La Société française d’hygiène hospitalière (SF2H) a récemment émis deux recommandations sur l’utilisation des antiseptiques (disponibles sur : www.sf2h.net) :
- En 2015 : « Bonnes pratiques en soins de ville ». Toujours en vigueur, elles précisent pour chaque geste de soin s’il relève d’une antisepsie en 1 temps (application directe de l’antiseptique), 2 temps (2 applications successives d’un antiseptique), ou 4 temps (nettoyage de la peau au savon doux, rinçage à l’eau stérile ou au sérum physiologique, séchage, application de l’antiseptique).
- En 2016 : « Recommandations pour la pratique clinique : antisepsie de la peau saine avant un geste invasif ». La grande nouveauté est l’antisepsie en 1 temps avant un geste invasif sur peau saine et non souillée (recommandation n° 3 : « Le nettoyage de la peau avec un savon doux avant antisepsie est recommandé uniquement en cas de souillure visible », assortie de commentaires : « Cette préparation s’applique à la préparation avant un geste invasif sur peau saine, hors muqueuse et peau lésée. Elle est valable pour tous les actes invasifs (abords vasculaires, abords nerveux, préparation cutanée de l’opéré). » Ce changement fait suite à l’étude CLEAN qui testait en réanimation la désinfection cutanée sans détersion préalable avant la pose de cathéter avec 2 antiseptiques majeurs : chlorhexidine 2 % alcoolique (non disponible en ville) et povidone iodée alcoolique.
Les questions à se poser
1. Quel patient ?
Nourrisson, enfant, adulte, femme enceinte ? Vérifier et respecter précautions d’emploi et contre-indications +++.
2. Quel produit pour quelle cible ?
a. Peau saine : ATS alcoolique à privilégier.
b. Peau souillée ? (si les recommandations 2016 et l’évolution de la littérature amènent dans l’avenir à revoir les bonnes pratiques de ville de 2015)
c. Peau lésée : ATS aqueux.
d. Muqueuse : halogénés iodés ou chlorés, solution aqueuse d’ATS.
3. Quel geste de soin ?
Le niveau de risque infectieux est-il faible, moyen, ou élevé ? En fonction de ce niveau de risque, l’application se fait en 1 temps, 2 temps ou 4 temps.
4. Quel ATS choisir ? Parmi les majeurs :
- halogénés iodés :
• sur peau saine, forme alcoolique (povidone iodée alcoolique 5 % + 72 % éthanol : bétadine alcoolique 5 %® flacon orange),
• sur muqueuse ou peau lésée, forme aqueuse (povidone iodée aqueuse : bétadine gynécologique 10 %® ou pour bains de bouche 10 %®),
- halogénés chlorés : à 0,5 % Dakin® (ou à 0,06 % amukine®) : peau saine, muqueuses.
- biguanides : peau saine chlorhexidine alcoolique 0,5 %®, Biseptine® (0,25 % chlorhexidine + benzalkonium + 4 % alcool benzylique).
- Alcools : peau saine alcool à 60-70 %, biseptine®
5. Quel délai d’action respecter avant le geste ?
Ce qu’il faut faire
1. Respecter les « bonnes pratiques en ville » de 2015 pour chaque geste de soin.
2. Respecter le délai d’action de l’ATS :
Attendre le séchage complet et spontané +++ de l’ATS (cf. AMM, le plus souvent 1 minute) pour lui laisser le temps d’être efficace avant de débuter l’acte invasif !
NB : Lors de gestes simples, le délai d’action de l’ATS est plus long que la préparation : appliquer l’ATS en premier pour lui laisser le temps d’agir et de sécher spontanément, préparer l’acte (garrot, etc..) et si besoin attendre.
Ce qu’il faut retenir
• Respecter la méthode de préparation cutanée en fonction du risque infectieux (1temps, 2 temps ou 4 temps).
• Respecter la durée d’action des ATS.
• Sur peau saine, privilégier les ATS en solution alcoolique.
• Préférer les petits conditionnements ou doses stériles
Mésusages
• La prise en charge des plaies chroniques ne relève pas des ATS (ils retardent la cicatrisation).
• La toilette quotidienne du patient sondé à demeure ne relève pas des ATS. Il faut nettoyer méat et sonde au savon doux liquide.
• La chlorhexidine à 0,05 % ne doit plus être utilisée comme ATS (activité bactéricide insuffisante).
• Éosine (et autres colorants), eau oxygénée, éther et produits de désinfection des mains n’ont pas d’activité antiseptique suffisante et ne doivent pas être utilisés.
• Les ATS ne sont pas destinés à désinfecter le matériel.
D’après un entretien avec le Pr Jean-Christophe Lucet, professeur de microbiologie et contrôle de l’infection, Université Paris VII, hôpital Bichat Claude Bernard, qui a participé aux recommandations SF2H 2016
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