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Dossier

Plan santé 2022

4 000 assistants médicaux, mais pour quoi faire ?

Par Marie Foult - Publié le 01/10/2018
4 000 assistants médicaux, mais pour quoi faire ?

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SEBASTIEN TOUBON

La requête des syndicats était pressante, le gouvernement y a répondu.

Dès l'an prochain et jusqu'en 2022, pas moins de 4 000 assistants médicaux seront déployés auprès des généralistes et spécialistes libéraux qui se regroupent et se coordonnent sur le territoire. « Les premiers arriveront dans les quartiers prioritaires pour l'accès aux soins et les zones sous-denses dès 2019. Si le besoin est là, nous en financerons autant que de besoin ! », s'est enflammé le président de la République, évoquant jusqu'à 20 % de temps médical regagné grâce à cette organisation.

Derrière l'effet d'annonce de ce métier, dont le coût – charges incluses – est estimé à 50 000 euros par an, la définition des missions de l'assistant médical demeure incertaine. À l'Élysée, on cite l'accueil des patients, le recueil des données, l'administratif ou la préparation de la consultation. Certains médecins pionniers n'ont pas attendu le feu vert présidentiel pour expérimenter ce partage des tâches (reportage ci-dessous).   

Le « medical assistant » qui existe dans les pays anglo-saxons, est cité comme modèle. Aux États-Unis, ses missions donnent le vertige : tâches administratives, explication des traitements aux patients, préparation à l'examen médical, assistance du médecin pendant la consultation mais aussi prise de sang, ECG, sutures, pansements… En Allemagne, les employées médicales sont depuis longtemps indispensables au fonctionnement des cabinets de groupe (lire page 3).   

De la souplesse

Quel rôle et quelles missions pour l'assistant médical « à la française » ? Sur le site du « Quotidien », des dizaines d'avis et commentaires sur les tâches à déléguer ont été postés. Mais sur plus de 1 100 lecteurs internautes ayant répondu à notre mini-sondage, 60 % affirment à ce stade qu'ils ne croit pas à ce nouveau métier pour libérer du temps médical (17 % se prononcent pour).

Chez les syndicats, les avis divergent. Pour MG France, outre l'accueil et la gestion du dossier patient, l'assistant devra être capable de recueillir les constantes du patient mais aussi d'effectuer prise de tension ou électrocardiogramme. « Ces recueils se font bien sûr en lien avec le généraliste », précise le Dr Margot Bayart, vice-présidente de MG France. Objectif : recentrer le médecin de famille sur l'expertise médicale. « Une fois la consultation terminée, l'assistant va reprendre l'ordonnance et fixer le rendez-vous suivant, faire le lien avec d'autres spécialistes. Le médecin ne fait plus que l'examen et la prescription », ajoute le Dr Philippe Vermesch, président du SML. 

À la FMF, on avance avec prudence sur les tâches médicales à confier. Pas question pour les médecins de déléguer la prise de tension. « Ça ne fait gagner aucun temps et cela permet au généraliste de créer du lien avec ses patients. Bientôt il ne nous restera que les consultations lourdes  », s'agace le Dr Jean-Paul Hamon, président du syndicat. Il imagine l'assistant médical comme une « super-secrétaire » capable d'accueillir les patients et de gérer l'administratif en amont et en aval. Assistant de consultation ou assistant de secrétariat : « Cela dépendra de l'organisation de chacun : il faut de la souplesse, si on rigidifie ce dispositif on le tue ! », analyse le Dr Margot Bayart.

Une concertation va s'engager. « Les structures sont prêtes à travailler, assure le Dr Marie-Hélène Certain, secrétaire générale du Collège de la médecine générale (CMG). Mais quel est le modèle économique ? Qui financera et qui sera l'employeur ? Beaucoup de choses restent à régler ». Le gouvernement a donné peu de détails sur ce point majeur. L'État devrait donner l'impulsion. Les médecins éligibles seront accompagnés « activement » par les pouvoirs publics, assure le ministère, et les postes seront « financés »

Education thérapeutique

Du côté des spécialistes, on a réfléchi au métier d'assistant médical. Le SML et la CSMF pointent deux spécialités prioritaires : l'endocrinologie et la pédiatrie. Pour les endocrinologues libéraux, cet auxiliaire s'occuperait de l'accueil et de l'accompagnement du patient diabétique, en lien avec les autres intervenants. « Un temps de discussion, voire d'éducation thérapeutique, est demandé par les patients : l'assistant médical pourrait aussi le faire, en l'interrogeant sur l'auto-surveillance de sa glycémie, ses peurs, ses craintes », détaille le Dr Claude Colas, secrétaire générale du Conseil national professionnel (CNP) d’endocrinologie, diabétologie et des maladies métaboliques.

Chez le pédiatre, l'assistant pourrait suivre le développement de l'enfant et son parcours de soins. Présidente du Syndicat national des pédiatres français (SNPF), le Dr Brigitte Virey a elle-même embauché une assistante il y a huit ans. Exemple de gain de temps, elle rapporte « toutes les courbes des mesures prises dans le carnet de santé de l'enfant et dans le logiciel ». Cet aménagement permet au pédiatre de voir huit enfants de plus à la fin de la journée et de dégager des plages horaires pour les urgences. 

Car c'est l'une des contreparties – floues – réclamées par l'État : augmenter le nombre de patients suivis. Il faudra s'engager sur des « résultats », a prévenu Emmanuel Macron, citant la prise en charge de nouveaux malades, le racourcissement des délais d'attente, la prévention et les consultations non programmées. Signe que les objectifs ne sont pas calés, l'Elysée évoque « entre 15 et 20 % » de temps médical supplémentaire grâce aux assistants médicaux quand le ministère de la Santé table déjà sur 25 à 30 %.

Les infirmiers tiquent

La formation socle de ces personnels de santé sera déterminante. Super-secrétaire, aide-soignant, voire infirmier ? La dernière hypothèse évoquée par le ministère n'est pas envisageable pour les syndicats d'infirmiers libéraux. « On a déjà largement attaqué nos compétences ! Mais si les médecins veulent que la Sécu finance leur secrétaire, il faut le dire », tonne Philippe Tisserand, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI). Autre ligne rouge : pas d'actes avec effraction de la barrière cutanée. « C'est réservé aux médecins et aux infirmiers », tranche Catherine Kirnidis, présidente du SNIIL.

La négociation devra avoir lieu en amont, rappelle le Dr Patrick Gasser, président de la branche spécialiste de la CSMF. « Les assistants médicaux qui existent déjà sont globalement bien accueillis par les patients, et ils permettent d'upgrader les expertises de tous les professionnels. Le dispositif est attendu »

Marie Foult