Le numérique en santé n’est plus du tout marginal chez les médecins libéraux mais les usages restent freinés par des obstacles et blocages techniques ou organisationnels. Pour y voir plus clair, l'URPS Centre-Val de Loire a mené une enquête auprès de 168 médecins libéraux entre juillet et décembre 2024.
Contrairement aux idées reçues, l'adoption des outils est massive : 77 % utilisent quotidiennement l'identité nationale de santé (INS), 64 % échangent des données via la messagerie sécurisée de santé (MSS), plus d'un sur deux emploie des outils de prise de rendez-vous en ligne. En élargissant l'analyse quelle que soit la fréquence, la MSS (85 % d’utilisation), l'INS (77 %) et le DMP (70 %) apparaissent comme des piliers solides du numérique médical. À l’inverse, les outils les moins souvent utilisés (réponse « jamais ») sont le ROR (répertoire opérationnel des ressources) pour 95 % des répondants, RésoPro pour 77 % des répondants et la MCS (messagerie citoyenne de santé) pour 75% d’entre eux (lire l’étude de l’URPS au format PDF).
Autre bémol : pour prendre contact avec des confrères médecins pour le suivi d'un patient, près de quatre praticiens sur dix (39 %) passent encore par le téléphone et 14 % d’entre eux utilisent un mail non sécurisé ; seuls 14 % utilisent la messagerie sécurisée. L'usage du téléphone est « problématique », alerte l'URPS, car cela nécessite la disponibilité en synchrone des deux interlocuteurs. Cette habitude traduit une réalité bien connue des médecins : les outils existent mais ne répondent pas toujours aux contraintes de temps, d'accessibilité et de fluidité du terrain.

Téléconsultation, télé-expertise : des pratiques installées
Avec la crise du Covid, les actes à distance ont connu une accélération sans précédent. Près d'un médecin sur deux – peu importe la spécialité – recourt à la téléconsultation et plus d'un sur deux (54 %) à la télé-expertise, à différentes fréquences. Néanmoins, en usage quotidien, la téléconsultation reste minoritaire chez les généralistes (8 % seulement) comme chez les autres spécialités (7%). À noter que la télé-expertise est utilisée « régulièrement » par 34 % des généralistes et 11 % des autres spécialités.

Les deux logiciels les plus utilisés pour la téléconsultation sont Doctolib (34 % des répondants) et Maiia (15 %). Pour la télé-expertise, l'usage quasi exclusif d'Omnidoc dans cette région (91 %) illustre une standardisation des pratiques, mais pose aussi la question de la dépendance à un nombre restreint de solutions.
Coordination des soins : peut mieux faire !
Interrogés cette fois sur l'impact des usages numériques sur leurs pratiques, les médecins restent critiques notamment pour la coordination. Plus d'un répondant sur deux (52 %) juge cet enjeu « perfectible ou insuffisant » (entre professionnels de santé de ville) et près d'un sur deux (47 %) partage ce constat pour la coordination ville-hôpital.
Point positif, concernant leurs pratiques, un médecin sur deux estime que les outils digitaux améliorent déjà – ou amélioreront prochainement – l'organisation des soins, la coopération interpro et l'efficacité des prises en charge. En revanche, l'usage des données pour la santé publique reste marginal : seuls 12 % exploitent les données de leurs logiciels ou diagnostics territoriaux.
Concernant l’efficacité et la pertinence des soins, 23 % des répondants pensent qu’elle est améliorée par les outils numériques et 26% pensent que ce sera prochainement le cas, soit 49 % de « oui » à court terme. 40 % pensent que cela sera peut-être le cas un jour et 7 % n'y croient pas.
La charge technique, un frein majeur
L'un des enseignements majeurs de l'étude concerne la (sur)charge technique liés aux outils numériques : dans 77 % des cas, ce sont les médecins eux-mêmes qui gèrent les aspects (et les dysfonctionnements !) informatiques du cabinet (logiciels, mises à jour, paramétrage, incidents). Cette situation nourrit un sentiment de surcharge de travail et alimente les principaux freins et obstacles identifiés : complexité des outils, manque d'interopérabilité, faible valorisation financière et déficit de formation.
Pour autant, l'état d'esprit reste constructif : 78 % des médecins se déclarent intéressés ou désireux de progresser dans leurs usages numériques, à condition que les freins soient levés. Les attentes exprimées sont claires : des outils plus simples et mieux intégrés aux logiciels métiers, un accompagnement de proximité, une meilleure lisibilité des rôles des acteurs institutionnels (URPS, GRADeS, ARS), et surtout un cadre économique cohérent avec le temps médical mobilisé.
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