Le suicide d'un neurochirurgien pédiatrique au CHU de Grenoble dans la nuit de mercredi à jeudi a provoqué sur les réseaux sociaux une vague de réactions émues de la communauté médicale, notamment hospitalière, très éprouvée par ce décès.
Un neurochirurgien se suicide au @CHU_Grenoble. L’Ordre partage l’émotion de sa famille, de ses proches et de ses collègues.
— Ordre des Médecins (@ordre_medecins) 3 novembre 2017
Quelle profonde tristesse d’apprendre une si terrible nouvelle : c’est un grand monsieur qui s’en est allé. Grand pédagogue, compétent et tellement humain. Les mots manquent. Toutes mes pensées pour ses proches... https://t.co/u5HOn4NyY5
— DocJB (@drjbaptiste) 2 novembre 2017
Un Confrère neurochirurgien se suicide à mon ancien CHU de formation de Grenoble . Condoléances à la famille . RIP mon Confrère. #Médecinshttps://t.co/d9G0OLA6h3
— Moisescot Philippe (@philmoi) 2 novembre 2017
Dans un communiqué, la direction du CHU a fait part du « décès brutal » de ce praticien hospitalier de 36 ans seulement, survenu « dans les blocs opératoires de l’hôpital Michallon ». Le médecin aurait laissé une lettre faisant état de motifs personnels pour expliquer son acte. Selon « France Bleu Isère », une seringue contenant de l'insuline et du curare a été retrouvée près du corps. L'AFP évoque une absorption de médicaments. Une cellule d'urgence médico-psychologique a été activée par le CHU.
Les témoignages sur le talent et l'humanité du médecin ont également fleuri après ce drame. « Un chirurgien aux doigts d'or », cite Jacques sur le site du « Quotidien ». « Un talent d'orfèvre doublé d'une extrême humanité », raconte FM38. « Confrère brillant dévoué et humain », rédige Jean.
Une enquête de police ouverte
Une réunion du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) extraordinaire s'est tenue ce vendredi matin dans l'établissement. Joint par téléphone, la direction n'a pas souhaité donner de précisions. Elle a assuré qu'elle recevrait toutes les équipes hospitalières qui le souhaitent.
Une enquête de police a été ouverte. Elle cherchera à établir les causes de ce passage à l'acte et l'existence d'un éventuel lien professionnel. Cette question est en effet au cœur de la problématique du suicide de soignants sur leur lieu de travail. Très mobilisée sur la question du harcèlement moral et de la maltraitance à l'hôpital, l'association Jean-Louis Mégnien estime que la « succession ininterrompue » de suicides dans les hôpitaux de France est « inquiétante ».
Concernant le CHU de Grenoble, l'association a relevé sur sa carte de la maltraitance plusieurs signalements en provenance de l'établissement. « Le neurochirurgien qui vient de mettre fin à ses jours ne faisait pas partie des personnes signalées, précise-t-elle. Au cours de ces derniers mois, l'association a transmis les dossiers grenoblois les plus graves au médiateur national, Edouard Couty, qui a commencé à les prendre en compte. »
Le cofondateur de l'association, le Pr Philippe Halimi, précise au « Quotidien » que cinq PU-PH, trois PH ainsi qu'une pharmacienne ont signalé des cas de maltraitance et de harcèlement à Grenoble. Le service de neurochirurgie n'est pas concerné. Des « comportements sur la gouvernance locale posent problème et mettent le personnel en difficulté », ajoute-t-il.
Les difficultés que rencontrent les professionnels hospitaliers au quotidien, très régulièrement dénoncées par les syndicats de personnels, mettent aussi en lumière le manque de moyens du secteur public hospitalier. Muriel*, professionnelle de santé du bloc opératoire du CHU de Grenoble, confirme au « Quotidien » qu'il existe dans son établissement « un manque de moyens, surtout au niveau du personnel. Cela engendre des surcharges de travail pour tout le personnel, des aides soignants, en passant par les brancardiers, et des infirmières de bloc. Beaucoup d'infirmières sont fatiguées. »
*Le prénom a été modifié
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