Plus de 16 % des 6-11 ans sont victimes probables de harcèlement

Publié le 22/01/2026
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Santé publique France publie de nouveaux résultats d’Enabee décrivant les facteurs de vulnérabilité chez les enfants scolarisés en élémentaire, victimes de harcèlement ou ayant des comportements agressifs.

Crédit photo : BURGER/PHANIE

Plus de 16 % des enfants de 6 à 11 ans sont probablement victimes de harcèlement scolaire et plus susceptibles de présenter un trouble de santé mentale, selon une étude publiée ce 22 janvier 2026 par l'agence de santé publique, qui relève que d'autres enfants cumulent un probable harcèlement et des comportements agressifs.

« Plus de 16 % des enfants scolarisés en élémentaire sont victimes probables de harcèlement, près de 18 % des enfants ont des comportements agressifs, et un peu plus de 6 % des enfants cumulent le fait d'être victimes probables de harcèlement et d'avoir des comportements agressifs », résume Santé publique France (SPF) dans un communiqué.

Les résultats, issus de l'enquête épidémiologique sur le bien-être et la santé mentale des enfants scolarisés en France hexagonale (Enabee), se fondent sur les réponses de parents et enseignants de 8 200 élèves scolarisés du CP au CM2, recueillies en 2022 et croisées avec des données sur la santé, l'environnement familial, le milieu socioéconomique, etc.

« Le harcèlement est l’un des principaux facteurs susceptibles d’impacter la santé mentale des enfants, avec des conséquences sur leur vie à court terme (anxiété, isolement, troubles du comportement) et moyen terme (dépression, pensées suicidaires, décrochage scolaire) », lit-on dans le communiqué, précisant que le rapport s’attache uniquement aux situations entre élèves en milieu scolaire et en dehors (le harcèlement sexuel et le harcèlement d’un adulte envers un enfant étant exclus).

Des questions simples pour le repérage

Parents et professeurs devaient répondre aux questions suivantes : est-il harcelé ou tyrannisé par d'autres enfants ? Se bagarre-t-il souvent avec les autres enfants ou les tyrannise-t-il ?

Selon les résultats, les enfants victimes probables de harcèlement et ceux ayant des comportements agressifs « ont plus fréquemment au moins un trouble probable de santé mentale », par rapport aux autres enfants. Il peut s’agir d’un trouble émotionnel, oppositionnel ou d’inattention/hyperactivité, impactant leur vie quotidienne.

Parmi les enfants à la fois victimes et agressifs, 40,9 % présentent au moins un trouble de santé mentale contre 6,8 % pour les enfants n'étant ni l'un ni l'autre. « Ce groupe-là en particulier présente une fréquence élevée de troubles probables de santé mentale et mérite une attention particulière », pointe auprès de l'AFP Marianne Sentenac, chargée de projets scientifiques sur l'enquête Enabee. Pour certaines victimes, « l'agressivité peut être un mécanisme de protection contre leur propre détresse émotionnelle », selon Santé publique France.

Des compétences psychosociales à développer

Autre constat : « les enfants avec des troubles des apprentissages, ceux bénéficiant d’au moins un dispositif d’accompagnement à la scolarité, nés prématurément, en situation de surpoids ou d’obésité, ainsi que ceux avec de moindres compétences prosociales sont plus fréquemment victimes probables de harcèlement ou ont des comportements agressifs », pointe aussi l’étude. Un antécédent d’agression ou de violence subie dans le passé (par une personne de plus de 15 ans) est davantage associé à des comportements agressifs chez les enfants.

Par ailleurs, les enfants agressifs ou victimes probables de harcèlement « sont plus souvent issus de familles monoparentales, avec un parent ayant un niveau de diplôme inférieur ou équivalent au baccalauréat, et déclarant une situation financière perçue comme difficile ». La présence probable de dépression ou d’anxiété chez le parent répondant et le faible soutien social perçu sont également associés au risque de harcèlement chez l’enfant. L’étude ne suggère pas en revanche d’association avec la fréquentation de la cantine ou de l’accueil périscolaire.

L'étude, qui n'avance ni explication ni lien causal, montre également que les filles sont « plus souvent identifiées comme des victimes probables de harcèlement et présentent moins souvent des comportements agressifs que les garçons ».

Ces résultats confirment qu'il faut « renforcer le repérage et la prise en charge précoce des situations de harcèlement dès le niveau élémentaire, notamment par le développement des compétences psychosociales de l'enfant », souligne Marianne Sentenac.

« Bien que très jeunes, ils peuvent, dès cet âge-là, développer ces compétences psychosociales, comme apprendre à faire preuve d'empathie, réguler leurs émotions et savoir demander de l'aide », rappelle Stéphanie Monnier-Besnard, cheffe de projet de l'enquête Enabee.

Dr I.D. avec AFP

Source : lequotidiendumedecin.fr