« Plus on est jeune, plus on est diplômé ou plus on vit dans une zone densément peuplée, plus on a recours à la téléconsultation ». C’est l’un des principaux enseignements de l’étude de la Drees (ministère de la Santé) conduite à partir des données de l’enquête de l’Insee sur l’usage des technologies auprès des ménages ainsi que le baromètre d’opinion de la Drees.
Accélérée pendant la pandémie, la téléconsultation s’est bel et bien imposée dans le paysage français. Toutefois, quatre ans après le pic de 2020 – où 13,5 millions d’actes de téléconsultations avaient été enregistrés – son recours se stabilise à un niveau relativement faible. En 2023, les médecins généralistes libéraux ont réalisé 5,4 millions de téléconsultations, soit à peine 2,2 % du total des actes, et 9,4 millions en 2021, soit 3,7 % du total.
Un outil qui ne profite pas aux plus éloignés du soin ni aux plus défavorisés
Derrière les chiffres, sait-on à qui profitent vraiment ces téléconsultations ? Ce nouvel outil constitue-t-il un véritable levier pour rapprocher du soin les publics qui en sont les plus éloignés ?
À y regarder de plus près, un profil très homogène d’utilisateurs se dessine. Selon la Drees, plus on est jeune, diplômé et résident dans une zone densément peuplée, plus on a recours à cette solution. En 2024, près d’un quart des moins de 45 ans en a fait usage au moins une fois, contre seulement 6 % des 60 ans et plus. Chez les 45-59 ans, la proportion atteint 14 %.
Le lieu de résidence accentue encore ces écarts. Parmi les moins de 30 ans, 28 % des habitants des grands centres urbains et 24 % de ceux vivant en couronne urbaine ont téléconsulté, contre 16 % dans les autres territoires. Globalement, 21 % des résidents des grands centres urbains ont utilisé ce mode de consultation, contre environ 12 % dans les villes petites ou intermédiaires et à peine 10 % dans les territoires ruraux, qu’ils soient périurbains ou non. Le niveau de diplôme apparaît également déterminant : plus de 20 % des diplômés de l’enseignement supérieur ont eu recours à la téléconsultation, soit deux fois plus que les titulaires d’un CAP ou d’un BEP.
En lien avec le niveau d’études et l’habileté numérique, le niveau de vie joue aussi un rôle. Parmi les 20 % des ménages les plus aisés, 19 % déclarent avoir téléconsulté au cours des douze derniers mois, contre 14 % parmi les 20 % les plus modestes.
Autre constat : les personnes en meilleure santé sont aussi les plus utilisatrices. 17 % de celles se déclarant très satisfaites de leur état de santé ont téléconsulté au moins une fois dans l’année, contre 14 % de celles moyennement satisfaites et 10 % des personnes insatisfaites. Un paradoxe alors même que la téléconsultation est souvent présentée comme un levier d’accès aux soins en particulier dans les zones les plus éloignées du soin.
Car si 73 % des Français estiment qu’elle peut améliorer l’accès aux soins dans les déserts médicaux, ce sont en réalité les territoires les mieux pourvus et les populations les plus à l’aise avec le numérique qui en bénéficient le plus. Un point positif toutefois : les habitants des communes sous-dotées en médecins généralistes ont un peu plus souvent eu recours à la téléconsultation au cours des douze derniers mois (17 %) que ceux des communes moyennement dotées (14 %) ou bien dotées (15 %).
Les personnes âgées préfèrent les consultations en cabinet
Autre enseignement : les délais d’attente trop longs constituent la première raison avancée par ceux qui optent pour cette solution au profit du présentiel. Parmi les télépatients, 43 % expliquent leur choix par l’impossibilité d’obtenir rapidement un rendez-vous en cabinet. Arrive ensuite le besoin de consulter en urgence (33 %), puis la demande d’un renouvellement d’ordonnance ou d’un certificat médical (20 %).

À noter que les femmes, plus adeptes de la téléconsultation que les hommes (17 % vs 13 %), mentionnent davantage l’urgence que les hommes (35 % contre 29 %). L’éloignement semble également jouer, notamment chez les jeunes de moins de 30 ans : 17 % d’entre eux ont téléconsulté car ils étaient loin de leur domicile au moment du besoin. Chez les étudiants, ce chiffre grimpe à 35 %.
Pour autant, la consultation en présentiel reste encore largement privilégiée dans l’hexagone. Chez les personnes qui ne sont pas servies de l’outil au cours de l’année, près de 70 % disent préférer voir de visu un médecin. Une préférence particulièrement marquée chez les 60-74 ans puisque trois quarts d’entre eux chérissent les consultations en cabinet.

Prescription d’arrêt de travail : une grande majorité de téléconsultés n’y voient pas d’inconvénient
Enfin, cette nouvelle technologie divise autant qu’elle fédère. Plus de huit Français sur dix estiment qu’elle déshumanise la relation patient-médecin et plus de six sur dix redoutent un risque accru de fuite de données. À l’inverse, les aficionados de la téléconsultation partagent beaucoup moins ces inquiétudes et sont même prêts à ouvrir les vannes : ils sont 46 % à se prononcer en faveur d’une téléconsultation auprès de n’importe quel médecin. À l’inverse, ceux qui n’y ont pas recours estiment qu’elle devrait être autorisée uniquement avec le médecin traitant.

En outre, une nette majorité de télépatients (64 %) sont en accord avec le fait de délivrer un arrêt de travail lors d’une téléconsultation, contre une minorité (46 %) des personnes ayant consulté uniquement en présentiel. Au global, autant de personnes sont favorables que défavorables quant à la possibilité de délivrer un arrêt de travail dans le cadre d’une téléconsultation.
Fin de vie : les députés adoptent la proposition de loi sur l’aide à mourir
Aide à mourir : les députés adoptent la clause de conscience et le délit d’entrave, le vote solennel reporté
Aide à mourir : les députés votent à nouveau pour pouvoir déléguer l'acte au soignant
Dépistages organisés des cancers : les plus modestes y recourent moins souvent