6e colloque cannabis médical Strasbourg

De plus en plus de pays s'y mettent

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Publié le 09/11/2017
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cannabis à usage thérapeutique

cannabis à usage thérapeutique
Crédit photo : PHANIE

Depuis le printemps dernier, l’Allemagne a rejoint le groupe des pays autorisant la prescription du cannabis médical par les médecins, ainsi que son remboursement.

La demande est d’ailleurs telle que les caisses de maladie, inquiètes des dépenses occasionnées, vérifient de plus en plus sévèrement la conformité des prescriptions avec les indications ouvrant droit à la prise en charge. Elles accusent certains médecins d’enfreindre sciemment ces règles pour faire prendre en charge gratuitement le cannabis de certains de leurs patients qui n’en pas ont vraiment besoin, et de nombreuses polémiques secouent le pays à ce sujet. Plus de 10 000 ordonnances ont déjà été prescrites entre mars et juillet dernier, et, selon les producteurs, le nombre de patients traités pourrait dépasser les 100 000 l’an prochain, et les 800 000 en 2021. L’Italie, pour sa part, autorise et prend en charge les prescriptions de cannabis médical depuis 2015. Elle a toutefois assorti cette mesure d’une baisse tellement drastique des prix « remboursables », passés de 40 euros à 9 euros le gramme, que la plupart des pharmacies refusent désormais d’en distribuer, car elles le vendraient à perte à ce tarif…

Formation des médecins

Rien de tout cela bien sûr en France ou en Belgique, en dépit d’une consommation récréative parmi les plus élevées du monde. Responsable d’un centre de soins palliatifs à Bruxelles, le Dr Dominique Lossignol s’insurge de voir que « les médecins ne connaissent absolument rien au cannabis », et continue de se demander « pourquoi la morphine est autorisée et pas le cannabis ». Il rappelle que ce dernier était largement consommé au XIXe siècle dans plusieurs pays dont la France, laquelle l’a supprimé de sa pharmacopée en 1951. « Si un patient me demande comment en obtenir, je ne peux théoriquement que lui conseiller d’aller au coin de la rue », regrette le Dr Lossignol, « et encore à condition de le dire en tant que citoyen et non en tant que médecin ». Il voit dans le cannabis médical un droit humain, car toute personne est légitiment fondée à refuser de souffrir… et tout médecin a l’obligation d’aider à soulager la souffrance. Une association irlandaise, elle aussi confrontée à la prohibition dans son pays, réfléchit même à saisir la Cour européenne des Droits de l’Homme, au motif que l’interdiction du cannabis médical peut s’appliquer à une torture ou un traitement dégradant. De plus, les Irlandais, selon des enquêtes d’opinion, sont favorables à plus de 90 % à l’usage du cannabis médical.

Cancer, épilepsie…

Parallèlement, la conférence a présenté plusieurs nouveaux axes thérapeutiques, à partir de recherches effectuées notamment en Israël et au Canada. Le Pr David Meiri, biochimiste à l’institut « Technion Israël » d’Haïfa, élabore des traitements plus personnalisés pour les malades atteints de cancers, en fonction des récepteurs et des localisations. À Toronto, le Dr Blathnaid Mc Coy achève une étude « prometteuse » sur les effets du cannabidiol (CBD) dans les cas d’épilepsie infantile. Le développement de ces recherches et de ces nouvelles applications fait écho à une recommandation publiée il y a quelques jours à Chicago par l’Association médicale mondiale (WMA) qui, si elle se montre très critique face à toute libéralisation du cannabis récréatif, appelle les organisations médicales et scientifiques à poursuivre leurs recherches sur le cannabis thérapeutique, et plaide aussi pour une meilleure formation des médecins dans ce domaine. Des présentations et des études qui mettent du baume au cœur des médecins et des patients membres de l’UFCM – dont les fondateurs ont d’ailleurs été condamnés pour usage de cannabis, mais dispensés de peine - mais qui attendent, maintenant, que les débats autour du cannabis amorcés lors des dernières élections présidentielles et législatives débouchent sur des faits concrets.

De notre correspondant Denis Durand de Bousingen

Source : Le Quotidien du médecin: 9617