LE QUOTIDIEN : Comment êtes-vous arrivé à Ouessant ?
Dr JEAN-BAPTISTE VASSE : C’est un peu la suite logique de mon parcours : j’ai fait mes études à Bordeaux puis à Rennes, et j’ai toujours été intéressé par le milieu maritime ou l’exercice en milieu isolé. J’ai eu une expérience qui m’a beaucoup marqué en 2011 : j’ai fait un hivernage dans les Terres australes françaises à Kerguelen, puis j’ai eu quelques postes de médecine isolée ou embarquée. J’ai par ailleurs souvent remplacé l’ancien médecin d’Ouessant, le Dr Gendrot, et je me suis installé quand il est parti en 2018.
Comment fonctionne votre cabinet ?
Nous tournons à trois médecins, nous faisons une dizaine de jours par mois chacun sur l’île. Ce sont dix jours où on est le seul médecin sur place, d’astreinte 24 heures sur 24. Nous avons une formation de médecin sapeur-pompier qui nous permet de mieux gérer les urgences, et nous travaillons avec les pompiers volontaires de l’île. Nous nous sommes fédérés en maison de santé, et nous avons développé autant que possible les offres de télémédecine et de téléexpertise. Nous avons également étendu le plateau technique en radiologie et nous sommes en train de le faire en biologie… Le but est d’être en mesure de faire du débrouillage sur l’île afin de savoir si le patient doit être évacué sur le continent.
Avez-vous un souvenir marquant d’une prise en charge particulière ?
Je me souviens avoir il y a quelques années pratiqué un accouchement, qui s’est bien déroulé. C’est un souvenir heureux, Il y a aussi des interventions plus complexes, qui mettent bien en valeur la nécessité d’avoir été formés aux urgences.
Il y a un engagement vis-à-vis de la profession mais aussi vis-à-vis de la population
En combien de temps l’hélicoptère du Smur peut-il être à Ouessant ?
S’il est disponible, qu’il fait beau, il peut être là en vingt à vingt-cinq minutes. Mais aujourd'hui, par exemple, si je regarde par la fenêtre, je vois que le temps n’est pas idéal, et je ne suis pas sûr qu’il vole… Heureusement, il y a plusieurs types d’hélicoptères, nous pouvons aussi faire appel à la Sécurité civile, et en dernier recours, en cas de très grosse urgence, il y a les équipes médicales spécialisées de la base de Lanvéoc [base de la Marine nationale, NDLR].
Vous inscrivez-vous dans la durée ou pensez-vous partir prochainement pour d’autres expériences ?
Je m’inscris plutôt dans la durée, il y a un engagement vis-à-vis de la profession mais aussi vis-à-vis de la population : si demain, l’un de mes collègues ou moi-même quittions le projet, cela ferait un gros trou dans la raquette. Mais nous subissons aussi les contraintes de l’exercice de la médecine générale actuel… Si ces contraintes deviennent trop fortes, il sera peut-être difficile de trouver du sens à tout cela… Mais l’important est de garder l’énergie pour faire vivre ce projet, car l’exercice de la médecine générale a justement du sens dans un contexte comme celui-ci.
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