Des séances d’entraînement sur un exercice informatique de rapidité cérébrale permettraient de réduire de 25 % le risque de démence 20 ans plus tard, selon une étude américaine publiée dans Alzheimer's and Dementia : Translational Research & Clinical Research. Les résultats sont à interpréter avec prudence, avertissent des experts.
Lancé à la fin des années 90, cet essai a inclus 2 832 participants de 65 ans ou plus, répartis dans trois groupes d’exercices distincts ou un groupe témoin. Les trois types d’exercices, réalisés lors de 10 sessions de 60 à 75 minutes sur 5 à 6 semaines, portaient sur la vitesse (prises de décision rapides à partir d’informations visuelles), la mémoire (enseignement et pratique de stratégies mnémotechniques) ou le raisonnement (capacité à résoudre des problèmes comportant une séquence d'étapes). Certains participants ont effectué des séances de rappel à 11 et 35 mois après l’entraînement initial.
À cinq ans, les participants à l’un des groupes d’intervention déclarent moins de difficultés à effectuer certaines tâches du quotidien comme cuisiner. À dix ans, les améliorations obtenues se maintiennent. Il y avait moins de cas de démence avec tous les types d’entraînement proposés, par rapport au groupe témoin, mais l’effet était statistiquement significatif uniquement avec l’exercice de vitesse.
Une intervention efficace si elle est renouvelée
Après 5, 10 ou 20 ans, l'entraînement à la vitesse a été « le plus bénéfique », explique l’une des autrices de l’étude, Marilyn Albert, chercheuse à l'université John Hopkins de Baltimore. Après deux décennies, les personnes ayant suivi cet entraînement, ainsi que les rappels à un an et trois ans, ont vu leur risque de développer une démence chuter de 25 %. « Nous supposons que l'entraînement a eu un effet sur la connectivité du cerveau », résume Marilyn Albert. « Pour la première fois, cette étude de référence donne une idée de ce qui est possible pour réduire le risque de développer une démence », ajoute-t-elle.
Sur le Science Media Centre, plusieurs experts invitent à interpréter ces résultats avec prudence. Rachel Richardson, chercheuse à la Cochrane Collaboration, souligne les importantes marges d’erreur : de 41 % à 5 %. De son côté, le spécialiste des statistiques à l’University College de Londres, Baptiste Leurent, pointe aussi d’importantes limites. « Aucune des analyses principales n'a révélé de différences significatives du risque de démence entre les groupes d'entraînement et le groupe témoin », explique-t-il. L’analyse en sous-groupe qui a donné un résultat significatif « n'est généralement pas considérée comme une preuve suffisamment solide pour démontrer l'efficacité de l'intervention », relève-t-il.
Pour les auteurs de l'étude, si les résultats ne concernent qu'un entraînement spécifique, ils restent « extrêmement importants », selon Marilyn Albert. Réduire la démence chez 25 % de la population étasunienne pourrait économiser 100 milliards de dollars en soins. « Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer les mécanismes sous-jacents, mais cette piste prometteuse pourrait faire progresser la recherche vers le développement d’interventions efficaces pour retarder ou prévenir l’apparition de la démence », commente dans un communiqué le Dr Richard Hodes, directeur de l’Institut national du vieillissement (NIA) des Instituts américains de la santé (NIH), qui a financé cette étude.
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