Critères
Les critères pour diagnostiquer les conduites addictives ont évolué avec la disparition des catégories d’abus et de dépendance qui laissent la place à une approche dimensionnelle dans le futur DSM (DSM 5) avec les critères suivants :
- obligations professionnelles ou personnelles manquées,
- usage dans les situations dangereuses,
- problèmes interpersonnels,
- tolérance,
- signes de sevrage,
- quantités consommées de plus en plus importantes,
- échec du sevrage,
- temps perdu,
- activités abandonnées du fait de la consommation,
- problèmes physiques ou psychologiques,
- craving.
On pose un diagnostic de conduites addictives avec des troubles modérés (2 - 3 critères positifs) ou sévères (4 critères positifs).
Outre les critères classiques, la définition intègre désormais les critères du craving et du sevrage au cannabis. Le craving est une envie impérieuse et irrépressible de consommer une substance psychoactive, avec une compulsion difficilement contrôlable.
Le syndrome de sevrage au cannabis est enfin reconnu dans le DSM 5 avec pour critères diagnostiques : l’apparition de colère ou d’agressivité, une anorexie ou une perte de poids, une irritabilité, de l’angoisse ou de la nervosité, des comportements de déambulation, une insomnie et/ou des rêves étranges. La survenue de frissons, de douleurs abdominales, de sueurs, de tremblements ou d’une thymie dépressive est moins fréquente.
La notion de problèmes judiciaires, comme critère -, disparaît du diagnostic car il est apparu fortement corrélé à l’usage de substances dans les situations dangereuses.
Le dépistage reste le même par ailleurs avec la recherche des retentissements physiques, psychologiques, interpersonnels et professionnels des consommations. Les personnes ayant une addiction consomment dans des quantités croissantes pour ressentir les mêmes effets. La recherche de cannabis est omniprésente, empêchant d’autres activités et investissements.
Bilan
La consultation consiste à identifier les conduites addictives par un interrogatoire empathique qui cible le retentissement personnel du patient, à aider le patient à cerner ses motivations à l’arrêt, ainsi que les ambivalences et les obstacles potentiels, à éliminer les éventuelles comorbidités psychiatriques (schizophrénie, trouble bipolaire) ou somatiques (bronchopneumopathie chronique obstructive précoce) qui nécessitent un avis spécialisé.
En fonction du bilan, il revient au praticien d’élaborer les stratégies d’inspiration cognitivocomportementale qui permettraient au patient d’assainir son environnement et d’instaurer les changements souhaités.
Il est important de prévoir un moment propice au sevrage, où le patient est dans une phase calme, soutenu, si possible par un réseau relationnel (amis, famille), assorti éventuellement d’un arrêt maladie visant à limiter le stress professionnel potentiel durant cette période.
Pharmacothérapie
Il n’existe pas de traitement médicamenteux spécifique ayant l’AMM dans le traitement du sevrage au cannabis ou dans le maintien de l’abstinence. Le choix doit donc se porter sur des traitements symptomatiques les moins nuisibles, les moins addictogènes et de la durée la plus brève possible. Souvent, un sevrage mal vécu peut être source de rechute et d’hésitations à recommencer.
Un consensus s’est établi autour de certaines molécules dans le traitement symptomatique des angoisses et de l’agressivité liées à cette phase du soin : hydroxyzine 25 mg en 3 prises, maximum 100 mg par jour ;cyamémazine 25 mg ou 100 mg, maximum 300 mg par jour en fonction de l’anxiété.
La progression de l’état clinique doit être réevalué régulièrement et le patient encouragé et félicité dans ses progrès, même minimes.
Il est également important de dépister les troubles psychosociaux (décrochage scolaire, méfiance excessive par exemple) persistants qui peuvent nécessiter un avis spécialisé.
Références
-Site web pour les nouveaux critères des conduites addictives : www.dsm5.org
-Vandrey R, Haney M. Pharmacotherapy for cannabis dependence: how close are we? CNS Drugs. 2009;23(7):543-53.
-Reynaud, M et Benyamina A, eds Addiction au cannabis. Paris: Flammarion; 2009.
- Benyamina A. Cannabis et troubles psychotiques. In: Reynaud M, editor. Traité d’addictologie. Paris: Flammarion Médecine-Sciences; 2006. p. 498-504.
- Budney AJ, Hughes JR, Moore BA, Vandrey R. Review of the validity and significance of cannabis withdrawal syndrome. Am J Psychiatry. 2004 Nov;161(11):1967-77.
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