Dépistage du mélanome

Les facteurs psychologiques d’adhésion

Par
Publié le 27/04/2017
Article réservé aux abonnés

Développer une stratégie de dépistage ciblé du mélanome impose d’informer les patients qu’ils ont un risque élevé de mélanome. Cette information peut être source de stress. Les liens entre la personnalité des patients, le stress induit par l’information, et l’adhésion au dépistage sont mal connus. L’objectif de cette étude était d’évaluer si la réalisation de l’examen cutané annuel recommandé dans le cadre d’un dépistage ciblé du mélanome dépendait du niveau de l’anxiété ou du stress induit chez des patients ayant été informés qu’ils étaient à risque élevé de mélanome. L’enquête a été réalisée par questionnaire entre février et avril 2013, auprès d’un échantillon de 1 000 patients adultes à haut risque (de la cohorte COPARIME) participant à un dépistage ciblé du mélanome dans les régions de Loire-Atlantique et Vendée, sélectionnés par le SAMScore (Self Assessment Melanoma risk Score), facile à réaliser. Il comporte huit questions : Plus de 60 ans ? Plus de 20 grains de beauté sur l’ensemble des deux bras ? Taches de rousseur ? Phototypes I ou II ? Coups de soleil sévère dans l’enfance ? Plus d’un an dans un pays à fort ensoleillement ? Antécédent personnel ou familial de mélanome ?

Le questionnaire explorait le stress induit, le niveau d’anxiété (score STAY) et le locus de contrôle (échelle MHLC). La participation à l’examen cutané annuel a été rapportée par 78 médecins généralistes investigateurs. L’analyse a porté sur 687 réponses (526 patients adhérents et 181 non adhérents). Les patients étaient âgés en moyenne de 45 ans et il y avait une majorité de femmes (75 %).

Les résultats montrent que le fait de considérer son état de santé comme dépendant de personnes extérieures (OR =0,90 IC [0,83, 0,97]) ou déterminé par la chance (OR = 0,89 IC [0,80, 0,98]) et le caractère anxieux (OR = 0,98 IC [0,97, 0,99]) étaient des facteurs statistiquement associés à la non-adhésion à la procédure de dépistage proposé. La non-adhésion était aussi associée au sexe masculin, au fait d’être célibataire, au fait d’avoir des enfants. Par contre, il n’y a pas de lien entre le score de stress et l’adhésion au dépistage.

En conclusion, le fait d’informer les patients qu’ils sont à haut risque de mélanome ne garantit pas leur participation à un dépistage par examen cutané annuel.

Le fait d’être un homme, anxieux, célibataire, d’attribuer son état de santé à des éléments extérieurs ou à la chance est associé à une moindre adhésion au dépistage. Par leur proximité et leur suivi régulier, les généralistes peuvent appréhender les traits de personnalité et les émotions des patients et ainsi mieux adapter et personnaliser la façon dont ils délivrent leur message de prévention.

D’après la communication de la Dr Sandrine Hild (Nantes) lors de la session « Bref, j’ai fait un dépistage »

Christine Fallet

Source : Le Quotidien du médecin: 9576