Lucy Di Marco, présidente de l’UNIR

« La radiologie est appréciée des internes pour son côté transversal et ses conditions d’exercice attractives »

Publié le 16/10/2014
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Crédit photo : DR

LE QUOTIDIEN : Vous êtes à la tête de l’UNIR, une association qui sert notamment d’intermédiaire entre les internes en radiologie et défend leurs intérêts. Vous avez soutenu l’instauration du repos de sécurité des internes, l’un des événements marquants de ces dernières années. Dans les faits, ce droit est-il, désormais, respecté ?

LUCY DI MARCO : En 2012, une enquête de l’InterSyndicat National des Internes (ISNI) avait mis en évidence le fait que près de 20 % des repos de sécurité des internes n’étaient pas pris (toutes spécialités confondues). Mais en radiologie, le droit au repos de sécurité est respecté dans 100 % des cas d’après l’enquête UNIR 2013 sur les gardes de radiologie, recueillant les réponses de 120 internes issus de 24 CHU/CHR différents.

En revanche, la situation est plus délicate pour les astreintes des internes et des seniors qui rencontrent des difficultés à bénéficier du repos de sécurité de 11 heures lorsqu’ils sont appelés à se déplacer la nuit. Car une activité est souvent programmée le lendemain matin et les effectifs permettent rarement de ne pas poster un médecin d’astreinte le lendemain matin, notamment en radiologie interventionnelle. Ceci pose le problème de la responsabilité médicale –en cas d’erreur médicale– sur une période théorique de repos de sécurité.

Autre fait important : la filiarisation des choix. Depuis trois ans, en fonction du classement aux ECN, les étudiants en médecine choisissent leur CHU et leur spécialité, dès le début de l’internat. Ce nouveau système de filiarisation actuel est-il plus avantageux pour les étudiants ?

J’ai fait partie de la première promotion à bénéficier de la filiarisation des choix et je pense que c’est une réforme intéressante. Les étudiants peuvent s’investir pleinement dans la spécialité choisie dès le début de l’internat et ont un droit de remords, s’ils se rendent compte que celle-ci ne leur plaît pas.

Avant cette réforme, le choix de la spécialité s’effectuait au cours de l’internat. Il y avait des problèmes de flux : l’étudiant n’était pas certain d’obtenir la spécialité médicale visée tant qu’il n’accédait pas à un stage dans ce domaine. Tout dépendait du nombre de postes ouverts par semestre dans la spécialité choisie ainsi que des choix des internes mieux classés. Le système était imprévisible : si l’étudiant n’avait pas réussi, au cours des quatre premiers semestres de l’internat, à effectuer un stage dans la spécialité souhaitée (car stages déjà pourvus par d’autres internes), il ne pouvait pas opter pour celle-ci.

Les étudiants en médecine n’ont pas toujours une vision fine des sous-spécialités. Les internes ont-ils une visibilité sur les options qui s’ouvrent à eux, plus tard ?

En France, les internes ne peuvent pas connaître toutes les spécialités. Car, pour des questions administratives et organisationnelles, ils effectuent des stages longs (6 mois) qui ne permettent pas de découvrir toutes les spécificités de la radiologie. Ceci évoluera sans doute, avec la nouvelle maquette issue de la réforme du troisième cycle qui pourrait encourager à proposer des stages mixtes entre deux services. Même durant les nombreux stages d’externat, les étudiants ne peuvent expérimenter toutes les sous-spécialités. J’ai, par exemple, choisi la radiologie en début d’internat alors même que je n’avais jamais effectué de stage de radiologie durant mon externat. Heureusement, ma spécialité me plaît. Mais, si cela n’avait pas été le cas, je n’aurais pas hésité à exercer mon droit au remords.

Les internes en radiologie sont-ils nombreux à être déçus de cette spécialité et à en changer, dans le cadre du droit au remords ?

Cela arrive, bien sûr. Mais, comparée à d’autres spécialités, la radiologie est plutôt bien appréciée des internes. Certaines sous-spécialités sont particulièrement prisées des internes. C’est le cas notamment de la radiologie interventionnelle : son côté technique plaît beaucoup à ceux qui étaient, au départ, attirés par la chirurgie. 45 % des internes envisagent de pratiquer des gestes interventionnels (hors vasculaire). Dans une enquête UNIR 2012, 83 % des internes souhaitaient exercer une activité généraliste avec 1 à 3 sur-spécialités, parmi lesquelles l’imagerie digestive (51 %), l’imagerie ostéo-articulaire (49 %), la neuroradiologie (34 %) et l’imagerie de la femme (30 %). En revanche, l’imagerie pédiatrique souffre d’une pénurie d’internes : peu de jeunes étudiants optent pour cette sous-spécialité dont les actes sont souvent plus longs que les actes classiques de radiologie tout en n’étant pas mieux cotés. D’autre part, il faut aimer les enfants, être patient, supporter les pleurs. Cela n’est pas donné à tout le monde !

