« La chirurgie, n’est pas un métier de femmes ! », « OK ! Passe dans mon bureau et déshabille-toi », « Je vais vous mettre du méthotrexate, ça vous fera réfléchir avant de tomber enceinte en même temps » , « On ferait mieux de n’embaucher que des hommes, on n’aura pas de congés maternité à programmer. » Voilà des phrases qui circulent dans les hôpitaux. Elles ont été recensées lors d’une enquête bilan sur les VSS réalisée par un CHU en septembre 2023.
Sophie Truchet, Référente Égalité professionnelle Femme-Homme au sein du CHU de Reims, a décidé de prendre à bras-le-corps le problème en instaurant des temps d’échange et en mettant en place depuis un an un accès à la plateforme de formation en ligne Remixt. Cette solution établit un rappel réglementaire, propose de visionner des scènes de la vie de tous les jours. À la suite de cela, l’internaute doit répondre à des questions et obtient en fonction de ses réponses un score. Tant que le score n’atteint pas 80 % de réussite, le parcours n’est pas validé.
Pour le moment, ce dispositif non obligatoire a été suivi par 7 % des médecins. Parmi eux, ceux âgés entre 26 et 55 ans ont été les plus assidus. « L’objectif, explique Sophie Truchet, est d’obtenir des améliorations dans un délai de trois ans. À la suite de la mise en place du premier parcours, un sondage a révélé une grosse avancée par rapport aux résultats du sondage initial. »
« Aujourd’hui, nous osons en parler, nous osons discuter »
Cette dernière explique que des chefs de service soutiennent le projet et ont souhaité disposer dans l’établissement des affiches d’informations incitant leur équipe à se former aux risques de VSS. Des propos corroborés par le Dr Yannick Plénier, praticien hospitalier aux urgences pédiatriques, depuis 30 ans. Il reconnaît : « On en parlait beaucoup moins autrefois. C’était souvent “mis sous le tapis”. Aujourd’hui, nous osons en parler, nous osons discuter. Sophie Truchet a fait un très gros travail à l’échelle du CHU parce qu’elle a libéré la parole. J’ai l’impression qu’entre collègues, l’échange est plus facile. »
Sous couvert d’anonymat, une interne a accepté de témoigner. Cette dernière a assisté à une scène qui l’a choquée. « Un jour, raconte-t-elle, j’ai assisté à une scène dans un autre établissement au cours de laquelle je suis intervenue. C’était une femme qui rentrait dans une pièce et voulait s’adresser à un médecin. Avant même qu’elle ne prenne la parole, il lui a dit : “Non, je ne veux pas coucher avec toi.” » L’interne a expliqué au médecin que ce n’était pas normal, il ne s’était pas rendu compte que ses propos étaient déplacés.
Le Dr Yannick Plènier, soutient cette démarche et avoue : « Personnellement, je ne savais pas qu’il était désormais inapproprié de toucher l’épaule des étudiantes. Cela m’est arrivé récemment et il est vrai que nous avons été éduqués et habitué à effectuer des gestes paternalistes. »
Le médecin souligne toutefois les écueils à éviter : « Nous pratiquons un métier où il est nécessaire de réaliser la palpation. Les futurs praticiens doivent réaliser l’apprentissage de l’examen clinique et aujourd’hui, parfois, ils n’osent plus la réaliser. Il est donc nécessaire de garder un équilibre et de faire attention tout en pratiquant correctement son métier. »
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