L’ANTIGÈNE CD30+ appartient à la superfamille des récepteurs du TNF. Il est normalement exprimé à la surface des cellules des lymphocytes T ou B activés et est très hautement surexprimé par les cellules des lymphomes de Hodgkin (LH) et des cellules des lymphomes anaplasiques à grandes cellules (LAGC). Le CD30+ est donc une cible thérapeutique de choix.
• Lymphome-hodgkinien ou LH
Le brentuximab vedotin est un anticorps conjugué : l’anticorps monoclonal anti-CD30 est couplé à un poison du fuseau mitotique, l’auristatine, inhibiteur de la polymérisation de la tubuline. Lorsque l’anticorps anti-CD30 reconnaît l’antigène CD30, il est internalisé à la surface de la cellule ; l’auristatine est alors clivée en intracytoplasmique, elle inhibe la croissance cellulaire et entraîne l’apoptose.
Pourquoi développer une telle molécule dans le lymphome de Hodgkin qui a un excellent pronostic ? Si 80 % des lymphomes de Hodgkin sont considérés en rémission complète ou en rémission prolongée, 20 à 30 % des patients échappent ou rechutent après une première ligne de traitement, ces patients peuvent être rattrapés s’ils sont éligibles à une autogreffe de cellules souches, 50 % des patients maintiennent une réponse complète à long terme. Les patients en rechute après autogreffe ont une survie médiane de 2 ans. Un essai de phase II conduit chez des patients présentant un LH en impasse thérapeutique (3,5 lignes thérapeutiques en moyenne) a permis d’évaluer les taux de réponses sous brentuximab vedotin à raison de 1,8 mg/kg toutes les 3 semaines jusqu’à progression : le taux de réponse globale était de 73 % dont 32 % de réponse complète et 41 % de réponse partielle.
• Lymphomes anaplasiques à grandes cellules ou LAGC
Les LAGC font partie du sous-type agressif de lymphomes T périphériques. 40 à 65 % rechutent ou sont réfractaires à la première ligne de traitement. Les patients éligibles à l’autogreffe maintiennent une rémission complète dans 30 à 40 % des cas. Un essai de phase II chez 58 patients souffrant d’un LAGC réfractaire après 2 lignes thérapeutiques en moyenne a permis d’objectiver sous brentuximab vedotin un taux de réponse globale de 86 % mais avec des durées de réponse plus courtes que celles observées chez les patients atteints de LH.
La toxicité du brentuximab vedotin est principalement hématologique. Disponible depuis juillet 2012 en ATU de cohorte, le brentuximab vedotin peut être utilisé pour le traitement des patients : 1/ atteints d’un lymphome de Hodgkin (LH) CD30 positif confirmé histologiquement, réfractaire ou récidivant, après échec d’au moins deux lignes antérieures de polychimiothérapies et d’une greffe autologue de cellules souches (ASCT) ou en cas de contre-indication à l’ASCT ; 2/ atteints d’un lymphome anaplasique à grandes cellules systémique (LAGCs), CD30 positif confirmé histologiquement, réfractaire ou récidivant, après échec d’au moins une ligne antérieure de polychimiothérapie.
D’autres essais sont en cours, notamment des phases III dans des lignes plus précoces en particulier de LH. Cette nouvelle thérapeutique relève 3 défis dans le traitement du LH : l’amélioration du taux de guérison par les protocoles de première ligne, une réduction de toxicité liée au traitement et le développement de nouvelles stratégies pour les formes récidivantes ou réfractaires.
Le brentuximab vedotin est en cours d’évaluation dans d’autres cancers hématologiques (les lymphomes B diffus à grandes cellules, lymphomes T périphériques) et dans des tumeurs solides à cellules germinales.
Le score pronostique de la myélofibrose
La myélofibrose ( MF) fait partie des syndromes myéloprolifératifs dont la maladie de Vaquez et la thrombocytémie essentielle. Cette maladie est rare avec une incidence de 0,5/100 000 en Europe. Le diagnostic repose sur des critères morphologiques, biologiques et moléculaires définis par l’OMS (2008) dont la mise en évidence d’une mutation clonale JAK2 V617F retrouvée chez plus de 50 % des MF proliférative. Le score pronostic de la myélofibrose repose sur 8 paramètres : les signes généraux, Hb ‹ 10 g/dl, une transfusion de culot globulaire, un âge› 65 ans, une thrombopénie ‹ 100 g/l, un caryotype défavorable, blastes circulants› 1 %, GB› 25 g/L. Ce score permet de distinguer des groupes pronostiques permettant de définir l’algorithme de prise en charge. Des anti-JAK2 sont développés dans cette hémopathie maligne pour leurs effets myélosuppresseurs non spécifiques et leur activité anti-inflammatoire (inhibition de la voie JAK-STAT). Seul, le ruxolitinib a l’AMM suite aux résultats de l’essai COMFORT II, son utilisation a permis une réduction des symptômes, une normalisation de la numération et une réduction de la taille de la rate. L’essai JAKALLO évalue l’intérêt des anti-JAK2 avant greffe.
D’après les communications de Yvan Beaussant et Étienne Daguindau (CHU de Besançon), membre de l’AERIO (Association d’enseignement et de recherche des internes en oncologie) dans le cadre des sessions Speed Data organisées sous l’égide de la Fondation ARC (Association pour la recherche sur le cancer).
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