En quoi la radiologie constitue-t-elle une spécialité attractive pour les étudiants en médecine ?

La radiologie est, tout d’abord, une spécialité transversale, variée. Les internes ont accès à plusieurs modalités : IRM, échographie, scanner, imagerie interventionnelle. Ils peuvent faire, à la fois, du diagnostic et du thérapeutique (infiltrations, embolisations artérielles…). Ils sont en contact avec le patient. La spécialité permet aussi de concilier vie privée et vie professionnelle. Ce que permet les horaires : nous débutons en moyenne à 7 heures du matin si nous nous sommes postés à l’IRM, à 8 heures au scanner ou en salle de vasculaire, 8 heures 30 en échographie et terminons entre 18 heures et 20 heures (pour l’IRM), parfois plus tard en cas de retard (transports de patients, urgences à intercaler…).

D’après les dernières enquêtes d’UNIR, les internes en radiologie sont globalement satisfaits de leur formation. Ce qui manque, ce sont des cours en ligne pour tous les modules d’organes, du fait d’une disparité de l’enseignement selon les interrégions. Mais cela se met, petit à petit, en place avec les référentiels du CERF en pédiatrie, urgences, sénologie, oncologie et ORL, cette année, pendant les Journées Françaises de Radiologie (JFR).

Faire un stage en libéral peut-il aider les internes à acquérir de nouvelles compétences qu’ils n’auraient pas pu découvrir dans le public ?

Oui, tout à fait. Si les internes en tête de promotion ont accès à un nombre de terrains de stages importants dans le public, ceux qui sont en fin ont un choix plus limité. Ils ne peuvent pas forcément obtenir un stage en imagerie de la femme ou en ostéo-articulaire, par exemple. C’est justement pour cela que nous essayons de faire ouvrir des stages dans le privé. L’ostéo-articulaire se pratique beaucoup en libéral. Les stages dans le privé peuvent permettre de compléter la formation et l’expérience de l’interne. Il existe par ailleurs des stages combinant le libéral et l’hôpital : l’interne est alors partagé entre deux terrains et peut bénéficier d’un enseignement en milieu académique. J’ai, pour ma part, fait partie des premiers internes à faire un stage en libéral (en 2011), à la polyclinique du Val de Saône à Mâcon. J’en ai été très satisfaite. Les internes ne sont pas, à mon sens, moins bien encadrés dans le privé que dans le public. Tout dépend des établissements. Le libéral est, d’ailleurs, une bonne option, car souvent d’anciens PH et chefs de cliniques exercent leur activité et ont envie de transmettre leur savoir-faire.

Que pensez-vous de l’augmentation du numerus clausus des internes ?

Le nombre d’internes a été augmenté dans les CHU mais pas celui des seniors. Résultat : les internes sont moins bien encadrés. Les CHU ont, malheureusement, pris l’habitude de fonctionner avec des internes qui gèrent parfois seuls leurs vacations. L’augmentation du numerus clausus des internes n’est pas une mauvaise chose en soit. Mais il faudrait augmenter les postes de chefs en CHU en conséquence, pour que les internes puissent continuer à être bien formés.

Comment se dessine l’avenir des jeunes radiologues ?

Avec le Licence master doctorat (LMD), toutes les spécialités médicales dont l’internat dure 5 ans (radiologie, médecine interne, anatomopathologie, hématologie, oncologie) risquent de perdre trois années d’études. La suppression d’une année respectivement d’externat, d’internat et d’assistanat est envisagée. Nous allons nous mobiliser contre ce projet qui met en cause la qualité de notre formation –et sa reconnaissance à l’échelle internationale– ainsi que la qualité des soins.

Par ailleurs, une fois diplômés, beaucoup de jeunes radiologues rejoignent les gros cabinets où chaque collaborateur est expert d’un domaine précis de la radiologie. À l’hôpital, 40 % des postes de PH en radiologie sont vacants ; la rémunération n’étant pas très attractive. De plus en plus de jeunes radiologues souhaitant faire carrière dans le public s’expatrient (Monaco, Belgique, Suisse, notamment) car les conditions d’exercice y sont meilleures. Néanmoins certains hôpitaux réussissent à proposer des demi-gardes –pour compenser les vacations tardives– ou à concilier une partie d’activité libérale à l’hôpital pour garder leurs radiologues. D’après l’enquête UNIR 2012 auprès de 244 jeunes radiologues, ceux-ci souhaitent exercer pour la plupart un exercice mixte public-privé (31 %), dans le privé (28 %), dans le public (14 %), avec 27 % d’indécis.

Hélia Hakimi-Prévot

Source : Bilan spécialistes