Le TNCD : une expertise unique en cancérologie digestive

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Publié le 20/03/2025
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Depuis 25 ans, le Thésaurus national de cancérologie digestive repose sur quatre principes fondamentaux : des recommandations facilement accessibles, régulièrement mises à jour, adaptées à la pratique quotidienne et consensuelles entre les groupes nationaux impliqués.

26 chapitres figurent aujourd’hui, dont certains sont transversaux

26 chapitres figurent aujourd’hui, dont certains sont transversaux
Crédit photo : DR

Le Thésaurus national de cancérologie digestive (TNCD) est une référence opposable en oncologie digestive, réactualisée en permanence. Accessible à tous gratuitement, sans adhésion, il est hébergé sur le site de la Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE). Issu de la collaboration de quatre sociétés savantes lors de sa création*, elles sont aujourd’hui 21 à produire ces référentiels, communs à l’ensemble des médecins et chirurgiens français et francophones. Environ 13 500 connexions mensuelles ont été comptabilisées depuis la refonte du site, en mars 2024.

« Le TNCD livre une expertise collective partagée au service de la qualité en cancérologie digestive, adaptée à la pratique clinique, résume son coordinateur, le Pr Olivier Bouché (CHU de Reims). Au plus près des évolutions constantes des stratégies diagnostiques et thérapeutiques, les mises à jour sont réalisées dès qu’une nouveauté scientifique justifie un changement de pratiques, et au moins tous les trois ans. Un bon exemple de cette réactivité concerne les tumeurs stromales gastro-intestinales (GIST), avec deux mises à jour en 2024, et le cancer du côlon métastatique, dont la version 2024 sera prochainement actualisée. »

Nous mettons à jour à chaque nouveauté

Pr Olivier Bouché

Les membres des groupes de travail sont sélectionnés par le Comité de pilotage (Copil) en fonction de leur expertise et de leur implication dans la recherche clinique. Ce comité veille à une représentation équilibrée des différents groupes coopérateurs, ainsi qu’à celle des grands types d’exercice (CHU, CHG, Centres de lutte contre le cancer [CLCC], libéraux). La relecture des textes est assurée par des volontaires issus des réseaux régionaux de cancérologie, suivie de celle des membres du Copil.

« La méthodologie imposée par la Haute Autorité de santé (HAS), plutôt lourde, ne se prête pas à l’oncologie, qui est en permanente évolution, fait remarquer le spécialiste. Or, avec le TNCD, une actualisation est possible en quelques jours, dès qu’une étude clé est publiée. L’Institut national du cancer (INCa) nous cite régulièrement comme exemple, bien que nous ne soyons pas labellisés HAS. » Cela n’allait pas de soi à l’origine. Étienne Dorval, premier coordinateur du TNCD, se souvient : « Laurent Bedenne, qui avait pris ma suite dans l’animation du Copil en 2005, et moi-même avions sollicité à plusieurs reprises l’obtention du label HAS/INCa, sans succès. La HAS a justifié son refus par la nécessité de se conformer strictement à sa méthodologie d’élaboration des recommandations, excluant notamment la référence à des recommandations existantes et exigeant une analyse exhaustive de la littérature, ce qui aurait impliqué de repartir de zéro. De plus, elle soulignait l’absence de méthodologie validée pour labelliser les mises à jour, pourtant une des qualités majeures du TNCD. Aujourd’hui, après vingt-cinq ans d’expertise collective partagée, le TNCD est solidement ancré dans la pratique : il constitue un élément déterminant et opposable de la qualité et de la sécurité des soins en oncologie digestive, notamment dans le cadre de la certification périodique des professionnels de santé, si chère à la HAS ! »

Accessible à tous, sans code

La visibilité du TNCD va au-delà de la francophonie puisqu’à ce jour une vingtaine d’articles sont publiés dans des revues anglophones. La communauté médicale plébiscite cet outil : la page d’accueil a enregistré plus de 135 000 connexions en dix mois, durant la période 1ᵉʳ mars - 31 décembre 2024.

Concrètement, les recommandations sont organisées par organe, pathologie ou thématique transversale. Elles précisent les éléments nécessaires au diagnostic, les explorations préthérapeutiques, le dépistage, les méthodes et indications thérapeutiques et les modalités de suivi. Elles distinguent les références (consensuelles), les options possibles et les essais cliniques académiques en cours. La gradation (A à C) des recommandations suivent les critères de la HAS pour les niveaux de preuve issus de l’analyse de la littérature. Une recommandation à faible niveau de preuve peut être classée comme « accord d’experts » ou « avis d’experts ».

Les textes du TNCD sont aussi très utiles pour la formation (initiale des étudiants et continue des médecins diplômés), mais également pour l’information des non-médecins.

* La Société nationale française de gastroentérologie (SNFGE), la fédération francophone de cancérologie digestive (FFCD), le Groupe coopérateur multidisciplinaire en oncologie (GERCOR) et la FNCLCC (devenue UNICANCER), rejoints rapidement par la Société française de chirurgie digestive (SFCD) et la Société française d’oncologie radiothérapie (SFRO), puis par des endoscopistes, hépatologues, pathologistes, radiologues, etc.

Hélène Joubert

Source : Le Quotidien du Médecin