Les trois experts missionnés par le Conseil d’État, pour livrer une nouvelle expertise médicale de Vincent Lambert, le Pr Marie-Germaine Bousser, le Pr Jacques Luauté, et le Pr Lionel Naccache, ont rendu leur rapport définitif le 26 mai, qui intègre les dires des parties, et les réponses qu’ils y apportent.
D’un point de vue médical, le rapport définitif reprend les conclusions du pré-rapport, élaboré à la suite de 9 examens cliniques à la Pitié-Salpétrière.
Compatibilité avec un état végétatif, lésions irréversibles
« Les résultats des explorations cérébrales structurales et fonctionnelles sont compatibles avec un état végétatif » lit-on. Contrairement à l’évaluation réalisée à Liège en 2011, au Coma Science Groupe du CHU, les experts constatent que leurs examens n’ont « jamais mis en évidence de réponse permettant de parler d’un état de conscience minimale », (qui avait alors donné lieu à la prescription de thérapeutiques actives, ndlr), et en concluent à une dégradation de l’état de conscience du patient depuis 2011.
Le rapport statue « en faveur du caractère irréversible des lésions cérébrales » et d’un mauvais pronostic clinique. Vincent Lambert n’est pas en mesure d’établir une communication fonctionnelle avec son entourage, et malgré l’existence indéniable de réactions aux soins ou aux stimulations douloureuses, il est impossible de les interpréter comme l’expression d’un vécu conscient, d’une intention ou d’un souhait.
Les experts estiment enfin, dans un chapitre intitulé « Constatations complémentaires » qu’au vu de la singularité de ce qui est devenu « l’affaire Lambert », marquée par un conflit familial et l’absence de directives anticipées, « le degré de l’atteinte de la conscience ne saurait constituer le seul élément déterminant de la mise en route d’une réflexion concernant un éventuel arrêt de traitement ».
Contestations des parents
Dans un document de plus de 10 pages, les avocats de parents de Vincent Lambert émettent plusieurs critiques sur les conditions de l’expertise. Ils déplorent que les experts aient procédé seuls à l’examen médical du patient, alors que « les patients en état végétatif chronique (EVC) ou en état pauci-relationnel (EPR) ne réagissent pas du tout de la même manière en présence de proches ou en présence de parfaits inconnus ». Ils insistent aussi sur l’environnement non familier (La Pitié à Paris) dans lequel le patient a été soumis aux tests et sur les difficultés - également relevées par le comité consultatif national d’éthique - à diagnostiquer les EVC et EPR.
Ils affirment ensuite que le CHU de Reims a « soigneusement sélectionné les personnes de l’équipe médicale et paramédicale » qui ont été entendues par les experts et accusent l’équipe du Dr Kariger d’un « manque total de stimulation sensorielle et de soins de confort », qui pourrait être la cause de la dégradation de l’état de conscience de Vincent Lambert.
Défense du CHU
Dans ses dires, le CHU de Reims déclare n’être pas intervenu dans la conduite de l’expertise, et n’avoir pas sélectionné des agents ni limité les possibilités d’auditions.
Les experts ont répondu de leur côté qu’ils ne jugeaient pas nécessaire d’entendre d’autres agents, et reconnaissent avoir procédé seuls à l’examen clinique pour préserver l’objectivité de leur expertise. Ils n’émettent pas d’hypothèses concernant les raisons de la dégradation de l’état de conscience de Vincent Lambert et rappellent qu’il n’est pas dans leur rôle de proposer des traitements.
Les parties ont jusqu’au 10 juin pour répondre à ces conclusions, avant que le Conseil d’État ne rende sa décision définitive.
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