Nouveau coup dur pour les urgences du CHU de Caen (Calvados), déjà sous forte pression. Pour la première fois, les équipes d’urgentistes devront assurer le fonctionnement du service sans le précieux renfort des internes, et ce pendant au moins six mois. En cause : le retrait de l’agrément de stage. Jusqu’ici, le service des urgences du CHU assurait, chaque semestre, la formation d’une trentaine d’internes de médecine générale, de médecine d’urgence et de gériatrie.
La décision, prise par le doyen de l’UFR santé de l’université de Caen Normandie – et également soutenue par la direction de l’établissement – faisait suite à de multiples signalements d’étudiants et jeunes médecins passés par le service. « Des internes nous ont fait part de leur malaise à la rentrée et ils ont eu raison de leur faire, explique la direction au Quotidien par mail le 3 novembre. Les inquiétudes portaient sur un manque d’encadrement médical, conséquence directe de la pénurie de praticiens seniors. »
Sur BFM TV, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé ce lundi avoir « fait mobiliser la réserve sanitaire pour que des médecins en renfort puissent arriver ». « Il n'est pas question de laisser des étudiants dans une sécurité qui ne serait pas la bonne », a-t-elle ajouté, estimant que les urgences fonctionneront sans étudiant ni interne « pendant les six prochains mois ».
Un problème systémique
Alertée par sa branche locale et par plusieurs internes normands, l’Isni s’est saisie de l’affaire. « Les conditions d’accueil et d’encadrement étaient très loin d’être suffisantes et cela a eu des répercussions directes sur la santé mentale des internes de Caen. Ces cris d’alarme nous ont fait peur et nous avons décidé d’agir rapidement en demandant le retrait de l’agrément de stage auprès de l’UFR », fait savoir Mélanie Debarreix, présidente de l’Isni.
Si des solutions palliatives ont été – un temps – envisagées par le CHU et l’UFR santé de la faculté, l’agrément de stage a finalement été retiré, faute de solutions pérennes. « On savait très bien que ça allait mettre à mal l’accès aux soins mais malheureusement, rien ne nous permettait de pallier ce problème à court terme », avance l’interne.
Pour le syndicat d’internes, ce retrait d’agrément illustre une crise bien plus large. « Le cas de Caen est loin d’être un cas isolé. Poussez la porte de n’importe quel CHU de France et vous verrez que la situation est la même partout. Les internes portent le système de santé à bout de bras et sont pressurisés dans de nombreux services. Ce qui change à Caen, c’est que les internes ont osé parler », souligne Mélanie Debarreix.
Même constat du côté des internes de médecine générale de l’Isnar-IMG. « Ce qui est inédit, c’est qu’il s’agit d’un CHU. Habituellement, ce sont plutôt les services des hôpitaux périphériques qui manquent de médecins encadrants », assure Atika Bokhari, présidente du syndicat.
Relocalisation d’une vingtaine d’internes
Une solution de réaffectation dans d’autres services du CHU ou dans des hôpitaux périphériques de la région a été proposée aux vingt internes qui étaient censés faire leur rentrée ce lundi. « Ils vont pouvoir valider leur maquette et continuer sans souci », assure la représentante de l’Isni.
De son côté, le service des urgences, privé de ses internes, devra s’adapter. La direction de l’établissement annonce des « renforts médicaux complémentaires » provenant d’autres services et de structures extérieures, ainsi qu’un renforcement de la régulation par le 15 (en place dans le Calvados depuis le 1er juillet) pour mieux orienter les patients. « L’équipe paramédicale chargée de l’accueil et de l’orientation a été renforcée (…) et le nombre de patients admis aux urgences a ainsi diminué de façon significative ces derniers jours », assure encore la direction.
En attendant, la continuité des soins est assurée, promet la direction : « Le service continue d’assurer l’accueil des patients 24 heures/24 et 7 J/7, la continuité des soins ne reposant pas sur la présence des internes, qui sont en formation, mais sur des praticiens seniors », lit-on.
Concernant la formation, un nouveau projet pédagogique est déjà en préparation. Objectif : permettre une réouverture des stages en 2026 « dans de meilleures conditions, un encadrement renforcé et une qualité de formation à la hauteur des attentes ».
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