Loïc Bouilleau, jeune PH au CHU de Tours

« J’interagis, au quotidien, avec les internes et les autres spécialités cliniques et chirurgicales »

Publié le 16/10/2014
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Crédit photo : DR

LE QUOTIDIEN : Vous êtes praticien hospitalier (PH) au sein du service de radiologie du CHU de Tours. Pourquoi avez-vous choisi ce statut ?

LO??C BOUILLEAU : Praticien hospitalier (PH) est un statut qui m’a attiré dès les premières années de mes études de médecine. Mais, c’est durant mon internat –partagé entre Tours et Orléans– que je me suis vraiment décidé à poursuivre cet objectif. Au CHU de Tours, cela faisait plusieurs années qu’aucun médecin ne s’engageait sur le long terme sur le poste de PH en imagerie ostéo-articulaire. De très bons praticiens avaient, en effet, décidé de quitter l’hôpital pour s’installer dans le libéral. Lorsque j’étais interne, il n’y avait donc pas de PH pérenne en ostéo-articulaire à Tours et j’ai, très vite, eu à l’esprit d’occuper ce poste, une fois diplômé. Je trouvais valorisant de développer l’ostéo-articulaire à Tours, de rendre le poste pérenne. J’ai eu la chance d’atteindre cet objectif. Au cours de ma formation, le côté service public de l’hôpital m’a, par ailleurs, toujours motivé et convenu.

Qu’est-ce qui a orienté votre choix vers l’imagerie ostéo-articulaire ?

J’étais attiré par l’ostéo-articulaire avant même de choisir la radiologie. Au départ, je pensais m’orienter en médecine générale (médecine du sport) mais, mes résultats au concours d’internat m’ont permis d’envisager une autre spécialité : j’ai commencé mon internat en rhumatologie puis en rééducation fonctionnelle, et enfin, j’ai intégré la radiologie, toujours avec l’objectif de faire de l’ostéo-articulaire.

J’étais, certes, plutôt clinicien dans l’âme mais la découverte de l’image et de l’imagerie ne m’ont pas déçu. La radiologie me convient bien : ma perception de la vie passe beaucoup par le côté visuel. Dans l’imagerie, nous essayons, sans cesse, de comprendre l’histoire d’une image, son rapport ou non avec la clinique. Je trouve cet exercice très stimulant intellectuellement. À Tours, je n’ai pu être qu’initié à l’ostéo-articulaire ; je m’y suis alors formé par le biais de 3 DIU et de stages hospitaliers et dans le cadre d’inter-CHU.

Outre votre internat, quelles ont été vos expériences, notamment dans le privé ?

J’ai enchaîné toute ma scolarité universitaire jusqu’au post-internat et pris mon poste de PH dans le même hôpital (CHU de Tours). Mais, en fin de formation, j’avais tout de même effectué des semestres d’internat dans d’autres hôpitaux de la région Centre et mon dernier semestre en inter-CHU dans le grand service d’imagerie ostéo-articulaire de Bruxelles. Avant de prendre mon poste de PH titulaire, comme beaucoup de mes collègues, j’ai pris le temps ponctuellement de tester l’activité d’exercice libéral en remplaçant en cabinets et cliniques privées (à Tours, Orléans et Grenoble). Je savais qu’une partie de la formation devait passer par cette expérience dans le privé sans jamais, pour autant, quitter mon objectif de projet hospitalier.

Qu’est ce qui vous a motivé à rester dans le public ?

Une de mes motivations fortes a toujours été d’échanger et transmettre en restant au contact des étudiants, notamment des internes : c’est une façon de se confronter à ses certitudes en permanence. Un interne peut remettre en question nos perceptions et pratiques. Mais aussi, nous motiver à transmettre le meilleur de notre expérience. Par ailleurs, en tant que PH, les interactions avec les autres spécialités sont nombreuses : je suis très souvent amené à travailler avec les cliniciens ou les chirurgiens. En particulier lors de réunions hebdomadaires de consultations pluridisciplinaires (sarcomes…). Chaque réunion permet de revoir de nombreux dossiers : de confirmer ou d’infirmer des diagnostics en s’aidant des images, de poser des diagnostics sur des images extérieures et parfois, de les compléter par des images effectuées en interne, au sein de notre CHU.

En revanche, contrairement à certaines idées reçues, je ne pense pas que l’on consacre davantage de temps à la relation aux patients à l’hôpital public qu’en structure privée. Cela dépend du choix et de l’organisation du praticien. Par ailleurs, la dynamique et la liberté d’action sont, à mon sens, moins importantes à l’hôpital que dans le privé. L’hôpital peut, par exemple, décider de mettre l’accent sur telle ligne d’activité plutôt que telle autre, sans tenir compte de notre parcours ou de nos ambitions individuelles. Dans ce cas, soit on s’adapte à la décision hospitalière, soit on quitte l’établissement.

Justement, quels arguments pourraient vous donner envie de quitter le public pour le privé ?

Je pourrais, un jour, envisager de quitter l’hôpital si je n’y trouvais plus un entourage réceptif à mes motivations et si on ne me permettait pas de développer les activités qui me tiennent à cœur ou de prodiguer des soins de qualité. Dans le privé, il paraît souvent plus simple d’effectuer une activité qui colle à notre façon de faire et à nos ambitions.

La question épineuse des écarts de salaires n’est pas, pour moi, un facteur qui me motive à quitter le public. Certains praticiens du privé peuvent gagner deux à trois fois mon salaire mais le degré de stress que j’en perçois, leurs rythmes et charge de travail doivent être conséquents. À l’hôpital, on gagne, certes, moins mais on n’a pas les préoccupations du libéral (risques de diminution de l’activité, fluctuation de la tarification, difficultés en cas de congé maladie, cotisation pour la retraite…) : le salaire suit les échelons du secteur public. Mais il faut, parfois, se battre contre une administration qui ne respecte pas toujours nos droits en termes de rémunérations et cherche, avant tout, à réaliser des économies.

Le statut de PH n’a pas évolué durant ces 15 dernières années. Que faudrait-il prendre en compte pour faire avancer les choses ?

Il faut notamment éclaircir la question de l’harmonisation du temps de travail hebdomadaire effectif des PH. À partir de là, il faudrait réfléchir à la manière dont on pourrait valoriser (ou pénaliser) les praticiens dont l’activité sort ces « normes » de temps ou de rendement travail. Pour l’instant, nous avons beaucoup d’interrogations concernant le temps de travail réglementaire, compte tenu surtout, du temps consacré à la continuité de soins. Certaines circonstances d’exercice entraînent en effet un doublement du temps de travail lors d’astreintes et de gardes et cela est aujourd’hui encore mal accepté. En partie à cause de la mauvaise valorisation du temps de garde et d’astreinte, beaucoup de collègues choisissent la fuite vers le privé.

Vous restez, malgré tout, très attaché à l’hôpital, mais un exercice mixte (public/privé) vous tenterait-il ?

Tout à fait. Je suis justement en train de réfléchir à la manière dont je pourrais avoir une activité libérale à l’hôpital, d’une journée hebdomadaire (comme la loi le permet). Mon attente, avec cet exercice mixte serait une totale liberté d’action dans les vacations privées, avec un rendement et une dynamique d’examens axés sur un domaine d’activité ostéo-articulaire ciblé et stimulant. Avoir un pied en libéral, lorsque l’on est PH à l’hôpital, permet de valoriser notre activité et notamment, l’image que l’on renvoie aux patients et aux collègues qui partagent les mêmes intérêts dans le domaine ostéo-articulaire.

Hélia Hakimi-Prévot

Source : Bilan spécialistes