Triste réalité pour les médecins libéraux franciliens. Cette année encore, les chiffres du baromètre santé des praticiens de ville publiés le 26 janvier par l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) médecins libéraux d’Île-de-France relève que près d’un médecin libéral sur deux (43 %) peut être considéré comme en « situation d’épuisement professionnel ».
Pour cette quatrième édition du baromètre santé francilien, ils sont 688 médecins libéraux (généralistes et spécialistes confondus) à avoir répondu à l’auto-questionnaire mis en ligne sur le site de l’URPS-ML.
Pour appréhender la problématique du burn-out, l’URPS a posé onze questions fermées (sentiment de fatigue avant et après une journée de travail, relation aux patients, suivi de sa propre santé, etc.) et en a tiré des enseignements sur l’épuisement professionnel, la dépersonnalisation et la perte d’empathie ainsi que l’accomplissement personnel.
Les femmes et les généralistes davantage à bout
Ainsi, l’URPS juge que 335 médecins sondés se situent au regard de leurs réponses dans une zone à risque, avec pour recommandation de consulter un confrère.

Mais derrière les chiffres bruts, cet état des lieux annuel de la santé physique, psychique et professionnelle des praticiens de ville franciliens continue à livrer des résultats contrastés.
Ainsi, 40 % d’entre eux indiquent être « fatigués au réveil » plusieurs fois par semaine. Le sondage ne montre pas de distinction évidente entre spécialités. 50 % des médecins généralistes se sentent régulièrement fatigués au réveil avant d’affronter une journée de travail contre 47 % chez les autres spécialités. En revanche, les femmes connaissent davantage cette sensation de fatigue au réveil (55 %) que les hommes (42 %).

À la fin de la journée, ce n’est pas plus glorieux. 57 % des généralistes se sentent au moins une fois par semaine « à bout » après le travail contre 51 % des spécialistes. Le sondage confirme deux nuances : d’une part, un généraliste sur quatre (24 %) est épuisé après « chaque jour » de travail contre 17 % des spécialistes ; d’autre part, 56 % des femmes médecins ont au global ce sentiment contre 46 % des hommes.
Médecins cordonniers
Au chapitre des bonnes nouvelles, ce baromètre décèle cependant des points positifs chez les libéraux d’Île-de-France. En dépit de leur surcharge de travail, ils sont plus de sept sur dix (77 % des généralistes et 74 % des spécialistes) à avoir effectué un bilan de santé (dépistage, examen de contrôle, etc.) dans les deux dernières années.
Le sondage montre toutefois que les marges de progression existent, les médecins étant tout de même 48 % à reconnaître avoir « un symptôme somatique qui aurait dû [les] amener à consulter sans l’avoir fait depuis quelque temps ». Nouvelle preuve que les cordonniers persistent à être les plus mal chaussés, 74 % des praticiens libéraux, toutes spécialités confondues, n’ont pas de médecin qui suit régulièrement leur santé… autre qu’eux-mêmes.
Un bon rapport aux patients (malgré tout)
Le rapport au patient ne semble pas trop souffrir de l’épuisement professionnel qui traverse la profession – du moins de l’avis des médecins. Ils sont ainsi plus de neuf sur dix (95 %) à « avoir le sentiment de s’occuper régulièrement très efficacement de leurs patients ».
Si on leur demande s’ils ont la sensation de s’occuper « de certains patients de façon impersonnelle comme s'ils étaient des objets », 67 % des généralistes et 65 % des spécialistes répondent « quelques fois par an » ou « jamais », calcule l’URPS. S’il s’agit là de la majorité du corps médical, reste que près de 15 % des médecins toutes spécialités confondues estiment se comporter de la sorte « chaque jour » ou « une fois » à « quelques fois par semaine », ce qui interroge.

Ce sentiment négatif sur le rapport aux patients diffère selon l’âge du médecin : 61 % des moins de 55 ans estiment qu’ils s’occupent rarement voir jamais de certains patients de façon impersonnelle
contre 72 % chez les plus de 55 ans.
Le baromètre montre par ailleurs que les professionnels parviennent contre vents et marées à conserver des activités sociales, culturelles ou sportives, garantes de leur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. Ils sont 84 % à avoir réussi « à partager dans les huit derniers jours, un repas familial ou amical » et 75 % à conserver « une activité culturelle ou sportive ».
Dans sa volonté d’aider les praticiens, l’URPS-ML francilienne invite les confrères à réaliser leur bilan sport santé et rappelle l’existence de son réseau Médecin de médecin. Composé de médecins libéraux volontaires, cette plateforme assiste, écoute et oriente celles et ceux qui « traversent une difficulté professionnelle, personnelle ou médicale ». Le prochain rendez-vous, consacré aux conflits, est prévu le 12 mars à Paris.
« Les patients n’avaient plus accès au cabinet » : une généraliste de Maine-et-Loire victime des inondations témoigne
Les ESS marquent leur territoire
Télémédecine : le gouvernement prêt à déverrouiller (un peu) les consultations à distance
Syndicats de biologistes libéraux et SEL font l’union sacrée au sein d’une fédération… et poussent leurs pions