Mieux comprendre le diabète de type 2 des Asiatiques

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Publié le 26/06/2023
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Les anticorps anti-GAD et le peptide C pourraient être davantage utilisés pour distinguer le besoin précoce d’insuline et le risque d’hypoglycémies, chez des patients asiatiques supposément diabétiques de type 2.

Par rapport aux Caucasiens, les Asiatiques de l’Est (ce qui inclut les Chinois) atteints de diabète de type 2 (DT2) sont plus minces et ont une capacité insulinosécrétoire plus faible en regard de l’insulinorésistance liée à l’obésité. Outre les facteurs génétiques et épigénétiques, les événements du parcours de vie (par exemple, faible poids à la naissance, obésité infantile) et des facteurs environnementaux peuvent affecter la fonction des cellules bêta, particulièrement en Asie dans les populations en transition sociétale rapide. Il est donc important d’identifier ces patients « faux DT2 » pour une mise à l’insuline en temps utile. Certains experts suggèrent d’inclure, à l’avenir, les taux d’anticorps anti-GAD et du peptide C dans les algorithmes de prise en charge des Lada, comme des DT2 asiatiques.

Un travail a porté sur 5 230 patients DT2 chinois (47 % d’hommes), âge 56,5 ± 13,9 ans, avec une durée médiane du diabète 6 [1 à 12] ans, enrôlés entre 1996 et 2012 et observés prospectivement jusqu’en 2019 (jusqu’à 20 années de suivi pour certains pour le passage à l’insuline et les hypoglycémies). Il a rétrospectivement mesuré sur une biobanque (sérum stocké) le peptide C à jeun et le taux d’anticorps anti-GAD (Gada) et examiné leurs associations avec le besoin plus ou moins précoce de passer à l’insuline et le risque d’hypoglycémies.

Résultats, au départ, 2 853 (71,4 %) avaient un taux de peptide C élevé (> 200 pmol/L) et 892 (28,6 %) avaient un taux de peptide C faible (< 200 pmol/L). 139 avaient des Gada+, dont 50 avaient aussi un peptide C faible (< 200 pmol/L). Parmi ceux avec peptide C faible, seulement 4,9 % avaient des Gada+. En revanche dans le groupe Gada+, 46,3 % avaient un peptide C bas.

Le seul taux de peptide C n’identifie pas le besoin de passer plus rapidement à l’insuline, mais celui-ci est plus précoce en présence de Gada+, quel que soit le taux de peptide C (> ou < 200 pmol/L). La positivité des Gada (Gada+) est donc déterminante pour le passage à l’insuline et plus encore le risque hypoglycémique sévère, multiplié par 1,38 [1,04-1,83]. Cela était encore plus marqué si ces patients Gada+ étaient dépourvus d’obésité ou de syndrome métabolique, ou avec peptide C faible, de jeune âge, avec un diabète de courte durée, ou un faible ratio TG/HDL-C. Mais, en cas de Gada+ et de peptide C > à 200 pmol/L, le risque hypoglycémique n’était pas accru par rapport aux autres groupes (Gada négatifs). Le groupe à peptide C faible était aussi plus exposé au risque d’hypoglycémie sévère : HR = 1,29 [1,10-1,52] par rapport au groupe à peptide C élevé.

Après l’initiation de l’insuline, le groupe Gada+ et à faible peptide C a montré les plus fortes diminutions d’HbA1c (1,9 % au 6e mois ; 1,5 % au 12e mois, contre 1 % dans les trois autres groupes).

Il existe donc une hétérogénéité considérable dans l’auto-immunité et le dysfonctionnement des cellules bêta dans les DT2, ceux avec Gada+ passant plus rapidement sous insuline, tout comme en présence de l’association Gada+ et un peptide C élevé. D’un autre côté, les Gada+ avec un peptide C faible ont un risque accru d’hypoglycémie sévère. Un phénotypage étendu est justifié pour augmenter la précision de la classification et du traitement du DT2.

Revoir certains diagnostics

Les auto-anticorps GAD (Gada) sont utilisés pour le diagnostic de diabète auto-immun de type 1 (DT1).Pour les diabètes auto-immuns lents de l’adulte (Lada), les auto-anticorps anti-îlots sont positifs, avec une présentation non cétosique mais un fort risque de détérioration rapide de la glycémie (recours à l’insuline) et un fort risque d’hypoglycémie.

Des études montrent que, parmi les patients européens classés DT2, de 9,3 à 12 % avaient en réalité un Lada contre 3,8 à 5,9 % chez leurs homologues d’Asie du Sud-Est.

Chez les patients chinois atteints de DT2 diagnostiqués avant l’âge de 40 ans, ceux avec Gada+ avaient aussi une réponse hypoglycémiante plus marquée à l’insuline.

Même de lecture difficile d’une interprétation malaisée, on retiendra de cette étude que les marqueurs peptide C et Gada devraient être largement utilisés au moment du diagnostic « de DT2 supposé ».

Cela illustre, une fois encore, l’effort que fait aujourd’hui la diabétologie mondiale pour démembrer, disséquer les sous-groupes de patients avec diabète, au-delà d’une classification de plus en plus dépassée en DT1 et DT2. L’hétérogénéité des DT2, y compris dans les populations chinoises, souligne la nécessité d’une médecine de précision, que la diabétologie tente de développer face à une pathologie massive, concernant plus de 500 millions de sujets et dans des populations génétiquement différentes. Un gros travail est en cours.

 

Professeur Emérite, Université Grenoble-Alpes 

(1) Fan B et al. Differential associations of gad antibodies (Gada) and c-peptide with insulin initiation, glycemic responses, and severe hypoglycemia in patients diagnosedwith type 2 diabetes. Diabetes Care. 2023 Jun 1;46(6):1282-91

doi: 10.2337/dc22-2301

 

Pr Serge Halimi

Source : lequotidiendumedecin.fr