LE QUOTIDIEN : Qu’est-ce que la photobiomodulation ? Et quelles en sont les indications validées ?
Dr JEAN-CHRISTOPHE FAIVRE : Pour faire court, la photobiomodulation consiste à utiliser des lumières proches de l’infrarouge pour moduler l’inflammation et accélérer la réparation des tissus via l’activation du métabolisme énergétique des cellules.
Plusieurs indications sont répertoriées par l’association mondiale pour les thérapies par photobiomodulation. Il s’agit du traitement et de la prévention des radiodermites, des dysphagies, de la xérostomie, des dysgueusies, du trismus, de la nécrose mucosale et osseuse, du lymphœdème, de l’alopécie, des neuropathies périphériques et de la fibrose induite. C’est pour la prise en charge des mucites et des dermites que les niveaux de preuve sont les plus hauts, pour les autres, ils sont intermédiaires voire très émergents.
Dans notre centre, la photobiomodulation est proposée aux patients atteints de cancers ORL et de cancer pelvien – vulve, vagin, anus, bas rectum – traités par radiothérapie. Ces cancers sont à risque important d’effets secondaires qui peuvent être prévenus par la photobiomodulation, notamment les mucites et les dermites.
Sélectionnez-vous les patients qui vont bénéficier de la photobiomodulation ?
Non, car il s’agit de pathologies pour lesquelles les patients sont très sensibles aux effets secondaires de la radiothérapie. Cela peut aller jusqu’à des hospitalisations pour renutrition, des douleurs, des plaies radiques voire des interruptions de traitement en cas d’effets secondaires trop marqués ou de complications. Il y a plusieurs façons de procéder : en curatif ou mieux en préventif. Cette prise en charge préventive représente d’ailleurs 95 % de nos patients, les 5 % restants sont traités pour des séquelles tardives telles que xérostomies ou trismus.
La photobiomodulation n’est remboursée qu’en curatif chez les patients ayant une mucite orale de plus de 4 cm, ce qui n’est vraiment pas fréquent !
Dr Jean-Christophe Faivre
Quelle est la fréquence des séances ? Comment avez-vous organisé votre service ?
Notre modèle est conçu pour donner accès à nos machines à tout le monde, aussi sont-elles disponibles de 9 heures à 17 heures. Après avoir commencé à trois séances par semaine, nous sommes actuellement à quatre et nous visons cinq à terme. Notre principal problème est que, pour l’instant, la photobiomodulation n’est remboursée qu’en curatif chez les patients ayant une mucite orale de plus de 4 cm, ce qui n’est vraiment pas fréquent ! Il y a d’ailleurs des discussions en cours pour mieux prendre en charge de traitement au niveau des tutelles, de l'Association francophone pour les soins oncologiques de support (Afsos) et de la Société française de radiothérapie oncologique (SFRO).
En attendant, et pour que la photobiomodulation en préventif puisse être proposée à tous nos patients tout en étant rentable pour notre centre, nous avons monté une organisation telle que les patients enchaînent une séance de radiothérapie, une séance de photobiomodulation et une consultation avec une diététicienne, une orthophoniste ou une infirmière de pratique avancée (IPA). Non seulement, il est recommandé faire les sessions de photobiomodulation juste après les séances de radiothérapie, mais en plus cela nous permet de coter l’ensemble des trois consultations comme une hospitalisation de jour.
Dès le début de la réflexion, j’ai intégré la question de la rentabilité. C’est important car il fallait que nous ayons les moyens de recruter des manipulateurs et de les former : si la machine n’est pas bien positionnée, le traitement n’est pas ou peu efficace. Cela nous permet aussi d’avoir un médecin responsable de ces séances, et des médecins référents pour chaque type de cancer.
Un autre avantage de cette organisation est qu’elle permet de mieux valoriser les consultations d’IPA et de nutritionniste qui ne sont remboursées qu’à hauteur de 45 euros par consultation. Nous avons d’ailleurs pu recruter une diététicienne dans le cadre de cette opération.
Les sessions en elles-mêmes sont longues ?
Non, une dizaine de minutes en moyenne, mais cela varie en fonction de la quantité d’énergie utilisée, de la machine et de l’indication. Les doses sont différentes pour les mucites et les dermites par exemple. Par ailleurs les doses varient du simple au double, voire plus, quand on passe du préventif au curatif. On utilise trois machines différentes qui sont complémentaires chez chaque patient. Notre plus gros souci a été de travailler sur la synchronisation pour qu’il n’y ait pas de temps d’attente de plus de 30 minutes entre les séances et les consultations.
Menez-vous des études sur de nouvelles indications ?
Nous avons plusieurs études en cours sur la xérostomie, le trismus ou la sécheresse vaginale. Dans notre centre, nous ne traitons que des patients cancéreux sous radiothérapie, mais il y a aussi un projet avec le service des soins de support pour évaluer l’apport de la photobiomodulation dans le traitement des douleurs complexe, et un autre sur les neuropathies chimio-induites.
La photobiomodulation est en permanente évolution. Dans le passé, on disait qu’il ne fallait pas faire de photobiomodulation sur une tumeur en place, mais aujourd’hui, certaines équipes le font car des données récentes montrent que ce n’est pas pénalisant.
Il y a en ce moment une démarche de labellisation Oncolum portée par Gustave-Roussy afin d’imposer des normes, notamment en termes de formation et d'organisation des soins à laquelle nous comptons bien prétendre.

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