Le constat est aussi sombre que le projet est ambitieux. Lors de la présentation de ses vœux à la presse, le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) a souhaité que 2020 soit une année de « rénovation » pour permettre à son syndicat de faire face aux évolutions du système sanitaire.
« Le monde de la santé et plus particulièrement la médecine de ville traverse une crise historique, sans précédent, observe le patron du premier syndicat de médecins. Les difficultés d'accès aux soins font la une des journaux. » Dans ce contexte difficile, le syndicaliste refuse pourtant la fatalité. « Il est fondamental de redonner à la médecine de ville l'attirance qu'elle avait hier pour les jeunes générations de médecins. » Pour ce faire, l'organisation entend former un nouveau projet politique dont les grands axes ont été présentés ce mercredi.
En proie à des dissensions internes avec le départ d'une dizaine de syndicats de verticalités sur 35 ayant créé une structure autonome Avenir Spé, la CSMF, souhaite rester le « syndicat de tous les médecins ». La Confédération a annoncé la création d'une nouvelle entité, Les Spécialistes-CSMF, pour représenter comme son nom l'indique, les médecins spécialistes aux côtés de la branche des Généralistes-CSMF.
Un tour de France pour nourrir le projet
Dans les deux prochains mois, le Dr Ortiz entamera un tour de France pour recueillir les propositions des médecins en régions susceptibles de nourrir le futur projet du syndicat autour « d'idées fortes ».
Parmi les sujets prioritaires, le leader confédéral souhaite améliorer la qualité de vie et l'exercice du médecin libéral en maintenant la liberté d'installation mais aussi en favorisant le regroupement des praticiens « sous toutes les formes existantes ». « Aujourd'hui, la médecine s'exerce de plus en plus en équipe, observe le Dr Ortiz, ces équipes doivent pouvoir contractualiser avec les ARS et le médecin doit y tenir la place de chef d'orchestre ».
Au chapitre des droits des médecins, et notamment des jeunes femmes, il reste encore à faire. « Il faut améliorer le congé maternité, favoriser un contrat type prévoyance et mutuelles et simplifier les démarches administratives d'indemnisation », clame le Dr Ortiz. Le syndicaliste a rappelé que dans le cadre de la réforme des retraites, la CSMF souhaitait un régime complémentaire obligatoire en complément du futur régime universel. « Nous ne pouvons accepter de nous retrouver avec une retraite de 2 000 euros par mois après une longue vie professionnelle, comme les projections sur la retraite universelle nous l'ont montré », analyse le syndicaliste.
Pour des tarifs plus libres
L'exigence de qualité de prise en charge implique de mettre en place un processus de recertification périodique pendant la vie professionnelle, assume le syndicat, qui défend une formation toujours plus ouverte à la ville dans le cadre de la maîtrise de stage notamment. Dans l'optique de renforcer l'entreprenariat des nouvelles générations, la CSMF souhaite qu'elle soit mieux formée à la gestion et au management des équipes. Pour défendre l'innovation en santé, la CSMF a annoncé qu'elle hébergerait une maison de l'innovation, lieu de rencontre entre tous les acteurs du monde de la santé, médecins, ingénieurs, industriels, chercheurs... pour permettre l'émergence de projets et éviter qu'ils ne s'exportent.
Enfin, rendre la médecine de ville plus attractive impose aussi, selon le syndicat une « politique de revenu d'entreprise médicale », avec la création dans les prochaines années de nouvelles rémunérations aux côtés du paiement à l'acte majoritaire. La CSMF mise sur le déploiement de nouvelles consultations complexes mieux valorisées que l'acte de base, mais aussi sur la création de tarifs majorés pour les actes réalisés dans le cadre d'une « urgence ressentie ». Le syndicat garde l'espoir de voir tous les praticiens accéder à une espace tarifaire libre à l'instar du secteur privé autorisé à l'hôpital public, pourquoi pas financé par d'autres acteurs que l'Assurance maladie.
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