire mondial majeur que l'OMS s'engage à relever en aidant les pays et les populations du monde entier à contrôler de manière efficace et équitable. Nos nouvelles recommandations reconnaissent que l'obésité est une maladie chronique qui peut être traitée grâce à des soins complets et continus, a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, lors d’une conférence de presse. Ces médicaments [les aGLP-1] offrent un espoir. »
En septembre dernier, l’institution avait ajouté à sa liste de médicaments essentiels les aGLP-1 comme traitement du diabète de type 2 compliqué par une maladie cardiovasculaire, une maladie rénale chronique ou une obésité. Elle avait appelé à en faciliter l’accessibilité avec des génériques moins chers. Parmi les aGLP-1 inscrits figuraient le sémaglutide (dont le brevet expire en 2026 dans certains pays), le dulaglutide, le liraglutide et le tirzépatide. En octobre 2025, l’OMS dénombre douze traitements à base d’aGLP-1 approuvés dans le diabète de type 2 et/ou l’obésité, et 40 agents multi-agonistes en développement dans plusieurs indications.
Des recommandations conditionnelles en attente de données à long terme
L’OMS définit l’obésité comme une maladie chronique et récidivante nécessitant un diagnostic précoce, des approches intégrées et centrées sur la personne, des soins tout au long de la vie et une prise en charge des comorbidités. D’après les données, elle estime que le traitement par aGLP-1 au long cours (plus de 6 mois) est efficace et peut éventuellement être associé à une thérapie comportementale dite intensive. Cette dernière inclurait une activité physique régulière, une alimentation saine et un soutien de la part des professionnels de santé (conseils, informations), une approche que le groupe de travail désigne comme « globale ».
Enfin, les auteurs soulignent que ces recommandations ne sont que conditionnelles du fait du manque de données sur leur efficacité et leur sécurité à long terme, ainsi que la question en suspens de leur maintien ou de leur arrêt et du contexte actuel d’accessibilité.
Un accès équitable à des traitements abordables
Toutefois, l’OMS admet que les médicaments seuls « ne peuvent pas résoudre le problème mondial de l'obésité » et le groupe de travail recommande ainsi que la communauté internationale mette en place « un écosystème équitable, intégré et durable pour lutter contre l’obésité » avec une « prise en charge complète de la maladie ». « Ces recommandations sont fondées sur l’inclusion », a tenu à rappeler le directeur général. Des politiques et des interventions de promotion de la santé et de prévention sont nécessaires, plaident les experts, en ciblant la population générale et les personnes à haut risque. L’OMS rapporte à ce titre plus d’un milliard de personnes en obésité dans le monde, projetant 2 milliards d’ici à 2030, et 3,7 millions de décès liés à l’obésité en 2024.
De plus, le groupe de travail précise que, compte tenu du temps nécessaire à la mise en œuvre de ces mesures, la priorité sera d'identifier les personnes qui en ont le plus besoin tout en permettant une expansion progressive de l'éligibilité. Les capacités actuelles de production pourraient ne satisfaire « que » 100 millions de personnes, soit moins de 10 % des personnes actuellement en obésité.
Enfin, l’OMS rappelle que la mise en œuvre de ces lignes directrices dépendra de « l’accès équitable à des traitements abordables, la préparation du système de santé et la garantie que les soins soient centrés sur la personne, non discriminatoires et universellement accessibles ». Ce point sera l’objectif du groupe de travail pour sa prochaine réunion début 2026.
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