LA PLUPART DES PATIENTS souffrant de maladie rénale chronique développent une anémie, principalement en raison d’une production rénale insuffisante de l’hormone érythropoïétine (EPO). L’anémie sévère doit être partiellement corrigée par des agents stimulants l’érythropoïèse (ASE), en combinaison avec une recharge en fer et la correction d’autres causes d’anémie.
Jusqu’à récemment, tous les ASE étaient des analogues de l’EPO fabriqués avec la technologie d’ADN recombinant et l’introduction du gène dans une lignée cellulaire animale. Les deux premiers types d’EPO humaine recombinante approuvés il y a plus de 20 ans - époétine alfa ou beta - doivent être administrés 3 fois par semaine. Avec des modifications moléculaires, deux molécules analogues à durée d’action plus longue sont apparues : la darbépoïétine alfa (administrée une fois par semaine ou toutes les 2 semaines) et la methoxy polyéthylène glycol-époétine-beta (PEG-EPO; administrée une fois par mois).
Depuis quelques années, de nouvelles approches pour corriger l’anémie sont explorées, parmi lesquelles les ASE basés sur des peptides comme le peginesatide (Omontys, Affymax). Ces peptides mimant l’EPO stimulent le récepteur à l’EPO, mais ils n’ont pas d’homologie de séquence avec l’EPO et ne réagissent donc pas aux anticorps anti-EPO. Ainsi, les patients présentant une aplasie pure des globules rouges médiée par des anticorps anti-EPO peuvent être "sauvés" par le peginesatide.
Des études randomisées ouvertes de phase III publiées dans le NEJM, ont évalué l’efficacité et l’innocuité du peginesatide chez des patients en insuffisance rénale chronique mais non dialysés (PEARL 1 et 2) et chez des patients en dialyse (EMERALD 1 et 2). Ces études ont été menées aux Etats-Unis et en Europe.
Dans les études PEARL1 et 2 portant sur près de 1 000 patients, le peginesatide, une fois par mois, à une dose initiale de 0,025 mg ou 0,04 mg/kg a été comparé a la darbépoïétine (une fois toutes les 2 semaines, à la dose initiale de 0,75 micro/kg. Les doses étaient ajustées pour obtenir et maintenir un taux d’Hb compris entre 11 et 12 g/dl pendant au moins 52 semaines.
Dans les études EMERALD 1 et 2 portant sur plus de 1 600 patients hémodialysés, le peginesatide a été comparé à l’époétine (une a 3 fois par semaine), avec les doses ajustées de façon à maintenir un taux d’Hb entre 10 et 12 g/dl pendant au moins 52 jours.
Dans les deux études, l’efficacité du peginesatide n’est pas inférieure aux ASE standards pour augmenter et maintenir l’Hb dans les valeurs ciblées.
Des effets secondaires inattendus.
Toutefois, bien que le risque cardiovasculaire (décès de toute cause, AVC, infarctus, myocardite, complications d’insuffisance cardiaque congestive, angine instable, ou arythmie) pour les groupes recevant le peginesatide et pour les groupes recevant les ASE standard était similaire chez les patients en dialyse (EMERALD), on observe un risque cardiovasculaire accru de 32% (hazard ratio de 1,32) avec le peginesatide chez les patients en IRC non dialysés. Il existe chez ces patients un risque accru de mort subite, d’angor instable, d’arythmie, d’IR aiguë et de douleurs dorsales. Les causes sous-jacentes de ces effets néfastes inattendus restent inconnues et nécessitent des études supplémentaires.
Pas d’aplasie.
Sur la base de ces résultats, le peginesatide a été approuvé par la FDA en mars dernier pour traiter l’anémie rénale des patients en dialyse, mais pas pour les patients non dialysés.
Le Dr Tilman Drëeke (Inserm U 1088, Université médicale de Picardie à Amiens) note dans un éditorial associé que l’administration moins fréquente du peginesatide pourrait constituer un avantage dans certaines circonstances. De plus, le peginesatide n’induit pas d’atteinte de la lignée rouge ; cependant, le développement d’anticorps contre ce peptide, certes rare, pourrait diminuer son efficacité. "Comme pour toute nouvelle classe médicamenteuse, une expérience prolongée et une surveillance sont nécessaires", souligne-t-il.
Macdougall et coll., Fishbane et coll., New England Journal of Medicine, ,
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