La pTau181, un marqueur diagnostique dès le stade préclinique

Un test sanguin pourrait prédire la maladie d’Alzheimer

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Publié le 03/04/2020
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La détection sanguine d’une élévation d’une protéine tau spécifique pourrait diagnostiquer la maladie d'Alzheimer à différents stades (préclinique, prodromique, avancé) et écarter la démence frontotemporale chez les patients ayant des troubles de mémoire. Ce test, s'il est approuvé, sera utile pour les essais et la pratique clinique.
Un marqueur prédictif du développement de la maladie

Un marqueur prédictif du développement de la maladie
Crédit photo : Phanie

En 2018, une équipe de la Mayo Clinic a révélé qu’un test sanguin dosant une forme particulière de la protéine tau, une forme phosphorylée au résidu 181 (pTau181), pouvait distinguer les patients ayant une maladie d’Alzheimer (MA) des personnes en bonne santé. 

Deux études publiées dans « Nature Medicine » montrent maintenant la valeur diagnostique et prédictive de ce test sanguin. « Nous avons été surpris de voir à quel point les taux sanguins élevés de la pTau181 sont spécifiques de la forme particulière de tau qui s’accumule dans la maladie d’Alzheimer, précise au "Quotidien" le Pr Adam Boxer, neurochercheur à l’université de Californie à San Francisco (UCSF). Alors qu’il existe une accumulation cérébrale de tau dans la moitié des cas de démence frontotemporale (DFT), notre étude montre que le taux sanguin de pTau181 n’est élevé que dans les troubles du spectre de la maladie d’Alzheimer y compris le trouble cognitif léger (TCL) ».

Pour le directeur du programme d'essais cliniques de la MA et de la DFT à l'UCSF, « nous savons depuis quelque temps que différentes formes de tau s’accumulent dans différentes maladies cérébrales. Nos données suggèrent que pTau181 est spécifique de la protéine tau dans la MA ».

Moins invasif et moins coûteux

Un tel test sanguin aurait l’avantage d’être moins invasif et coûteux que les tests diagnostiques actuels pour la MA qui mesurent les dépôts de bêta-amyloïde par imagerie cérébrale (TEP) ou les marqueurs bêta-amyloïde ou tau dans le liquide céphalorachidien (LCR). En outre, puisque plusieurs médicaments évalués dans des essais cliniques portent l’espoir de modifier l’évolution de la MA, la disponibilité d’un test sanguin pourrait permettre d’identifier des groupes plus larges de volontaires souhaitant participer à ces essais.

Ici, l’équipe dirigée par le Pr Boxer (1) a évalué le test sanguin chez 362 sujets âgés de 58 à 70 ans (56 avec une MA, 47 avec un TCL, 69 témoins et 190 avec une DFT). L’étude montre que le taux sanguin de pTau181, comparé aux taux chez les témoins sains (2,4 pg/ml), s’élève dans le trouble cognitif léger (TCL : 3,7 pg/ml) et s’élève 3,5 fois plus dans la MA (8,4 pg/ml), tandis que le taux est normal dans la DFT (1,9 à 2,8 pg/ml). En outre, le test sanguin de la pTau181 reflète les résultats des deux marqueurs de la MA, à savoir le taux de pTau181 dans le LCR et la mesure de la bêta-amyloide par TEP.

De plus, la deuxième étude (2) dirigée par le Pr Oskar Hansson de l'université de Lund (Suède) corrobore ces résultats. Le suivi longitudinal des participants montre en outre qu’un taux sanguin élevé de pTau181 chez des sujets ayant une cognition normale ou un trouble cognitif léger prédit le développement de la maladie d’Alzheimer. La pTau181 sanguine offre un marqueur prédictif du développement de la MA qui est supérieur à l'amyloïde.

Orienter vers les essais cliniques

« Si ce test est approuvé pour la pratique de routine, il pourrait être utile pour les généralistes qui soignent des patients âgés ayant des troubles de mémoire, en permettant d’identifier ceux qui devraient être orientés vers des essais cliniques ou ceux qui devraient être traités avec les nouvelles thérapies de la MA lorsqu’elles seront approuvées », explique le Pr Boxer.

Même si de nouvelles thérapies ne seront pas disponibles dans un avenir proche, « un tel test sanguin pourrait aider à alerter les patients sur leur risque sous-jacent de MA afin qu’ils modifient leur mode de vie, par exemple en augmentant leur activité physique ou en traitant les facteurs de risque cardiovasculaires, de façon à réduire leur risque de progression », souligne le chercheur américain. Ce test sanguin pourrait être disponible en pratique clinique d’ici deux à cinq ans, estime le Pr Boxer. « Le test que nous avons utilisé reste limité à la recherche, indique-t-il. Une version du test sur une plateforme de laboratoire clinique standard devra être développée et évaluée dans des études similaires ».

(1) E. Thijssen et al., Nature Medicine, 10.1038/s41591-020-0762-2,
(2) S. Janelidze et al., Nature Medicine,10.1038/s41591-020-0755-1, 2020

Dr Véronique Nguyen

Source : Le Quotidien du médecin