Le 24 février 2022, au petit matin, les Ukrainiens se sont réveillés avec la même question : « comment aider mon pays ? ». Pour Olexander Turkevych et son fils, Maxym, le choix des armes a été rapidement mis de côté : « Il était trop jeune et moi trop vieux. Alors je me suis dit qu'il valait mieux aider avec nos compétences », se souvient le dermatologue, dans la salle d'attente de sa petite clinique privée de Lviv, une ville située à l'ouest du pays. C’est pourquoi, père et fils ont lancé Unburned : un programme qui traite gratuitement les cicatrices et brûlures des blessés de guerre, qu’ils soient civils ou soldats.
Ils ont commencé à l'aide d'un simple site internet et reçu leurs premiers patients dès l'été 2022. « On a tout de suite compris que cette guerre allait durer et qu'il y aurait de nombreux blessés. J'avais l'équipement nécessaire pour soigner les patients, mais ma clinique ne peut accueillir que 20 à 30 personnes. » Rapidement, le Dr Turkevych fait appel à ses confrères aux quatre coins de l'Ukraine. La première année, 15 patients sont suivis par Unburned, 150 l'année suivante et 700 en 2025. En 2026, Unburned compte venir en aide à 500 patients supplémentaires dans la quarantaine de cliniques qui participent désormais au programme. Objectif : une clinique à moins de deux heures de route de n'importe quel blessé partout en Ukraine.
Objectif : une clinique à moins de deux heures de route de n'importe quel blessé partout en Ukraine
Avant la guerre, le Dr Olexander Turkevych traitait principalement des cicatrices civiles : accidents de la route, brûlures domestiques, traumatismes isolés. « Une cicatrice reste une cicatrice, mais celles de la guerre sont différentes », explique-t-il. En temps normal, un patient est pris en charge en une ou deux heures. En période de guerre, il peut s’écouler plusieurs jours, parfois une semaine, avant les premiers soins. « Les tissus sont déjà profondément altérés après ce délai. On ne peut pas appliquer les protocoles habituels. Il a fallu tout réinventer. »
Développement de nouveaux protocoles
Unburned est devenu un laboratoire à ciel ouvert de la médecine de guerre. « Avant l’Ukraine, il y a eu la Syrie, l’Afghanistan, mais personne ne s’est vraiment occupé de ces blessés à long terme. Le Vietnam ou la Corée remontent à une époque où la médecine et la technologie laser n’étaient pas au même niveau », constate le dermatologue. Aujourd’hui, ses équipes développent de nouveaux protocoles, à partir de lasers médicaux, en adaptant paramètres et techniques à ces blessures inédites. Une expertise qui intéresse désormais l’industrie : le groupe allemand Asclepion Laser Technologies a collaboré avec Unburned pour mettre au point de nouveaux manipulateurs lasers. Ces derniers ont donné d’excellents résultats d'après le médecin : « J'ai bon espoir que notre expérience servira dans la recherche sur les blessures de guerre dans les années à venir », ajoute-t-il.
Pour le Dr Turkevych, l’objectif n’est pourtant pas l’innovation pour elle-même. Dans la salle d'attente de son cabinet, un jeune soldat d'une trentaine d'années patiente avant son rendez-vous. Sa main droite a été brûlée gravement suite à l’explosion d’une mine, alors qu'il combattait sur le front. Il y a quelques mois, il ne pouvait plus utiliser sa main. Aujourd'hui, elle est parfaitement fonctionnelle. « Ce qui compte, ce n’est pas seulement l'aspect esthétique. Si la main est belle, mais inutilisable, cela n’a aucun sens. Ce que nous cherchons à rendre, c’est la qualité de vie », explique le Dr Turkevych.
À mesure que la guerre s’enlise, les limites du programme apparaissent clairement. Les soins reposent encore largement sur le volontariat : entre 80 et 100 médecins donnent environ 30 % de leur temps gratuitement au programme Unburned. Mais l’équipement nécessaire coûte cher — jusqu’à 500 000 dollars par clinique — et le nombre de praticiens disposant d'un tel matériel en Ukraine reste limité. « Nous ne pouvons pas aider autant de personnes que nous le voudrions », admet le Dr Turkevych. À plus long terme, il redoute aussi l’épuisement des équipes. « Après plusieurs années de guerre, la fatigue s'installe. Il faut penser à une structure plus professionnelle et centralisée, avec des médecins salariés qui dédient 100 % de leur temps à Unburned. » Selon lui10 à 12 millions de dollars seraient nécessaires pour atteindre des standards modernes en termes d'équipement et assurer la pérennité du programme. Car, pour le dermatologue, la question n’est plus celle de la durée de la guerre. « Étant donné le nombre de blessés, même si la guerre s’arrêtait demain, nous aurions du travail pour plusieurs décennies », estime-t-il.
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