Financement « émietté » et surtout insuffisant « malgré quelques efforts récents », « absence de vision stratégique », manque d’attractivité des carrières, organisation complexe, administration lourde… Dans son rapport sur la recherche médicale en France, publié ce 17 janvier par le think tank Terra Nova, le Pr Alain Fischer, récemment élu président de l’Académie des sciences, alerte sur l’« affaiblissement progressif des performances de la recherche en France ».
Cette dernière est « dans un état préoccupant. Quels que soient les indicateurs que l'on regarde, ils vont dans le même sens », résume l’ancien monsieur vaccin du gouvernement dans un entretien au journal « Le Monde ». Les causes de cette détérioration sont connues : « insuffisance de moyens, organisation complexe, administration lourde, stratégie peu lisible, monde hospitalo-universitaire en difficulté… », énumère le rapport.
Un effort financier à aligner sur nos voisins
Cette dégradation se mesure notamment par le recul de la France dans les publications internationales. « Malgré un volume de publication croissant, la part de la France dans les publications scientifiques mondiales a baissé de 34 % (passage du rang 6 au rang 9) entre 2005 et 2018 », relève le rapport.
La recherche souffre d’un « financement inférieur à la plupart des pays développés », poursuit le rapport. Si la loi de programmation de la recherche, adoptée en 2020, a pu susciter des espoirs, l’effort financier reste insuffisant. Alors que la stratégie de Lisbonne (2000) visait un objectif de 3 % du PIB consacré à la recherche, cette dernière ne représente que 2,21 % du PIB en 2020. En biologie-santé, les crédits publics de R&D ont chuté de 28 % entre 2011 et 2018, pendant qu’ils augmentaient en Allemagne (+11 %) et au Royaume-Uni (+16 %). « En sciences de la vie, il y a 15 ans, les chercheurs français obtenaient plus de contrats du Conseil européen de la recherche (ERC) que leurs homologues allemands. Désormais, c'est l'inverse. Et l'écart se creuse », ajoute le Pr Fischer dans « Le Monde ».
Selon lui, la loi pluriannuelle sur la recherche et le plan Santé 2030 ne sont pas à la hauteur des enjeux, « ni sur le plan financier ni sur les plans organisationnel et stratégique ». Dans un communiqué du 17 janvier, l’Académie de médecine regrette également que « la recherche et l'innovation en biologie-santé n'aient pas été évoquées dans le "plan Santé" ». L’Académie rappelle aussi « avec force » que « la qualité des soins dispensés aux malades est tributaire d'une recherche de haut niveau » et souhaite que la réorganisation de l'hôpital replace « la recherche au cœur de sa gouvernance » et favorise les coopérations avec la médecine de ville.
Selon le rapport du Pr Fischer, les moyens manquent par ailleurs pour revaloriser les salaires et offrir un meilleur environnement de travail (équipements, locaux…), gage de l’attractivité des métiers de la recherche. La course permanente aux « financements sur projet » auprès de l’Agence nationale de la recherche (ANR) « n’est pas forcément propice à l’efficience de la recherche », tandis que le système de financement de la recherche hospitalière, via l’indicateur quantitatif Sigaps (Système d’interrogation, de gestion et d’analyse des publications scientifiques), « encourage les publications scientifiques nombreuses d'intérêt modeste », lit-on. Concernant les crédits dits Merri-Migac des CHU (enveloppe qui représente 10 % du budget des établissements), ils ne remplissent pas leur fonction, étant souvent « détournés pour combler le déficit ».
Faire de l’Inserm le centre de la stratégie de recherche médicale
Ces constats inquiétants invitent à la mise en œuvre d’un « plan d’actions », estime le rapport, avançant plusieurs propositions. Ce plan devrait comporter une « revalorisation progressive, mais substantielle » du financement de la recherche (salaires, mais aussi équipements, infrastructures et crédits), « en s’inspirant de l’effort accompli par l’Allemagne au cours de ces 20 dernières années ». Cet effort est jugé « indispensable » et doit éviter « deux écueils » : « le saupoudrage et la concentration excessive des moyens autour d’un nombre trop restreint de chercheurs et d’instituts ». Cet effort doit aussi s’accompagner d’un « rééquilibrage » en faveur de crédits pérennes par des dotations. Ce plan devrait aussi se traduire par une révision des modalités d’évaluation des chercheurs et des équipes pour privilégier une approche qualitative plutôt que quantitative.
Un appel à la simplification est également lancé. Le rapport suggère de confier à l’Inserm la responsabilité des agences thématiques et du programme hospitalier de recherche clinique (PHRC). L’idée est de lui « donner les moyens d’élaborer et de mettre en œuvre une vision stratégique globale de la recherche biomédicale et d’en assurer une bien meilleure efficacité », plaide le rapport, appelant en parallèle, à une réforme de l’organisation des CHU, « en s’inspirant du modèle néerlandais ». Le plan pourrait également permettre de renforcer la santé publique, parent pauvre de la recherche médicale.
Enfin, le rapport propose de « développer la culture scientifique à tous les âges de la vie », de « favoriser et réguler l’intervention des scientifiques dans les médias », mais aussi de « renforcer la place des experts scientifiques auprès des décideurs tant dans le monde industriel que politique ». Cette dernière position a déjà été saluée sur Twitter par l’Académie des sciences, que préside le Pr Fischer.
?️"En outre, je souhaite que l'Académie retrouve ce pour quoi elle a été créée il y a plus de 350 ans : servir de base d'expertise pour le pouvoir politique sur les questions scientifiques."
— Académie des sciences (@AcadSciences) January 18, 2023
Notre président @PrAlainFischer dans son entretien @lemondefr.https://t.co/SDuBRX6nPs
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