Officiellement dénommées « employées médicales spécialisées » (Medizinische Fachangestellte, MFA), les 326 000 « aides médicales » diplômées exerçant dans les cabinets médicaux allemands sont depuis longtemps indispensables à leur fonctionnement… mais de plus en plus difficiles à recruter, s’alarment les médecins qui les emploient.
À mi-chemin entre des secrétaires et des aides-soignantes, les MFA, simplement appelées « aides médicales » jusqu’en 2006, suivent une formation duale, c’est-à-dire à la fois en lycée professionnel et chez les médecins, d’une durée de trois ans, sanctionnée par un diplôme officiel. Les élèves, très majoritairement féminines, peuvent accéder à cette formation à l’issue de l’équivalent de notre Brevet, donc vers 15 ans, et la terminent en général vers 18 ans. Durant leurs trois années d’apprentissage, elles se partagent entre des périodes de cours au lycée et des stages chez les médecins ; elles sont payées 800, 850 puis 900 euros par mois pendant leurs études.
Examens simples, suivi des dossiers
La formation pratique et théorique commence par l’accueil des patients et le fonctionnement général des cabinets. À l’issue des trois années, les MFA savent remplir différentes tâches non seulement administratives (courrier, suivi des dossiers, facturation aux caisses) mais aussi auprès des patients : outre l’assistance du médecin pendant les soins, elles peuvent préparer des injections, effectuer des prises de sang et certains examens simples, poser des pansements mais aussi – plus étonnant – réaliser et analyser certains prélèvements, car beaucoup de médecins disposent de leur propre laboratoire sur place.
Une fois engagées, leur rémunération débute à 1 885 euros brut par mois pour culminer à 2 826 euros au sommet de leur carrière. Il existe par ailleurs, sur le même modèle de formation que les MFA, leurs équivalentes chez les dentistes, les ZFA.
La concurrence des hôpitaux...
Chaque année, environ 16 000 nouvelles élèves commencent une formation de MFA, et leur profession est très demandée, puisque le taux de chômage y est inférieur à 2 % ! Outre les 326 000 MFA employées directement par les médecins libéraux, 58 000 aides médicales travaillent dans des hôpitaux et des cliniques, et à peu près autant dans d’autres structures de santé publiques ou privées, soit un total de 441 000 MFA en 2017.
Toutefois, la profession est victime de son succès, et les médecins libéraux ont de plus en plus de mal à trouver les perles rares. En effet, les hôpitaux ont souvent recours aux MFA pour compenser leur propre manque de personnel diplômé et les établissements leur proposent des salaires beaucoup plus attractifs qu’en libéral. Les médecins de ville en sont d’autant plus amers qu’ils prennent eux-mêmes en charge une partie de la rémunération des élèves qu’ils forment… et les voient ensuite s’envoler vers des horizons plus rémunérateurs.
Selon les syndicats, la situation devient particulièrement tendue dans les zones rurales, et peut même aggraver la désertification médicale en entraînant des fermetures de cabinets. Contrairement à la France (où 50 % des médecins exercent encore en solo), il est très rare que les praticiens allemands travaillent seuls, d’autant que l’organisation du système de santé rend ce fonctionnement très difficile.
Enfin, si les médecins allemands ne participent plus, comme avant 2006, aux jurys d’examens des MFA, leurs Ordres régionaux sont leurs représentants officiels pour toutes les relations avec les aides médicales, y compris en matière de contrats professionnels et de litiges. Chaque Ordre dispose d’une cellule de dialogue et de conciliation pour régler les problèmes pouvant survenir entre un praticien et une MFA.
Article précédent
À Miradoux, dans le Gers, l'assistante médicale est devenue la « fée du cabinet »
À Miradoux, dans le Gers, l'assistante médicale est devenue la « fée du cabinet »
En Allemagne, les « employées médicales », des perles rares indispensables
Pause exceptionnelle de votre newsletter
En cuisine avec le Dr Dominique Dupagne
[VIDÉO] Recette d'été : la chakchouka
Florie Sullerot, présidente de l’Isnar-IMG : « Il y a encore beaucoup de zones de flou dans cette maquette de médecine générale »
Covid : un autre virus et la génétique pourraient expliquer des différences immunitaires, selon une étude publiée dans Nature