Pesticides : une imprégnation plus marquée chez les riverains des vignes, selon SPF et l’Anses

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Publié le 15/09/2025
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Par rapport aux habitants éloignés d’une parcelle viticole, les riverains des vignes affichent des niveaux d’imprégnation aux pesticides plus élevés. Mais les résultats de l’étude PestiRiv ne permettent pas d’établir un lien avec des effets sanitaires.

Crédit photo : VOISIN/PHANIE

L’étude est inédite, mais les résultats peu surprenants. Santé publique France (SPF) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) se sont penchées sur la contamination de l’environnement et l’imprégnation de la population aux pesticides dans les zones viticoles. Il en ressort que les riverains des vignes sont plus exposés que les personnes vivant à distance d’une exploitation.

Si cette étude baptisée PestiRiv participe à l’amélioration des connaissances, elle n’apporte « pas de réponses à toutes les questions », a souligné la Dr Caroline Semaille, directrice générale de SPF, lors d’une présentation des résultats à la presse, ce 15 septembre. Lier des niveaux d’exposition avec des risques sanitaires nécessite des travaux supplémentaires. « Pour définir des valeurs toxicologiques de référence, il faut disposer de données cliniques », précise le Pr Benoît Vallet, directeur général de l’Anses. L’objectif de PestiRiv était de disposer de données « solides » et « très précises » à l’échelle nationale, indique-t-il.

La viticulture, un « cas d’étude » de l’exposition aux pesticides

Pour y parvenir, les équipes de SPF et de l’Anses se sont concentrées sur 56 substances : des fongicides comme le folpel ou le cuivre ; des herbicides comme le glyphosate ; des insecticides comme les pyréthrinoïdes. Ces substances étaient autorisées au moment du recueil des échantillons à l’exception de quatre d’entre elles, dont le statut réglementaire a évolué entre la phase de priorisation des substances (2018) et le début de l'enquête de terrain. La viticulture a été utilisée comme un « cas d’étude », notamment car ce sont des cultures permanentes, situées à proximité immédiate des habitations. En France, « environ 4 % de la population vit à moins de 200 mètres d’une parcelle de vigne », ajoute Clémence Fillol, responsable de l'unité surveillance des expositions de SPF.

Les pesticides ont été recherchés dans l’air extérieur, l’air ambiant, les poussières, ainsi que dans les urines et les cheveux des participants de 265 zones viticoles et non viticoles. Six régions sont concernées : Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les participants (1 946 adultes de 18 à 79 ans et 742 enfants de 3 à 17 ans) vivaient à moins de 500 mètres de vignes ou à plus d’un kilomètre de toutes cultures. Tous se sont montrés « impliqués » tout au long des 14 jours d’enquête, ce qui « reflète la préoccupation des participants » quant aux pesticides, souligne Sébastien Denys, directeur Santé-environnement-travail de SPF.

Dans les urines, les poussières et l’air ambiant, les niveaux de contamination étaient plus élevés dans les zones viticoles. L’augmentation de l’imprégnation urinaire est comprise entre 15 % et 45 % et l’augmentation de la contamination des poussières varie selon les substances de quelques pourcents à plus de 1 000 %. Les expositions étaient par ailleurs plus importantes en période de traitement (de mars à août). L’augmentation de l’imprégnation urinaire a pu atteindre 60 % et l’augmentation de la contamination des poussières a varié selon les substances de quelques pourcents à 700 %.

Une exposition augmentée aussi pour des substances non spécifiques à la vigne

Les résultats, « cohérents » avec ceux d’autres études menés aux États-Unis et aux Pays-Bas, montrent une exposition augmentée pour les substances spécifiques à la vigne, comme le folpel et le métirame, mais aussi pour celles qui le sont moins, comme le glyphosate, le fosétyl-aluminim ou la spiroxamine. Ce constat peut s’expliquer par des phénomènes de dérive ou de réenvol d’une partie des produits pendant ou après l’application.

Pour certaines substances, aucune différence entre les deux groupes de population ou entre les deux périodes n’est observée. « Cela peut s’expliquer par le fait qu’il existe d’autres sources d’exposition que les traitements agricoles (cas des pyréthrinoïdes, qui sont des insecticides utilisés pour des usages variés, ou encore du cuivre) ou que l’utilisation de la substance sur les vignes a été faible dans la période étudiée (exemple du tébuconazole) », est-il relevé.

Des mesures pour réduire l’exposition

Si les sources d’exposition sont variées, deux facteurs principaux d’imprégnation sont mis en évidence par l’étude : les quantités de produits utilisés et la proximité des habitations avec les vignes. Certaines pratiques peuvent limiter l’exposition : « se déchausser en entrant dans la maison, nettoyer les sols avec une serpillière ou un aspirateur au moins une fois par semaine, faire sécher le linge à l’intérieur en période de traitement, éplucher les fruits et légumes du jardin avant consommation, limiter la consommation d’œufs provenant de poulaillers domestiques en zones agricoles, disposer d’un système de ventilation mécanique (VMC) », listent les deux agences.

Ces gestes individuels doivent tout de même être accompagnés de mesures collectives. SPF et l’Anses plaident ainsi pour la réduction « au strict nécessaire » de l’usage des pesticides et l’information des riverains avant un traitement. Ces recommandations « sont extrapolables à d’autres cultures », insistent les agences.

Il reste désormais à analyser les liens entre exposition et effets sanitaires. La faisabilité de tels travaux est à l’étude. Des études sont également nécessaires pour mieux comprendre les liens entre contamination environnementale et imprégnation des personnes et pour déterminer les niveaux d’imprégnation pouvant être associés à des risques sanitaires.


Source : lequotidiendumedecin.fr