« Un jour, je suis arrivée avec ma carte de cantine et elle ne fonctionnait plus », raconte Mathilde, externe en 5e année de médecine au CHU de Rennes. L’accès au self de Pontchaillou lui a été refusé. La décision, prise par la direction des affaires médicales (DAM), viserait à empêcher les externes de déjeuner au restaurant du personnel afin d’éviter une fréquentation jugée excessive, qui « occasionne une saturation de la capacité d’accueil du self à certains horaires ».
Sur le groupe Facebook des représentants des étudiants, la direction évoque une « fréquentation hors norme du restaurant du personnel par les externes » : 270 externes y auraient déjeuné, représentant 15 % du flux total. Mais l’application de cette mesure, jugée brutale, pose de nombreux problèmes à ceux qui sont effectivement en stage à l’hôpital, d’autant plus que cette fréquentation découle en partie de la fermeture pour travaux du restaurant de l’internat.
Les externes aux horaires décalés doivent désormais faire face à un véritable casse-tête quotidien. La direction met en avant la possibilité de déjeuner au CROUS. Or, le restaurant universitaire ferme à 13 h 45, alors que certains étudiants débutent leur pause déjeuner précisément à cette heure-là et ne disposent que de quinze minutes pour déjeuner.
Certains externes sont contraints de sauter le déjeuner
« Le CROUS se situe à moins de dix minutes à pied, mais le temps d’attente pour accéder aux plats y est très long », explique Mathilde. Un autre étudiant raconte être parfois contraint de faire l’aller-retour en courant, d’acheter un sandwich et de le manger sur le chemin du retour vers le bloc. « J’arrive quand même en retard ; le patient a déjà été intubé, sédaté, et l’interne est déjà en salle », témoigne-t-il.
Pourtant, une exception était prévue pour les externes en stage clinique, comme indiqué sur l’annonce papier diffusée par la direction du CHU, dont Le Quotidien a pu prendre connaissance. Cette information est corroborée par le service communication du CHU de Rennes. Dans les faits, elle ne semble pas mise en œuvre. Un externe a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat : « Nous étions entre deux blocs, avec juste le temps de l’interbloc. Mon interne a insisté pour que nous déjeunions ensemble. À la caisse, il précise que je suis son externe. La caissière nous répond immédiatement : “Stop ! Non, vous ne passez pas. Je vais appeler mes supérieurs.” »
Après de longues négociations, l’externe est finalement autorisé à manger, mais au tarif extérieur : 11,36 euros pour « une assiette de carottes et un morceau de poulet », soit, ironise-t-il, « un vingt-troisième de mon salaire mensuel ». Résultat : un repas expédié en cinq à dix minutes. Certains n’ont pas cette chance. Une autre externe explique avoir manqué l’occasion de déjeuner avec son chef de service et avoir dû attendre 17 heures pour manger un sandwich trouvé dans le réfrigérateur des internes.
« Une assiette de carottes et un morceau de poulet pour un vingt-troisième de mon salaire mensuel ».
Un externe
Autre source d’incompréhension : il n’est même pas toléré que les externes déjeunent à table avec leur équipe. Pour les étudiants, la situation est totalement incohérente, alors que les stages ont été réorganisés pour favoriser la cohésion entre internes, externes et seniors. « On est obligés de déjeuner sur place puisque nous avons désormais des journées entières, et non plus des demi-journées comme auparavant, à la demande de la doyenne, pour mieux nous intégrer dans les équipes hospitalières et instaurer une relation de compagnonnage », souligne Mathilde.
La jeune femme s’estime néanmoins chanceuse : « Mes chefs me soutiennent pleinement. Ils me payent parfois un repas, ou bien j’apporte le mien et ils me font passer par une porte détournée pour que j’aie accès au restaurant du personnel, avec toujours le risque qu’on me demande de quitter la salle, car il y a des agents chargés de vérifier qu’aucun externe ne s’introduit dans les locaux. »
À ces contraintes s’ajoute un problème financier. Au self, un repas coûte environ 3,30 euros, auxquels peuvent s’ajouter des suppléments. À l’extérieur, il faut compter deux à quatre fois plus, notamment dans les boulangeries voisines ou les food-trucks installés autour du CHU. Pour des externes rémunérés 270 euros par mois, le budget alimentaire devient difficile à assumer. « Même en travaillant à côté et en gagnant environ 200 euros supplémentaires, cela reste très compliqué », confie Mathilde, boursière, qui payait habituellement son repas un euro.
Les élus étudiants ont rencontré la DAM jeudi 22 janvier. Cet échange a abouti à la constitution d’une liste nominative d’externes appartenant aux « services d’exception », urgences, chirurgie et réanimation, effective à partir du 26 janvier. Les cartes Restopass seront bloquées ou débloquées en fonction de cette liste. Durant les vacances, toutes les cartes seront activées. La DAM refuse toutefois de présenter des excuses aux étudiants.
Ces décisions sont loin de satisfaire les externes. « Une fois encore, on nous accorde des miettes. Le refus de la DAM de présenter des excuses est à l’image du manque de considération portée aux externes », déplore Mathilde. Ces derniers envisagent donc de poursuivre leur combat.
*Le prénom a été modifié
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