Les chemins de l'hypnose, avec le Dr Marc Galy, anesthésiste, groupe hospitalier Paris Saint-Joseph

Publié le 08/07/2015

Introduction

Depuis quelques années en France, de plus en plus  de  praticiens utilisent  les moyens d’entrer en hypnose   pour traiter certaines addictions (tabac, troubles alimentaires), des phobies ou d’autres troubles d’ordre psychologique1. On constate  aussi un intérêt croissant pour l’outil hypnotique dans les différentes structures de soin. Dans le cadre des interventions chirurgicales les anesthésistes participent  à ce développement, en introduisant « l’anesthésie peu ou non médicamenteuse » dans leur pratique. Les consultations de la douleur intègrent  cette orientation dans l’arsenal thérapeutique. Les centres de formation se multiplient.  Les médias participent activement à la diffusion de cette nouvelle approche. Peut-on mieux définir le cadre de l’utilisation des moyens d’entrer en hypnose ? Peut-on s’interroger sur le rôle et la place de la formation ? Ces deux questionnements amènent à une réflexion sur l’intégration des outils hypnotiques  dans les structures soignantes. En même temps il est nécessaire de différencier clairement le spectacle, la magie et les pratiques médicales des professionnels de santé.  Avec force il faut affirmer qu’il n’y a rien de commun entre l’hypnose de « rue », de « spectacle » pratiquée par des non professionnels  et les outils hypnotiques utilisés dans le cadre médical.

Le cadre

Les moyens d’entrer en hypnose qui conduisent le patient vers l’espace hypnotique peuvent être divers. Ces moyens basés sur la communication et des techniques plus spécifiques,  résultent  d’une observation clinique, d’une écoute et répondent le plus souvent à une situation individuelle. Cette situation personnalisée est particulièrement vraie dans le cadre des problématiques médicales. En effet l’approche thérapeutique des addictions, des phobies et même des douleurs chroniques mérite une attention clinique soutenue et la prise en considération des éléments multifactoriels qui conduisent le patient à cet inconfort et  ce déséquilibre. C’est dans ce positionnement que le lien thérapeutique se crée. Les outils hypnotiques sont l’un des éléments thérapeutiques. Ils  s’intègrent dans une stratégie médicale et n’apparaissent pas comme un élément thérapeutique« magique ». La nécessité d’une connaissance médicale et psychologique du patient est indispensable. Cette connaissance est fondamentale dans la réussite de la prise en charge thérapeutique et  découle d’une indispensable formation qui appartient qu’aux professionnels de santé. Actuellement plusieurs instituts ou association de formation donnent un enseignement de qualité. Elles offrent un enseignement médical, multidisciplinaire et offrent  des terrains de stages ciblés et validés. Il existe également  de rares Diplômes Universitaires  dans la ligné du premier d’entre eux créé il y a plus de dix ans par Jean Marc Benhaiem et François Roustang à La Pitié à Paris au sein du département d’anesthésie de Pierre Coriat. La Confédération Française d’Hypnose et Thérapie Brèves a édité une charte Éthique et accueille en son sein les centres de formation qui y répondent. Néanmoins reste le problème de l’enseignement des étudiants en médecine et des spécialistes dans le cadre de leur formation pendant l’internat. Il existe là un vrai retard, voire une absence. Cette situation est bien connue et même répétitive. On se souvient qu’il y a quelques années l’enseignement de la douleur dans son ensemble (mécanisme, traitement) était absent. Il a fallu du temps et l’action de certaines associations et regroupement de certains médecins éclairés pour que les choses changent. Il est temps de penser à INTEGRER  les outils hypnotiques (communication, moyens d’entrer en hypnose) dans l’enseignement des études médicales. Pour l’anesthésie le problème reste entier même si l’Association des Jeunes Anesthésistes Réanimateurs (AJAR)  s’intéresse au sujet et  organise quelques rencontres de sensibilisation. Le thème apparait dans les congrès « officiels » : S.F.A.R. (Société Française d’Anesthésie Réanimation). J.E.P.U. (Journée Enseignement Post Universitaire). Mais aucun module ne parle des outils hypnotiques dans le cadre de la formation des internes.  À  côté de cela les centres de formation sont de plus en plus sollicités de manière individuelle ou par les structures hospitalières. Ils organisent des séminaires et des congrès qui rassemblent de plus en plus de participants : 800 en 2014 à La Rochelle pour trois jours sur le thème « Hypnose et douleurs » avec l’institut Émergences, 400 pour l’Association pour l’étude de l’Hypnose Médicale (AFEHM) sur le thème « Hypnose, Zen et Méditation » en Mai 2015 à la faculté de Médecine René Descartes et près de 2000 sont attendus  représentant 40 nationalités en Aout à Paris au Palais des congrès  pour le Mondial « racines et Futur de la conscience » présidé par le français Claude Virot et organisé par la Confédération Française d’Hypnose et Thérapie Brèves. Cela donne à réfléchir ;  L’INTEGRATION  des outils hypnotiques dans l’enseignement et la pratique quotidienne  et je le souligne encore ici est  indispensable. Pourquoi ?

Pourquoi intégrer les outils hypnotiques ?

Une réflexion  sur l’utilisation des outils hypnotiques s’impose. En effet,  comme nous l’avons souligné, à côté d’une formation individuelle et personnelle, certains établissements organisent des formations collectives pour le personnel médical et paramédical. Même si ils apportent aux soignants un éclairage nouveau pour le  renouvellement des pratiques et une ouverture personnelle,  l’utilisation de ces  outils  ne gagne pas dans une pratique isolée2.  Leurs  intérêts se trouvent  dans  un élan collectif vers l’amélioration de la qualité des soins dans sa globalité. Les projets des services et des pôles dans les structures de soins sont divers. Par exemple certains s’impliquent sur l’accueil du patient, le confort dans le parcours de soin,  sur la prise en charge de la douleur au moment des soins et d’autres  dans la diminution des durées d’hospitalisation et les couts.

