Covid : des inégalités sociales jusque dans le parcours en soins critiques

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Publié le 04/04/2025

En 2020 et 2021, les patients des quartiers les plus défavorisés hospitalisés en soins critiques pour un Covid avaient un risque augmenté de 16 % pour le recours à la ventilation mécanique et de 21 % pour les décès par rapport aux plus favorisés, selon la Drees.

Crédit photo : BURGER/PHANIE

C’est une nouvelle illustration des inégalités sociales de santé que livre la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), en s’intéressant aux patients admis en soins critiques pour Covid, en 2020 et 2021. « De nombreux travaux ont déjà montré que les inégalités sociales face à l’épidémie ont été fortes en France, avec un surrisque majeur d’hospitalisation pour les personnes aux niveaux de vie les plus bas et celles vivant dans des logements densément peuplés. Mais leurs conséquences sur le devenir des patients une fois hospitalisés et admis en soins critiques n’avaient pas jusqu’à présent été analysées », remettent en perspective les auteurs dans cette étude publiée le 3 avril.

Entre le 1er mars 2020 et le 31 décembre 2021, 120 000 patients de métropole ont été hospitalisés en soins critiques (réanimation, unités de soins intensifs et unités de soins continus) pour Covid-19. Les auteurs ont analysé les données du système national des données de santé (SNDS), en retenant deux variables : l’indice de défavorisation sociale de la commune d’habitation du patient et l’affiliation à la complémentaire santé solidaire (CSS) ou à l’aide médicale d’état (AME).

Surrisque de ventilation mécanique de 16 %

Le risque de recours à la ventilation mécanique invasive est augmenté de 16 % parmi les personnes habitants dans les communes les plus défavorisées par rapport aux habitants des communes les moins défavorisées, démontre l’étude, dès lors que sont pris en compte les différents facteurs jouant sur le risque de ventilation mécanique (tels que l’âge, le sexe, la présence de maladies chroniques…). Même sans en tenir compte, le recours à cette technique est plus fréquent parmi les premiers (34 % versus 32 %), et chez les patients bénéficiaires de la CSS et de l’AME (36 % versus 33 % chez les non-bénéficiaires). Le surrisque est de 6 % chez les bénéficiaires de l’AME.

Quant au risque de décès, il est majoré de 21 % parmi les personnes résidant dans les communes les plus défavorisées, et de 6 % parmi les bénéficiaires de la CSS ou de l’AME, une fois pris en compte les autres facteurs de risque. Sans les inclure, le taux de mortalité lors de l’hospitalisation en soins critiques est de 26 % pour les habitants des communes les plus défavorisées, et de 23 % chez les mieux lotis. Les écarts vont de 41 % à 38 % chez les personnes atteintes des formes les plus sévères sur le plan respiratoire.

Enfin, la probabilité de transfert en unités de soins de suite et de réadaptation (SSR) est plus faible chez les bénéficiaires de la CSS ou de l’AME (18 % versus 25 % chez les non-bénéficiaires). « Il existe peut-être des différences sociales d’acceptabilité du transfert en SSR imposant dès lors un prolongement des hospitalisations », lit-on.

Obésité, tabagisme, retard de prise en charge

Ces inégalités sociales jusque dans le parcours des personnes hospitalisées pour Covid ne sauraient avoir une seule cause. Une première hypothèse serait une prévalence plus importante de l’obésité et du tabagisme chez les plus défavorisés mais l’étude n’a pu le mesurer. Elle rapporte en revanche une prévalence supérieure de 37 % pour le diabète chez les habitants des communes les plus défavorisées, par rapport à ceux résidant dans les communes les moins défavorisées ; de 25 % pour l’insuffisance chronique, de 22 % pour les pathologies pulmonaires chroniques, de 14 % pour l’hypertension artérielle et de 12 % pour l’insuffisance chronique. Des pathologies qui en revanche sont moins fréquentes (sauf le diabète) chez les bénéficiaires de la CSS ou de l’AME, dix ans plus jeunes en moyenne que les autres.

Une autre hypothèse serait un plus grand risque de retard de soins, soit du fait d’inégalités géographiques d’accès aux soins, soit du fait d’une moins bonne littératie en santé. Le fait de vivre dans un logement densément peuplé pourrait aussi exposer à une plus forte exposition aux virus aéroportés, donc à des formes plus fortement évolutives de la maladie.


Source : lequotidiendumedecin.fr