D’abord limitée à quelques dizaines de médecins volontaires, la prescription de SSO a été élargie ensuite à l’ensemble de l’agglomération, « l’Eurométropole ».
Aujourd’hui, plus de 300 généralistes prescrivent du « sport médicament » : 1 400 patients en ont profité depuis 2012, dont 700 en font toujours, tandis qu’une trentaine de nouveaux patients entre chaque mois dans le dispositif. Les sports les plus prescrits sont le vélo, via les Vélhop, déclinaison locale des Vélibs, mais aussi la natation et la marche nordique. Les patients peuvent s’inscrire dans le club sportif de leur choix ou suivre une activité proposée par la Ville. L’inscription au club, ou l’abonnement Vélhop, mais aussi les séances et l’équipement éventuel sont pris en charge par la collectivité. Alors que la version « nationale » du SSO le limite aux patients en ALD, les médecins strasbourgeois peuvent la prescrire sans cette condition aux patients diabétiques, coronariens, hypertendus, en rémission de certains cancers ou présentant un IMC supérieur à 30. Cet effort financier est normal car, note Alexandre Feltz, « le dispositif coûte environ 300 euros par patient, mais permet à la sécurité sociale d’économiser beaucoup plus ». À Strasbourg, il bénéficie de financements associant notamment la Ville, l’ARS et la sécurité sociale. Ailleurs, il faudra, selon lui, que des financements locaux et régionaux en assurent la pérennité, car ce point n’est pas réglé partout.
Une vraie crédibilité
Généraliste à Strasbourg, le Dr Elisabeth Meyer s’est impliquée très tôt dans le SSO : « il nous a donné une vraie crédibilité pour expliquer aux patients pourquoi l’exercice physique améliore leur santé, comme le fait un médicament », souligne-t-elle. Elle en prescrit « au moins une fois par semaine à un nouveau patient », sans compter les fréquents renouvellements de prescriptions. À ses yeux, ce cadre permet une réelle implication du patient, bien plus efficace que lorsqu’un médecin lui dit simplement qu’il devrait faire de l’exercice… mais sans rien lui proposer de concret. En effet, le médecin fait entrer le patient dans un dispositif construit, où l’attendent des éducateurs sportifs formés à ses besoins. Si elle admet que certains patients n’ont pas adhéré au dispositif ou s’en sont détournés très vite, le Dr Meyer compte de beaux succès, à l’image d’une jeune diabétique qui ne faisait pas le moindre mouvement, et qui maintenant, suit en moyenne trois activités sportives par semaine.
« Elle a non seulement perdu du poids et réduit son diabète, mais aussi retrouvé une vie sociale et restauré sa propre image », explique-t-elle. Selon elle, ce sont les diabétiques qui tirent le plus grand profit du dispositif, mais il permet aussi à des patients coronariens de prendre ou de reprendre une activité adaptée. Souvent, il s’agit d’hommes qui ont fait du sport autrefois et qui ont peur d’en refaire aujourd’hui. Le Sport santé sur ordonnance les fait renouer sans crainte avec le sport, avec un suivi professionnel et sans les risques liés aux excès et à la compétition. L’expérience du Dr Meyer avec les diabétiques rejoint celle du Dr Feltz, qui a observé la même évolution chez certains de ses patients, conformément d’ailleurs aux études scientifiques sur ce sujet. « J’ai eu des diabétiques qui, une fois engagés dans le Sport Santé, ont dû diminuer fortement leurs médicaments car ils se mettaient à faire des hypoglycémies », souligne-t-il. Le SSO montre aussi son efficacité face à l’HTA, même si les progrès sont plus lents que face au diabète.
À terme, le Dr Meyer souhaiterait que le Sport santé sur ordonnance soit élargi aux patients présentant des troubles psychiques, ce qui n’est pas le cas actuellement. Certes, dit-elle, on peut faire entrer un patient psychique dans le dispositif, par exemple par le biais de l’obésité, mais ça serait encore mieux si ces troubles devenaient une indication officielle pour y participer. Dans tous les cas, elle reste enthousiasmée par « la belle expérience que représente le SSO », et se félicite de son expansion comme de ses résultats. Enfin, le Dr Feltz rappelle que la prescription de SSO devrait prochainement être prise en compte dans le cadre de l’élaboration des ROSP.
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