Urologie

HBP : la qualité de vie, principale exigence

Publié le 16/10/2015
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Bénin, l'adénome de la prostate n'en est pas moins source d'inconfort du fait des troubles mictionnels et de la sexualité qu’il engendre. Face à une population de plus en plus demandeuse de qualité de vie, les médecins peuvent maintenant proposer un choix de traitement plus vaste et des techniques chirurgicales moins invasives permettant de traiter un plus large éventail de patients.

Crédit photo : VOISIN/PHANIE

La population masculine concernée par l'hypertrophie bénigne de la prostate ne cesse de croître avec l'allongement de la durée de vie, mais, si elle vieillit, elle entend vieillir bien et n'hésite pas à consulter pour des problèmes mictionnels qui altèrent la qualité de vie, l'âge n’étant plus une excuse pour souffrir de troubles urinaires.

Une prise en charge médicale bien structurée

La parole s'est d'autant plus libérée sur le sujet que les patients et leurs médecins savent parfaitement que divers traitements peuvent améliorer leurs symptômes et leur qualité de vie. Le comportement des patients et la pratique des médecins se sont modifiés, les premiers mieux informés, les seconds plus motivés et ils connaissent bien en particulier l'interaction entre l'hypertrophie bénigne de la prostate et les troubles de la sexualité, ainsi que la possibilité de préserver cette dernière et même de l'améliorer avec les médicaments.

« Les médecins généralistes sont maintenant tout à fait formés et savent répondre aux questions de leurs patients et commencer une première ligne voire une deuxième ligne de traitement pour soulager les troubles mictionnels liés à l’hypertrophie bénigne de la prostate », souligne le Pr Alexandre de la Taille (CHU Henri Mondor, Créteil). Nous savons aussi qu'en diminuant le nombre de levers nocturnes, on améliore non seulement la qualité de vie mais aussi l'espérance de vie, via un sommeil plus récupérateur et d'autres mécanismes encore mal connus. »

Le nombre de patients opérés pour adénome de la prostate est resté relativement stable depuis 15 ans malgré l'augmentation du nombre d'hommes atteints d'hypertrophie bénigne de la prostate, avec environ 70 000 hommes opérés par an. Proportionnellement, en effet, le pourcentage de patients opérés diminue, grâce aux traitements médicamenteux qui ralentissent ou stabilisent l’évolution de l’adénome.

Des gestes chirurgicaux de moins en moins invasifs

Parallèlement, les progrès de la chirurgie permettent d'opérer des sujets plus âgés ou plus vulnérables. À côté de la résection transurétrale, la chirurgie endoscopique par laser s'impose maintenant comme une technique intéressante pour réduire les durées d'hospitalisation et de sondage. « Les patients viennent souvent d'ailleurs avec une demande particulière pour telle ou telle technique, ce qui permet d'engager la discussion sur ce qui est susceptible ou non de les améliorer », note le spécialiste.

D'autres types d'interventions comme la vaporisation des tissus par micro-jets d’eau ou, peut-être dans les 5 à 10 ans, la chirurgie robotisée et automatisée pourraient encore diminuer les complications secondaires, simplifier les suites opératoires et raccourcir le séjour hospitalier.

Un large choix thérapeutique

De nombreuses molécules ou associations de molécules permettent d'améliorer la symptomatologie de l'hypertrophie bénigne de la prostae et donc, pour le senior, de vivre mieux et « plus jeune ».

À côté des extraits de plantes, bien tolérés et aux effets modestes mais réels sur les troubles fonctionnels, les alpha-bloquants améliorent le débit mictionnel, de même que les inhibiteurs de la 5-alpha réductase, le finastéride et le dutastéride, qui réduisent aussi de 20 à 30 % le volume de la prostate, et les IPDE5 qui sont efficaces à la fois sur les troubles mictionnels et la dysfonction érectile.

En cas d'échec, la combinaison alpha-bloquants et inhibiteurs de la 5-alpha réductase a prouvé ses effets synergiques, tandis que l'association des IPDE5 à l'inhibiteur de la 5-alpha réductase annule les effets potentiellement négatifs de cette dernière sur la fonction érectile. La prescription des anticholinergiques peut enfin être utile pour diminuer la pollakiurie chez les patients peu dysuriques, mais l'indication doit être soigneusement pesée au vu des risques de rétention aiguë d'urine.


Dr Maia Bovard-Gouffrant

Source : lequotidiendumedecin.fr