Centenaire du 11 novembre 1918

À Verdun, des médecins font revivre la mémoire de la Grande Guerre

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Publié le 08/11/2018
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Urgentiste et légiste à l’hôpital de Verdun, le Dr Bruno Frémont travaille souvent « avec » les soldats de la bataille : « Il reste 80 000 corps enfouis dans le secteur, si bien que l’on trouve beaucoup d’ossements qu’il faut analyser pour être certains qu’ils datent bien de la guerre et non d’un crime ou d’un accident plus récent », explique-t-il. Issu d’une famille de médecins qui prit part à la Grande Guerre, il anime des associations historiques, tout en contribuant à redonner une identité aux soldats disparus, dont certains, retrouvés ces dernières années, purent ainsi être rendus à leurs familles et inhumés dignement.

Enquête historique

En 2015, des travaux de terrassement au pied du mémorial de Verdun mirent au jour les restes de plusieurs soldats, ainsi qu’une plaque d’identité appartenant à l’un d’entre eux… sans qu’il soit possible de savoir lequel. Le Dr Frémont se lança alors dans une véritable enquête historique : muni de toutes les autorisations légales, il parvint à contacter la famille du porteur de la plaque et fit un prélèvement d’ADN chez le petit-fils de ce dernier, qui n’avait jamais connu son grand-père.

Ensuite, il compara ce prélèvement à ceux qu’il effectua sur les ossements des soldats retrouvés, ce qui lui permit d’identifier le propriétaire de la plaque : le Sergent Claude Fournier, né à Mâcon en 1 880 et tombé devant Douaumont le 4 août 1916. « Sa famille est venue récupérer le corps au dépositoire de l’hôpital. Il a ainsi pu ensuite être enterré parmi les siens, avec autant d’émotion que s’il s’était agi d’un proche ayant toujours vécu parmi eux » explique le Dr Frémont qui insiste sur la réalité du « deuil transgénérationnel », à l’heure où les restes de soldats intéressent de plus en plus les archéologues. « Même s’ils font l’objet d’études scientifiques, ils doivent absolument être traités comme des morts et non comme des pièces archéologiques », rappelle-t-il.

Villages fantômes

Dans le secteur de Verdun, labouré par 60 millions d’obus, neuf « villages détruits » n’ont plus ni maisons ni habitants, mais ont conservé une existence légale… Et un maire, régulièrement nommé par le Préfet. ORL à l’hôpital de Verdun, le Dr François Xavier Long, lui aussi très investi dans l’histoire, est maire de Louvemont, l’un de ces villages, et vieille à l’entretien du monument et de la chapelle qui en indique la trace, de même qu’au bon déroulé des cérémonies qui s’y déroulent.

Un peu plus loin, en Argonne, un médecin généraliste a, lui, entièrement restauré et reconstruit l’une des ambulances offertes à la France par les Américains pour prendre en charge et évacuer les blessés du front : il lui arrive parfois de la conduire sur les mêmes routes étroites qui, il y a cent ans, voyaient les colonnes de soldats monter au front, et les blessés en redescendre.

Denis Durand de Bousingen

Source : Le Quotidien du médecin: 9700