Des résultats encourageants en phase 1

Une cornée biosynthétique implantée chez 10 patients

Publié le 17/12/2010
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UNE CORNÉE biosynthétique à base de collagène a été implantée chez 10 patients qui présentaient une baisse de l’acuité visuelle consécutive à une pathologie de la cornée. Les résultats de l’étude de phase I, conduite par des chercheurs canadiens et suédois à propos de ces cas, sont encourageants à vingt-quatre mois.

Le traitement standard d’une cécité d’origine cornéenne est la greffe, mais ce traitement a des limites : rareté des donneurs et risques de complications infectieuses. Ce qui explique la recherche de substituts biosynthétiques. Les chercheurs ont adopté une approche qui se propose d’induire une régénération de la cornée naturelle par l’implantation d’un tissu artificiel comportant une matrice acellulaire et du collagène. L’objectif est de stimuler ainsi la matrice extracellulaire naturelle de la cornée.

Cette technique a été mise en œuvre chez 10 patients présentant un kératocône (perte de la sphéricité de la cornée) ou une cicatrice cornéenne. « Les implants se sont intégrés et sont restés, 24 mois après l’intervention, non vascularisés », précisent les auteurs. Il n’a pas été nécessaire de réaliser une immunosuppression, comme c’est le cas après une allotransplantation. Il y a eu une réépithélialisation cornéenne chez tous les patients, et une régénération nerveuse chez 9 d’entre eux. Une sensibilité au toucher a été restaurée. Le film lacrymal est réapparu. Un recrutement de cellules stromales a été observé au sein de l’implant chez les 10 patients. Enfin leur cornée est transparente puisqu’elle n’est pas vascularisée, et l’oxygène lui est fourni par les larmes qui baignent le tissu.

La vision a pu être améliorée chez 6 des 10 patients. Sans lentilles de contact, les patients n’ont toutefois pas une acuité aussi bonne qu’après une allogreffe de cornée. Mais les résultats sont comparables avec des lentilles, soulignent les auteurs qui s’efforcent d’améliorer en particulier la technique des sutures, car celles-ci induisent une plage de vision floue et entravent le travail de réépithélialisation.

Les résultats enregistrés par l’équipe de Per Fagerholm peuvent donner un espoir aux personnes qui perdent la vue à la suite d’une pathologie de la cornée. D’après l’OMS, il y a dans le monde 50 millions de personnes présentant une altération de la vision au niveau des deux yeux et 150 millions au niveau d’un seul œil.

Science Translational Medicine, 25 août 2010

 Dr BERNARD GOLFIER

Source : Le Quotidien du Médecin: 8879