Fin février, 17 experts de l’intégrité scientifique ont publié une lettre ouverte sur un cas de méconduite en France. Ils y dénoncent que « les scientifiques honnêtes en début de carrière travaillant dans le laboratoire où des inconduites se produisent ont généralement le choix entre nuire à leurs perspectives de carrière en signalant la fraude ou quitter la recherche scientifique ». Ces experts sont de neuf pays : Australie, France, Pays-Bas, Irlande, Norvège, Royaume-Uni, Suède, Suisse, États-Unis. Ils s’étonnent de la tolérance française vis-à-vis des pratiques douteuses en recherche et fraudes.
Le système français d’intégrité scientifique rime avec impunité scientifique
Nous avons construit un système d’intégrité basé sur la prévention et la promotion d’une recherche responsable. La création d’un Office Français de l’intégrité scientifique est une excellente initiative… Ses missions ne sont-elles que de bonnes intentions ? Nous avons toutes les recommandations expliquant qu’il faut être honnête, courtois, loyal, responsable… Faire signer un serment du chercheur aura-t-il un effet sur les comportements déviants ? Des médecins ayant signé le serment d’Hippocrate ne respectent pas les principes de l’intégrité scientifique.
Les signataires de la lettre ouverte conseillent lors de soupçons de fraude : « qu’une enquête soit menée rapidement et que tous les résultats soient communiqués de manière transparente. En cas d’erreurs graves dans les publications, les articles devraient être immédiatement rétractés, tout financement de la recherche utilisé pour des recherches frauduleuses devrait être restitué aux agences de financement et la personne responsable de la fraude ne devrait pas être autorisée à diriger un laboratoire de recherche ou à encadrer des étudiants. Le lanceur d’alerte doit être protégé contre toutes représailles ».
Pourtant, les risques pris par les chercheurs qui manipulent intentionnellement des données sont minimes. Comparons les risques pris par des voleurs de bijoux et des voleurs de bases de données scientifiques. Comparons les risques pris par des inventeurs de faux billets et les inventeurs de données scientifiques. En science, les notions de délit ou crime n’existent pas… et les chercheurs risquent des sanctions administratives. Les sanctions disciplinaires sont l’avertissement, le blâme ; l’exclusion de l’université pour une durée maximum de cinq ans ou définitive.
Les conseils de cette lettre ouverte seront certainement ignorés par les hauts responsables de nos institutions. Sont-ils complices d’un système ? Parfois des sanctions comme une exclusion temporaire sont prises ! Cela revient à dire : allez faire un peu de télétravail et tout va s’arranger.
Dans quelques pays développés, des sanctions existent
Des pays luttent contre les méconduites et fraudes et des sanctions existent : perte d’un diplôme académique, suspension d’activité jusqu’au licenciement, remboursement des ressources allouées pour des recherches, interdiction d’encadrer des étudiants. Des ministres en Allemagne, en Espagne ont perdu leur fonction car leur diplôme avait été usurpé. Le président de l’Université libre de Bruxelles, Alain Delchambre, a dû démissionner en 2014 car des étudiants avaient montré qu’un discours avait été plagié (citations de Jacques Chirac, Aurélie Filippetti et Marisol Touraine sans mentionner la source). La liste est longue. En France, rien de tout cela.
Les conséquences des méconduites sur la santé sont probablement nombreuses. Des publications fraudées ont causé des décès de malades. C’est le cas de Joachim Boldt, un anesthésiste Allemand qui a perdu son diplôme de médecin. Andrew Wakefield en Angleterre (falsification de données d’enfants vaccinés par le ROR) a fait baisser cette vaccination. Des cas de rougeole sont apparus dans certains pays. Stephen Reuben aux États-Unis a fait de la prison, a divorcé et a été ruiné : il a vendu des biens pour rembourser les crédits de recherche.
Dans tous les pays, les réponses des institutions, éditeurs et financeurs sont lentes. Ces réponses tendent à protéger l’image des institutions et des accusés. Les investigations ne sont pas transparentes et les rapports cachés. Les lanceurs d’alerte devraient être mieux écoutés.
La lettre ouverte au Cnrs est accessible sur le blog de Dorothy Bishop https://deevybee.blogspot.com/2023/02/open-letter-to-cnrs.html ; sa traduction en français est dans l’annexe 3 avec le titre ‘Nécessité d'une réponse transparente et robuste en cas de découverte de manquements à l’intégrité scientifique’
C’est vous qui le dites
« De toutes les formes possibles de régulation, ils ont décidé de voter la plus idiote »
Régulation de l’installation : une fausse bonne idée
Aptitude physique
Appendicite aiguë : l’évolution des pratiques