Entretien
LE QUOTIDIEN : Les médecins et leurs syndicats sont-ils plus machistes que la moyenne ?
NATHALIE LAPEYRE : Ce qui est certain, c’est qu’ils sont loin d’être les seuls ! Les femmes sont faiblement représentées dans tous les syndicats professionnels, quel que soit le secteur d’activité, et ce même dans les professions très féminisées.
Dans les organisations de salariés, la part des femmes tend au fil du temps à se rapprocher de leur présence sur le marché du travail, de l’ordre de 30 à 40 %. Mais plus on monte dans la hiérarchie des mandats syndicaux, moins on trouve de femmes, autour de 20 %. On observe le même phénomène en politique et dans le monde du travail en général.
J’ajoute que le machisme n’est pas forcément lié à une vague de féminisation. On trouve des femmes médecins depuis les années soixante. Dans le droit, leur présence est bien plus ancienne et pourtant, les avocats sont bien plus misogynes que les médecins.
Le machisme est-il la principale raison qui explique la désertion des femmes des rangs syndicaux ?
Ne nous leurrons pas : les femmes sont absentes des syndicats d’abord parce qu’elles ne s’y retrouvent pas. De longue date, les hommes ont développé une mécanique d’exclusion des femmes, souvent par méconnaissance. Celles qui parviennent aujourd’hui à s’engager le doivent aux quelques-uns qui leur ont ouvert la porte.
Pour les médecins, la question de l’articulation des temps de vie et de la disponibilité est également à prendre en compte. Les femmes assument 80 % des charges domestiques et familiales. Or, l’exercice médical demande du temps. Celles qui sont médecins ont encore moins de temps que les autres à consacrer aux loisirs, alors envisager un investissement syndical… Regardez au conseil de l’Ordre : leur présence est infinitésimale.
Exercice en équipe, temps de travail, protection sociale… Les syndicats ont-ils pris conscience des enjeux liés à la féminisation de la médecine ?
Ils se sont saisis de la question mais la route est encore longue, d’autant que les enjeux vont au-delà de la spécificité sexuée. C’est toute une façon d’exercer qui est à revoir. Observez les débats sur les gardes et le repos obligatoire à l’hôpital : les plus anciens et les plus jeunes, femmes ou hommes, ne peuvent s’entendre. En ville, le modèle du médecin dévoué à ses patients avec sa femme en guise de secrétaire est obsolète. Récemment, un généraliste sur le départ m’a raconté l’arrivée d’une jeune femme dans son cabinet de groupe et l’impact sur son engagement au travail. Après une période d’hébétement et d’incompréhension face aux horaires aménagés, aux journées de non-médecine de sa consœur, lui et son confrère ont petit à petit allégé leur charge de travail. « J’ai compris la posture des jeunes », m’a-t-il dit. Cela révèle un autre enjeu lié à la féminisation de la profession : celui de la continuité des soins.
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