Les maladies respiratoires chroniques sont trop souvent le parent pauvre des politiques nationales de santé. Plusieurs acteurs, dont l’Organisation mondiale de la santé, se mobilisent pour inverser cette tendance.
C’est un fardeau évitable qui représente quatre millions de décès chaque année dans le monde, dont près de 400 000 en Europe. Les maladies respiratoires chroniques (MRC), principalement l’asthme et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), restent sous-diagnostiquées, sous-financées et peu soutenues par les politiques de santé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) entend changer les choses. Depuis quelques mois, l’agence onusienne prépare des recommandations sur les MRC et s’attache à sensibiliser les gouvernements et à mobiliser des fonds.
« Les MRC affectent le quotidien de nombreuses personnes à travers le monde sans faire la une des journaux. La BPCO seule est la quatrième cause de décès par maladie dans le monde, elle était la troisième avant le Covid. Mon ambition est de sortir de l’ombre ces pathologies et ces patients. Les MRC devraient figurer dans tous les agendas politiques », expliquait José Luis Castro, envoyé spécial de l’OMS pour les MRC, lors d’une rencontre avec des journalistes à Mexico en mars dernier à laquelle le Quotidien a assisté.
À l’international, ce sont les difficultés d’accès au diagnostic et au traitement qui sont en jeu. Dans l’asthme, qui affecte 250 millions de personnes, malgré l’efficacité des traitements inhalés (bronchodilatateurs et corticoïdes), « plus de 1 000 décès prématurés sont recensés chaque jour faute d’un accès suffisant aux thérapeutiques dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire », déplore la Dr Sarah Rylance, chargée des MRC à l’OMS.
La prévalence des MRC devrait augmenter de 23 % d’ici à 2050
La pollution atmosphérique en cause
Pour la BPCO, le défi est aussi de lutter contre les idées reçues. Si le tabagisme est bien identifié comme cause de la maladie, la pollution atmosphérique reste souvent négligée. « Cela comprend à la fois la pollution de l'air intérieur due à la cuisson avec des combustibles issus de la biomasse (comme le bois ou le charbon de bois) dans des espaces clos et la pollution de l'air extérieur liée à la circulation automobile et aux activités industrielles », souligne la Dr Rylance.
L’Europe n’est pas épargnée par le fardeau des MRC. Dans un rapport conjoint avec la branche européenne de l’OMS (intitulé Chronic respiratory diseases and health equity by 2050) publié en juin dernier, l’European Respiratory Society tire la sonnette d’alarme. La prévalence des MRC devrait augmenter de 23 % d’ici à 2050, avec un impact disproportionné sur les femmes et les populations défavorisées. Si l’accès aux traitements de l’asthme ne pose pas de difficulté majeure sur le continent, la prise en charge de la BPCO reste insuffisante, alors que la maladie concentre 80 % des décès liés aux MRC.
En France, la BPCO affecte entre 3 et 3,5 millions de personnes, mais « près des deux tiers des malades sont non diagnostiqués et donc non traités », souligne le Pr Nicolas Roche, coordinateur du réseau Condor (voir encadré) et pneumologue à l'hôpital Cochin (AP-HP). Malgré des facteurs de risque connus, la difficulté du repérage tient en partie au fait que les symptômes s’installent progressivement. « L’évolution de la maladie est insidieuse et les patients attribuent souvent les premiers signes d’essoufflement à l’âge ou au manque d’activité physique », poursuit le spécialiste.
En Europe, environ 75 % des patients atteints de BPCO présentent au moins une comorbidité
Des comorbidités à soigner
Une fois le diagnostic posé, la prise en charge n’est pas toujours optimale. En parallèle, « il est indispensable de proposer aux patients un sevrage tabagique, une réhabilitation pulmonaire et la vaccination contre les infections respiratoires », insiste la Dr Rylance qui travaille à l’élaboration des recommandations de l’OMS.
Nombre de patients restent par ailleurs symptomatiques, malgré les traitements. « Contrairement au cas de l'asthme qui est très sensible au traitement, certains patients ne répondent pas complètement aux traitements inhalés ou aux biothérapies, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi », indique le Pr Roche, coordinateur d’un réseau de recherche qui étudie les mécanismes sous-jacents dans la BPCO.
Les comorbidités ne sont pas suffisamment prises en compte en France comme ailleurs. En Europe, environ 75 % des patients atteints de BPCO en présentent au moins une. Les plus fréquentes sont les maladies cardiovasculaires (hypertension, insuffisance cardiaque, coronaropathie), le diabète, l’obésité, l’ostéoporose ou encore l’apnée du sommeil. Cette population affiche aussi un surrisque de cancer du poumon et d’infections respiratoires.
« Ces pathologies associées contribuent à l’importance de la mortalité observée chez les patients BPCO, relève le Dr José Rogelio Perez Padilla, chercheur à l’Institut national des maladies respiratoires du Mexique, nouvel organisme cité en exemple par l’OMS. L’obésité et les maladies cardiovasculaires sont les comorbidités les plus prévalentes, même pour les BPCO liées à la pollution atmosphérique ». Les comorbidités justifient, selon lui, de développer des soins intégrés, coordonnant plusieurs spécialistes. Aussi, « l’apparition d’un diabète ou d’une pathologie cardiovasculaire chez un fumeur doit conduire à rechercher une BPCO », poursuit le chercheur.
Quant à la recherche, les montants investis sont largement insuffisants, regrette la Dr Rylance : « entre 2012 et 2017, les MRC n’ont bénéficié que de 2 % des financements alloués aux maladies non transmissibles. Et les montants se sont encore réduits depuis, le Covid ayant capté une partie des fonds dédiés aux maladies respiratoires ».
Un réseau français structure la recherche sur la BPCO
Pour booster la recherche française, les centres qui travaillent déjà sur la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), souvent de façon isolée, s’organisent au sein d’un nouveau réseau labellisé F-Crin (pour French Clinical Research Infrastructure Network). Baptisée Condor, l’initiative est portée par le groupe de travail BPCO de la Société de pneumologie de langue française (SPLF). Condor s’est fixé plusieurs objectifs : mieux comprendre les formes précoces, caractériser les formes non contrôlées, identifier les mécanismes biologiques sous-jacents et développer une médecine de précision au bénéfice de chaque patient.