Le regret est partagé par les acteurs de la télésanté, secteur qui regroupe télémédecine et télésoin : la feuille de route ministérielle (2026-2028) qui a suivi les assises nationales de la télémédecine a laissé un angle mort. « Dans tous les ateliers, la question du modèle économique était abordée mais cela n’a pas été mentionné lors des conclusions des assises », a déploré Jean-Pascal Piermé, président du Let (Les entreprises de télésanté), lors d’un débat organisé par Nile Consulting.
Cette absence de cap clair interroge alors que la télésanté en général et la télémédecine en particulier sont appelées à monter en puissance avec des dérogations annoncées au seuil des 20 %, le développement de la téléconsultation accompagnée ou la montée en charge de la télé-expertise.
La téléconsultation assistée est une illustration de cette zone d’incertitude, qui freine les ardeurs. « Les infirmiers sont indispensables pour cette prise en charge à distance mais ils n’ont pas de modèle économique ad hoc », avance le président du Let. Plus globalement, c’est l’absence de valorisation des nouveaux parcours de soins hybrides (présentiel et à distance) qui fait défaut. « Aujourd’hui, il n’y a aucun financement pour la coordination, extrêmement gourmande en temps humain pour les parcours complexes », explique un infirmier du groupement régional d’appui au développement de la e-santé (GRADeS) en Normandie.
Les sociétés de téléconsultation poussent au portillon pour faire évoluer le modèle de financement. Normes techniques élevées, cahier des charges strict, qualité : « tout cela a un coût et c’est très bien, c’est ce qui donne confiance au système », expose le patron du Let mais sans modèle « adéquat », l’équation financière reste « intenable ». « On pourra toujours parler de prévention ou de parcours de soins mais, dans les faits, on n’aura pas les organisations stables sur la durée », avertit le Let.
La peur de la capitation
Mais quel modèle choisir pour financer les parcours numériques des patients, notamment chroniques ? « Quand on dit “parcours”, on pense à “capitation” et ça fait peur à tout le monde en médecine de ville », admet le président du Let, qui ne sous-estime pas les réticences de la profession face à ce qui pourrait être perçu comme une remise en cause du paiement à l’acte.
Le président du Let imagine déjà un modèle hybride, mixte, associant actes et forfaits, et mobilisant l’Assurance-maladie, les complémentaires, voire du financement individuel. Il faudra apporter des garanties économiques aux structures mais aussi aux professionnels de santé engagés individuellement et collectivement dans ce déploiement organisé des consultations à distance, explique-t-il. Les structures juridiques telles que les sociétés interprofessionnelles de soins ambulatoires (Sisa) ont ouvert la voie en permettant de mutualiser et redistribuer les ressources dans les maisons de santé.
Déjà, des expérimentations issues de l’article 51, comme le parcours Domoplaies pour la prise en charge des plaies chroniques et complexes, ont montré qu’un forfait intégrant actes, coordination et infrastructure technique pouvait fonctionner. « Tout a été bien pensé : une partie du financement pour la coordination entre les médecins et les infirmières, une autre pour le système informatique, pour la maintenance… », salue Jean-Pascal Piermé. À l’heure où « plus personne ne veut faire de l’expérimentation pour l’expérimentation », la recherche d’un modèle économique pérenne pour la télésanté s’impose comme la condition sine qua non du passage réussi à l’échelle. Pour le président du Let, ce chantier est à lancer « dès cette année ».
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