Siponimod dans la SEP : des bénéfices contestés

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Publié le 23/03/2018

Le siponimod a montré son efficacité dans les formes secondairement progressives de sclérose en plaques (SEP) à travers l'étude EXTAND. Les résultats sont publiés dans « The Lancet ». « Il s'agit de la première étude d'ampleur portant spécifiquement sur ces formes de SEP qui ait montré un résultat positif », déclare au « Quotidien » le Pr Jérôme de Sèze, neurologue au CHU de Strasbourg et premier recruteur en France de cette étude.

Cet essai de phase III, randomisé et en double aveugle, a inclus 1 645 patients provenant de 31 pays. Parmi eux, 1 099 ont reçu du siponimod (un modulateur des récepteurs de sphingosine 1 phosphate spécifique des récepteurs 1 et 5) et 546 un placebo.

Un bénéfice significatif sur la progression du handicap

Le risque de progression du handicap confirmée à 3 mois (critère principal) est réduit significativement de 21 % avec le siponimod par rapport au placebo. Le siponimod a également montré sa supériorité sur les critères secondaires, avec notamment une diminution du risque de progression du handicap à 6 mois et de l'atrophie cérébrale, par rapport au placebo.

« Cette étude représente indéniablement une avancée intéressante », estime le Pr de Sèze, qui reconnaît toutefois que « le résultat n'est pas spectaculaire en termes de pourcentage de différence entre le groupe traité et le groupe placebo ». Présentée lors de congrès, cette étude a d'ailleurs fait face à des critiques, comme l'illustre un commentaire de Luanne Metz et Wei-Qiao Liu du Department of Clinical Neurosciences and Hotchkiss Brain Institute (université de Calgary, Canada) publié dans « The Lancet » : « Ces résultats significatifs pourraient refléter un effet sur l'activité de la maladie inflammatoire qui caractérise les formes rémittentes récurrentes et cet essai ne fournit pas, à notre avis, des preuves convaincantes que nous avons trouvé un traitement qui exerce son effet clinique par d'autres mécanismes ».

Un bénéfice de plus que le fingolimod ?

En effet, les patients de cette étude présentaient une forme secondairement progressive précoce de la maladie. Ainsi, explique le Pr de Sèze, « certains se demandent si le siponimod a réellement des vertus supplémentaires par rapport au médicament dont il est dérivé, le fingolimod (Gilenya), indiqué dans les formes rémittentes récurrentes. Ils estiment qu'il s'agit d'un ersatz de ce médicament efficace uniquement dans la partie finale de la forme par poussée ». Le neurologue concède que cela est possible, tout en ajoutant que « cette étude a au moins l'intérêt de montrer que les jeux ne sont pas forcément faits dès le début de la progression de la maladie ».

Par ailleurs, des effets indésirables ont été observés : bradycardie, hypertension, œdème maculaire… « Ce sont ceux attendus avec cette classe thérapeutique. Il n'y a pas eu d'alerte particulière en regard de la sécurité », précise le Pr de Sèze.

Une AMM attendue pour 2019

L'extension de l'étude est en cours : « Le suivi à long terme est intéressant pour montrer que les patients sous placebo progressent moins une fois qu'ils sont mis sous traitement actif », indique le neurologue.

Dans son communiqué, Novartis, qui a financé l'étude, indique qu'une demande d'autorisation sera faite auprès de la Food and Drug Administration (FDA) début 2018 et qu'une demande auprès de l'European Medicines Agency (EMA) est prévue « plus tard en 2018 ». Selon le Pr de Sèze, « à moins d'une autorisation temporaire d'utilisation, le siponimod ne devrait pas bénéficier d'une autorisation de mise sur le marché avant le milieu ou la fin de 2019 ».


Source : lequotidiendumedecin.fr