Ce qui est bon pour le cœur est bon pour le cerveau. Des chercheurs (Mass Brigham Hospital/faculté de médecine d’Harvard) en apportent une illustration supplémentaire dans une étude observationnelle chez des sujets à risque de maladie d’Alzheimer. À la clé, un message de prévention simple, peu onéreux et encourageant : même une activité physique modeste, de l’ordre de 3 000 à 5 000 pas par jour, est associée à une progression plus lente des dépôts de protéines tau à l’imagerie TEP et à un ralentissement significatif du déclin cognitif.
L’effet apparaît davantage marqué pour une activité plus soutenue de l’ordre de 5 000 à 7 500 pas par jour. Le déclin cognitif serait retardé de trois ans en moyenne pour 3 000 à 5 000 pas par jour, de sept ans pour 5 000 à 7 500 pas par jour, lit-on ainsi dans un communiqué du Mass Brigham Hospital. À l’inverse, les patients sédentaires présenteraient une accumulation plus rapide de protéine tau à l’imagerie et un déclin cognitif plus rapide. Les résultats observés chez 296 participants âgés en moyenne de 73 ans (50 à 90 ans) sont publiés dans Nature Medicine.
« Le mode de vie semble influer sur les stades les plus précoces de la maladie d’Alzheimer, suggérant qu’en le modifiant il serait possible de ralentir l’émergence de symptômes cognitifs en agissant rapidement », a déclaré le Dr Jasmeer Chhatwal, professeur de neurologie au Mass Brigham Hospital/faculté de médecine et de Harvard et premier auteur. Ces observations pourraient expliquer pourquoi certains patients ne déclinent pas aussi vite que d’autres pourtant a priori sur la même trajectoire de la maladie.
Ce travail, qui a inclus des patients sans symptôme au départ, a évalué les participants une fois par an pendant deux à quatorze ans (neuf ans en moyenne) sur le plan cognitif tout en renseignant leur activité physique après les avoir équipés de podomètre. Tous avaient réalisé à l’inclusion une TEP cérébrale pour mesurer les dépôts tau et bêta amyloïde. Parmi les participants, ceux qui présentaient des dépôts importants étaient considérés à risque de maladie d’Alzheimer. Lors du suivi, un sous-groupe (n = 172) a réalisé de façon répétée une TEP pour suivre les dépôts de protéine tau.
Selon leurs analyses statistiques, les chercheurs estiment que les bénéfices de l’activité physique sur le déclin cognitif étaient corrélés à de plus faibles dépôts de protéine tau. Chez les sujets à faible risque (niveaux faibles de protéine bêta amyloïde à l’inclusion), le déclin cognitif est resté très léger ainsi que l’accumulation de tau, sans association significative avec l’activité physique.
Un lien de causalité qui reste à préciser
Pour autant, s’il existe un lien entre activité physique et déclin cognitif, dans quel sens joue-t-il ? Cette étude observationnelle ne permet pas de conclure à la causalité : il est possible que les personnes plus actives soient en meilleure santé globale, mais aussi que le développement de la maladie d’Alzheimer altère le maintien d’une activité physique. « Bien que ces résultats soient vraiment encourageants, le nombre de participants est relativement petit (moins de 300 personnes) et l’étude n’est pas un essai clinique conçu pour étudier l’impact de l’exercice », explique sur le site Science Media Centre le Pr Masud Husain, neurologue à l’université d’Oxford, invitant à la prudence quant à l’interprétation et à ne pas survendre les résultats.
Pour répondre à cette question, des essais randomisés restent nécessaires. Les chercheurs expliquent de leur côté vouloir préciser les effets à attendre selon le type d’activité physique ainsi que les mécanismes biologiques à l’œuvre. Même si l’activité physique régulière n’est pas une garantie contre la démence, c’est une mesure de prévention parmi les plus pertinentes à recommander en association avec une alimentation équilibrée, le sevrage tabagique, une faible consommation d’alcool et le contrôle du diabète et de l’hypertension artérielle.
Guerre en Ukraine : l’ONG Mehad accompagne les blessés sur les plans physique et psychique
Apnées du sommeil : l’hypoxie intermittente chronique reprogramme le métabolisme circadien
Petit poids à la naissance : l’effet délétère de la chaleur est aggravé par une faible végétalisation et la pauvreté
Quinze ans après Fukushima, quelles leçons pour la santé des populations ?