« Nous, médecins, chercheurs, acteurs de santé publique, sommes saisis de stupeur à l’annonce d’une possible réorganisation de Santé publique France (… ) qui prend un air de quasi-démantèlement de son activité en matière de campagnes de prévention », dénonce dans Le Monde ce 15 février un collectif de 350 experts issus du monde médical, scientifique, et associatif, dont les Prs François Bourdillon, ancien directeur général de Santé publique France, Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine 2008 et présidente de Sidaction, Anne Vuillemin, présidente de la Société française de santé publique, ou encore Serge Hercberg, « père » du Nutri-Score.
Le gouvernement a annoncé fin janvier un « recentrage stratégique » de Santé publique France (SPF), dont plusieurs missions, comme la gestion des stocks stratégiques et le pilotage de la réserve sanitaire, vont être transférées à la Direction générale de la santé. Les campagnes de communication de santé publique incomberont à partir de 2027 au ministère de la Santé et à l’Assurance-maladie. Depuis cette annonce, les critiques fusent, d’autant que le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) à l’origine de cette restructuration n’a jamais été rendu public.
Risque d’une perte d’indépendance de l’expertise scientifique
« Ce transfert annoncé des campagnes de prévention au ministère de la Santé, sous l’autorité directe du gouvernement, pose une question essentielle : quelle place notre société souhaite-t-elle accorder à l’expertise scientifique et à la connaissance dans l’élaboration des politiques de santé ? », interrogent les signataires de la tribune. Et de rappeler l’ADN à l’origine de la création de cette agence en 2016 : il s’agissait de créer un continuum, de la connaissance à l'action, pour protéger les Français, comme l’expliquait dans nos colonnes le Pr François Bourdillon. « Il est indispensable de disposer d’une expertise publique forte, structurée et indépendante des décideurs politiques. Nous avons besoin de scientifiques capables d’analyser et d’évaluer les risques afin d’éclairer la décision publique et d’agir sur les facteurs qui influencent la santé », écrivent les experts.
Les signataires défendent d’une part le principe d’indépendance entre « l’évaluation des risques et leur gestion, entre l’aide à la décision et la décision politique ». « Sanctuariser l’expertise et sa diffusion publique, ce n’est pas dessaisir le politique de ses responsabilités : c’est au contraire lui donner les moyens de décider en connaissance de cause, de manière transparente et responsable », lit-on. D’autre part, ils s’insurgent contre l’affaiblissement de l’outil national de surveillance de la santé des populations et de prévention. « Les campagnes de prévention, ce n'est pas de la communication. Derrière, il y a tout un travail d'expertise scientifique » qui y est adossé, insiste auprès de l’AFP la Pr Anne Vuillemin.
La tribune fait valoir le succès du mois sans tabac ou les actions menées en matière de nutrition et de santé sexuelle. A contrario, « les blocages sur la réduction des risques liés à la consommation d’alcool sont, à ce titre, d’abord d’ordre politique », dénoncent-ils, en référence à l’absence de soutien politique du Dry January. Pour rappel, lors de la première édition en 2020, la campagne devait être menée par SPF, avant que le président Emmanuel Macron ne s’y oppose à la dernière minute, suscitant de vives réactions parmi ses promoteurs.
Alors que le ministère de la santé vient de lancer une stratégie nationale de lutte contre la désinformation, « on espère que le gouvernement affichera une politique de santé publique claire et qu'il redonnera à son agence la place qui lui revient, et notamment une place pour la prévention et la promotion de la santé », conclut la Pr Vuillemin.
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