Alors que la prévalence du sepsis chez les plus de 15 ans a augmenté de 230 % entre 1990 et 2021, les pratiques d’hémocultures pour le diagnostic du sepsis sont à revoir dans les hôpitaux européens d’après une étude menée dans le cadre de l’Alliance européenne contre le sepsis (ESA). Deux principaux écueils y sont relevés : un volume sanguin prélevé par tube trop faible, ce qui augmente le risque de faux négatifs, et un manque d’accessibilité aux services de microbiologie à toute heure, pouvant retarder les résultats et donc aggraver le pronostic. Les résultats sont publiés dans le Lancet Regional Health – Europe.
Parmi les 907 hôpitaux sondés entre 2021 et 2022, des procédures d’hémocultures n’étaient disponibles que pour 84,4 %. Ce taux était de 76,9 % pour les 27 hôpitaux français sondés. « Les résultats sont surprenants. On s’aperçoit d’une grande variabilité dans leur implémentation et appropriation, allant de 55,6 à 100 % », commente le Pr Djillali Annane, service de réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré (AP-HP), représentant de l’ESA et coauteur de l’étude.
Des volumes prélevés trop petits
Le point le plus problématique que soulève l’étude est qu’« on ne prélève pas suffisamment de sang dans les flacons ce qui augmente le risque de faux négatifs puisque les bactéries sont en faible nombre dans le sang », estime le Pr Annane. Le prélèvement d’un unique jeu de flacons était réalisé dans 38,4 % des départements d’urgence, 34,9 % des soins intensifs et 40,5 % des autres services. Deux jeux d’hémocultures, ce qui correspond aux recommandations, étaient préférés dans 31 %, 39,2 % et 28,1 % de ces mêmes départements hospitaliers.
« Les soignants n’ont pas encore correctement intégré le fait qu’une hémoculture se fait en une ponction unique, mais cela s’améliore d’année en année. Nous avons fait beaucoup de progrès », se réjouit le Pr Pierre Tattevin, infectiologue au CHU de Rennes et vice-président de la Société de pathologie infectieuse de langue française. « Il y a une prise de conscience de la fréquence du geste et, avec cela, une amélioration des pratiques », ajoute-t-il. Quant au volume de ponction, « c’est en soi quelque chose d’assez facile à améliorer et nous sommes en bonne voie. Les automates d’hémoculture, de plus en plus répandus dans les hôpitaux français, permettent d’ailleurs un retour sur la qualité des prélèvements et donc d’améliorer les pratiques », note le Pr Tattevin.
Une étude de 2023 à laquelle le Pr Tattevin avait pris part, a montré qu’à la suite d’une intervention pédagogique, la proportion de flacons ponctionnés avec un volume approprié augmentait significativement, passant de 17,3 à 68,9 %. Du côté de l’ESA, le Pr Annane travaille à de courtes vidéos pédagogiques, consultables au moment même de l’acte.
Un accès limité aux services de microbiologie
Les chercheurs ont aussi analysé les transferts d’hémocultures, leur suivi, le rapport des résultats et les indicateurs de qualité. Dans le cadre du sepsis, la rapidité du diagnostic et des tests de sensibilité aux antibiotiques (AST) pèse fortement sur le pronostic des patients. Sur les 838 hôpitaux européens participants, 48 % possédaient des services de microbiologie directement sur site (72 % en France) et 52 % les externalisaient.
Seulement 10 % des hôpitaux européens avaient des services de microbiologie disponibles 24 heures sur 24, moins de la moitié fournissait des services d’identification rapide de pathogène. Au total, 7,4 % des hôpitaux avaient à la fois un service de microbiologie ouvert à toute heure et fournissant des tests rapides de sensibilité aux antibiotiques. Leur probabilité d’obtenir un résultat microbiologie sous deux jours y était 4,6 fois plus élevée que celle des hôpitaux avec des services limités.
« Quand on regarde la disponibilité de la microbiologie, la France n'est pas très bien positionnée. Nous sommes derrière nos voisins », avertit le Pr Annane. En effet, seuls 11,1 % des services de microbiologie y sont accessibles à toute heure. « C’est une faiblesse importante de notre système, commente-t-il. Il en va de même sur les tests rapides de sensibilité aux antibiotiques, nous sommes un peu en retard par rapport à nos collègues ». À ce titre, avec l’ESA, « nous essayons de faire du lobbying au niveau européen pour obtenir des standards sur une obligation vis-à-vis des résultats. Il faut des procédures qui garantissent des délais de résultats fiables compatibles avec ces patients en situation critique ».
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