Les outils hypnotiques ont leurs places dans ces projets :

- Une place dans l’apprentissage et l’application d’une autre communication basée sur la communication verbale, non verbale ou paraverbale3
- Une place dans  la diminution de l’agression thérapeutique par l’apport des moyens non médicamenteux4.
- Une place dans la stratégie de réduction des coûts et des durées d’hospitalisation par une meilleure prise en charge dans le parcours de soin du patient.

À l’inverse que sont ces projets si les outils hypnotiques n’y sont pas intégrés ? A mon avis ils perdent une amélioration importante dans la réduction des conséquences  de l’agression thérapeutique, ils perdent une réflexion sur la relation soignant/soigné et s’amputent de moyens simples dans leurs objectifs. Pour cela tous les acteurs de soin doivent être partie prenante dans la mise en place des projets. L’aspect multidisciplinaire est ainsi préservé  et trouve dans cette démarche  force et cohérence qui donne aux projets tous les moyens de la réussite.  C’est pour cette raison que je dis « les projets ont besoin des outils hypnotiques ». Il en va de même pour les outils hypnotiques qui « ont besoin de projets ». Si utiliser les outils hypnotiques est important pour le soignant, cette valorisation en sera plus grande si cette utilisation s’intègre dans un projet. La pratique des moyens  qu’offrent les outils hypnotiques ne se réduit  pas une pratique isolée. Elle mérite une pratique intégrée dans des projets transversaux et multidisciplinaires (les services, les pôles). Utiliser ces moyens sans intégration n’a pas d’avenir. Ils apparaissent alors comme une pratique  sans perspective.

Dans le cadre plus spécifique,  des projets médico chirurgicaux il en va de même. Les grands enjeux actuels de la réduction des coûts, des durées d’hospitalisation et de l’agression thérapeutique (réduction des voies d’abord et des médicaments)  ce que j’appelle le concept du « MINI » doit intégrer  l’outil hypnotique4. En effet que sont ces projets s’ils n’intègrent pas les moyens de communication qui renforcent le lien thérapeutique, s’ils oublient l’utilisation de l’anesthésie peu ou non médicamenteuse ou les moyens d’entrer en hypnose dans le cadre de l’analgésie post opératoire. ? À leur tour, ces projets sont incomplets et amputés. C’est pour cette raison que la formation doit être présente à chaque étape. Dès les études de médecine l’enseignement  des outils hypnotiques a  sa place. En 2014, le congrès des étudiants de l’association Hypnocrate en a formulé le souhait.  Ces étudiants ont senti  la nécessité d’une approche complémentaire humaniste tant dans l’apprentissage de leur communication que dans l’outil thérapeutique. Pour les internes de spécialités (anesthésistes et autres) et même pour ceux qui s’orientent vers la médecine générale il est nécessaire de trouver une  juste place pour cet enseignement. L’apprentissage théorique et/ou technique doit rester à sa place et ne pas prendre toute la place. La présence humaniste qui lie le soignant et le soigné est bien souvent oublié. Il est temps de remettre du lien thérapeutique dans la relation patient praticien. Il est temps d’enseigner les outils de communication et d’offrir  la possibilité d’utiliser  les outils de réduction de l’agression thérapeutique aux  plus jeunes, afin de leurs donner une formation complète. Ils apprennent la technicité, les protocoles, les recommandations des sociétés  savantes et les  conclusions des comités d’experts  avec talent et efficacité. Ils peuvent aussi  prendre connaissance, appliquer et intégrer la  communication  thérapeutique  dans leurs pratiques quotidienne   les outils hypnotiques.

Conclusion

Il nous faut relier les projets et les outils hypnotiques. Les outils hypnotiques ont besoin de projets et les projets ont besoin des outils hypnotiques. Cette relation « participative » des uns et des autres au service du soignant et du soigné est indispensable. Les enjeux actuels passent  par ce lien. La place prise par l’informatisation des données dans les relations  soignant/soigné et inter-professionnelles ne doit pas faire oublier le socle de la pratique médicale. L’enseignement des instituts et associations de formation est indispensable à la transmission. L’université doit combler son retard et s’associer à ceux qui depuis de nombreuses  transmettent  et appliquent les outils hypnotiques. L’enseignement des étudiants et des internes doit être présents. Les universitaires ne doivent pas fermer les yeux mais les ouvrir. La nécessaire participation des responsables administratifs est aussi importante. Elle a pour mission de porter et d’accompagner les projets médicaux. Ces derniers résultent d’une collaboration multidisciplinaire  dans laquelle l’oubli des outils hypnotiques serait une erreur. Pour cela  chaque projet doit intégrer ces outils dans sa réalisation  et l’outil hypnotique doit aussi intégrer les projets interdisciplinaires.

Bibliographie

1.  Le guide de l’Hypnose sous la direction de Benhaiem J. M. Éditions In Press  Avril 2015
2. Galy M. Pourquoi L’hypnose : du bloc opératoire à la vie quotidienne, Éditions Sauramps Médical février 2015
3. Bernard F. Muselec H. La communication dans le soin Arnette 2013
4. Galy M. Évaluation multidisciplinaire, réduction des durées d’hospitalisation : le concept du MINI ; Gestions hospitalières n°529-octobre 2013


Source : lequotidiendumedecin.fr