Misogynie ou l'offense à la pudeur… masculine

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Publié le 08/02/2018
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Souvent très mal accueillies par leurs collègues masculins, les premières étudiantes en médecine durent aussi faire face à l’hostilité de certains de leurs professeurs, lesquels ne manquaient pas d’arguments, des plus simplistes aux plus curieux, pour justifier leur opposition à leur entrée dans le monde médical.

Quelques enseignants ont laissé des articles enflammés dans la presse académique et professionnelle de l’époque, dans lesquels ils cherchent à démontrer qu’il est « immoral » pour une femme d’exercer la médecine, et notamment d’ausculter des hommes, chose qui pourrait offenser la pudeur… masculine. D’autres estiment encore plus brutalement que les femmes ne sont « pas capables » d’être médecin, voire même d’aller à l’université. Charcot lui-même se montrait très réservé sur l’intérêt de former des femmes médecins. Parmi d’autres arguments souvent avancés, les femmes, de par leur constitution, seraient « empêchées de travailler une semaine par mois », ce qui nuirait à un exercice professionnel sûr et régulier. De plus, elles n’auraient pas la force physique indispensable pour tourner ou soulever un malade, sans parler de la « force morale » nécessaire à certains actes, et plus particulièrement à la chirurgie, « incompatible » avec la condition… et l’élégance féminines.

Dans tous les cas, estimaient ces enseignants, les femmes médecins devraient se limiter à des disciplines non chirurgicales, n’exigeant aucune force physique ; idéalement, elles devraient se consacrer surtout aux maladies des femmes et des enfants, ce que firent d’ailleurs la plupart des premières femmes médecins. Au début du XXe siècle encore, certains professeurs, lors des soutenances de thèses présentées par des femmes, n’hésitent pas à leur rappeler solennellement ces « vérités » avant de signer leur diplôme. Après les polémiques liées à l’accès aux études, des débats comparables eurent lieu lorsque les femmes réclamèrent la possibilité de passer l’internat puis, quelques années plus tard, l’agrégation. Dans ce domaine, la palme de la mauvaise foi revient à l’Assistance publique de Paris : soutenue par de nombreux médecins, elle refuse l’accès des femmes à l’internat, au motif que son accès est légalement réservé aux « étudiants ». Or, relèvent ces médecins, une femme ne saurait en aucun cas être étudiant, mais au mieux étudiante, ce qui n’est pas prévu par les textes. Malgré plusieurs pétitions hostiles aux femmes, le règlement fut modifié et l’internat leur fut ouvert en 1885.


Source : Le Quotidien du médecin: 9638