Le nombre de décès annuels dus à l’antibiorésistance s’élèverait à 13 000 en France, selon les données de l’Institut de veille sanitaire (InVS). En Europe, les estimations oscillent entre 25 000 à 30 000 et le nombre pourrait grimper à 50 000 morts par an au cours des 10 prochaines années, de l’avis de la Société européenne pour la microbiologie clinique et les maladies infectieuses (ESCMID). Aux États-Unis, 23 000 personnes décèdent chaque année en raison d’une résistance aux antibiotiques (CDC).
L’année 2015 a été marquée par une prise de conscience de l’enjeu que constitue la diffusion de germes résistants dans le monde. La première semaine de l’antibiorésistance, organisée par l’OMS en novembre, a permis un nouvel appel à la mobilisation après le plan mondial adopté en mai 2015 lors de sa 68e assemblée. Appel entendu par des gouvernements comme ceux des États-Unis ou le Royaume-Uni. L’année s’est achevée par la signature en octobre, lors de la transatlantic taskforce sur l’antibiorésistance (TATFAR), d’une déclaration commune des ministres du G7 Santé réunis à Berlin.
Une taskforce française et des mesures
En France, Marisol Touraine annonçait en février la mise en place d’une taskforce d’une vingtaine de personnes dont une quarantaine d’experts, présidée par le Dr Jean Carlet, président de l’alliance mondiale contre le développement des bactéries multirésistantes (AC2BMR ou WAAAR en anglais). La lettre de mission est claire : faire des propositions susceptibles de faire baisser la consommation des antibiotiques de 25 % d’ici à 2016, repartie à la hausse malgré le plan d’alerte sur les antibiotiques 2011-2016. Six mois plus tard, les conclusions remises à Marisol Touraine confirmaient l’objectif d’une réduction de de 25 % de la consommation globale d’antibiotiques et celui d’une baisse de la mortalité en dessous des 10 000 décès par an. La ministre annonçait la constitution d’un comité interministériel chargé de piloter les nouvelles mesures annoncées : mises en place de nouveaux indicateurs à l’hôpital, implication du coordinateur des EHPAD, présence d’un référent antibiotique dans chaque ARS, dispensation à l’unité des antibiotiques dans les officines tests et enfin une mise à jour des recommandations de la HAS.
Améliorer les prescriptions
Pour améliorer la prescription des antibiotiques, le rapport préconise d’inscrire dès la prochaine négociation conventionnelle davantage d’indicateurs sur l’antibiothérapie dans la ROSP des généralistes, et de les étendre à d’autres spécialistes (pédiatres, ORL). L’Assurance-maladie doit pouvoir envoyer chaque année aux médecins de ville le relevé de leurs prescriptions et cibler les mauvais élèves, qui devraient être obligatoirement formés et évalués. Les durées de prescriptions doivent être revues à la baisse, avec la suppression de fourchettes (« entre 7 et 10 jours ») et la limitation à une semaine pour les traitements en médecine ambulatoire.
Des actions sensibilisation du public seront aussi menées : Marisol Touraine soutiendra la candidature de lutte contre l’antibiorésistance comme grande cause nationale 2016, proposée par les associations le Lien et AC2BMR. Un des points fort des mesures concerne la recherche avec le lancement en 2016 d’un plan national interdisciplinaire de recherche sur l’antibiorésistance, piloté par l’alliance pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan) et l’alliance nationale de recherche pour l’environnement (AllEnvi). Les experts proposent qu’il s’étende sur 5 ans (2016-2020). Une initiative européenne (6) « Joint Programming Initiative on antimicrobial Resistance (JPI AMR) prévoit de financer des travaux sur de nouveaux tests de dépistage rapide et d’identification des bactéries antibiorésistantes, sur des vaccins et de nouveaux antibiotiques.
Un autre axe serait le développement des approches bactériophages (virus tueurs de bactérie pour laquelle une recherche active se réactive) et encourager la recherche sur le microbiote, tant en thérapeutique humaine que pour les animaux d’élevage comme des moyens efficaces pour traiter les infections animales sans recourir à l’antibiothérapie.
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